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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205680

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205680

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de l'EARL C et de Mme B, qui demandaient l'annulation de la décision du 9 juin 2022 du préfet de la région Bretagne leur refusant l'autorisation d'exploiter une parcelle. Le tribunal a jugé que la parcelle litigieuse, située à deux kilomètres du siège d'exploitation, ne pouvait bénéficier de la priorité n° 2 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA), qui exige une distance maximale de 500 mètres du bâtiment d'élevage. La solution retenue est fondée sur les articles L. 331-2 et L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, ainsi que sur l'article 3 du SDREA de Bretagne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) C et Mme E B doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 9 juin 2022 par laquelle le préfet de la région Bretagne a rejeté la demande de l'EARL C, enregistrée le 17 février 2022, d'autorisation d'exploiter la parcelle cadastrée ZB 39 située sur la commune de Les Portes en Coglais.

Ils soutiennent que :

- la demande d'autorisation aurait dû bénéficier de la priorité n° 2 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SREA) dès lors que la parcelle litigieuse est située en proximité immédiate d'une parcelle qu'ils exploitent déjà située à une distance de deux kilomètres du siège d'exploitation ;

- elle aurait également dû bénéficier de la priorité n° 6 dès lors que cette reprise de surface permettra de compenser la perte d'une surface de 0,90 hectares ;

- Mme B souhaite donner à bail à l'EARL C et non à l'exploitant retenu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, le préfet de la région Bretagne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les décisions contestées dans le recours gracieux et la décision litigieuse ne sont pas les mêmes ;

- la requête de Mme B est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas d'intérêt à agir, n'étant ni preneuse en place ni candidate à l'exploitation ;

- la requête n'est pas signée ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire non communiqué enregistré le 14 novembre 2024, M. D A doit être regardé comme concluant au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté du préfet de la région Bretagne du 4 mai 2018 arrêtant le schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Terras,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,

- et les observations de M. C et de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 février 2022, l'EARL C a sollicité une autorisation d'exploiter la parcelle cadastrée ZB 39 d'une superficie de 19 340 m² située sur la commune de Les Portes du Coglais appartenant à Mme B. La direction départementale des territoires et de la mer d'Ille-et-Vilaine a enregistré le 29 mars 2022 une candidature concurrente déposée par M. A. Par un arrêté du 9 juin 2022, le préfet de la région Bretagne a rejeté la demande d'autorisation d'exploiter la parcelle en litige sur la base de la priorité 9.6 du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) de Bretagne. Leur recours gracieux ayant fait l'objet d'un rejet implicite, l'EARL C et Mme B demandent l'annulation de la décision du 9 juin 2022.

2. Aux termes de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime : " I.- Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : / 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles () ". Selon l'article L. 331-3-1 du même code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : () / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 () ;

3. Aux termes de l'article 3 du SDREA de Bretagne relatif à l'ordre de priorités : " I - Les règles et dispositions particulières / a) Règles s'appliquant à toutes les priorités : / En cas de demandes concurrentes relevant du même rang de priorité, les candidatures sont classées au regard des critères et règles fixés à l'article 5. / Si ce classement ne permet pas de les départager, des autorisations sont délivrées pour chacune d'elles. / Au sein d'une même priorité, on départagera les demandes en fonction des sous-priorités. () ". Aux termes du II de ce même article 3 : " Les priorités. () / Priorité 2 : / échanges de parcelles ou parcelles ou ilot de parcelles de proximité de bâtiment d'élevage du demandeur () / Parcelles ou ilot de parcelles de proximité de bâtiment d'élevage du demandeur. / Dans un objectif de restructuration parcellaire des exploitations agricoles, priorité sera donnée pour les demandes de parcelles de proximité d'élevage telle que définie à l'article 1 du présent arrêté. Dans le cas où une parcelle répond à la définition relative à la parcelle de proximité à l'exception du critère de surface, et qu'elle est constituée d'une seule parcelle cadastrale d'une superficie supérieure à 5 ha, celle-ci peut, après avis favorable motivé de la CDOA, être considérée comme une parcelle de proximité. L'article 1er du même schéma définit les parcelles de proximité de bâtiment d'élevage du demandeur comme une parcelle ou ilot de parcelles cadastrales d'une superficie maximale de cinq hectares, située à proximité immédiate du bâtiment d'élevage ou en continuité d'un parcellaire exploité par le demandeur jouxtant le bâtiment d'élevage, à une distance maximale de 500 mètres à vol d'oiseau de son bâtiment d'élevage (logement des animaux).

4. Il ressort des propres écritures de l'EARL requérante que la parcelle litigieuse est située à une distance de deux kilomètres du siège d'exploitation, soit au-delà des 500 mètres du bâtiment d'élevage prévus pour la priorité n° 2 du schéma directeur breton. Par suite, le moyen tiré de ce que la demande de l'EARL C aurait dû relever de la priorité n° 2 du SDREA de Bretagne doit être écarté.

5. Aux termes du même II de l'article 3 du même SDREA de Bretagne : Priorité 6 : compensation des surfaces perdues de l'exploitation. / Si la taille de l'exploitation du demandeur dont la mesure est définie au point 4 de l'article 4 du présent arrêté, est inférieure à 150 % de la moyenne régionale définie au point 2 de l'article 5 du présent arrêté cette priorité joue pour la compensation des surfaces perdues de l'exploitation quand celles-ci ont fait l'objet d'indemnisation (justification à apporter par le demandeur). La nécessité d'indemnisation n'est pas requise pour les surfaces perdues pour l'exercice du droit de reprise par le propriétaire. / En outre, le bénéfice de cette priorité est exclu pour l'attribution de parcelle ou îlot de parcelles se situant à plus de 5 km du siège d'exploitation.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'indicateur de dimension économique de l'EARL par unité de travail annuel (IDE/UTA), de 90 880 euros, se situe au-delà de la moyenne régionale de 75 000 euros par UTA, selon les données, non contestées par les requérants, fournies par le préfet. En outre, les requérants ne justifient pas de la perte alléguée d'une surface de 0,90 hectare, ni de son contexte et de sa localisation. Le moyen tiré de ce qu'ils devaient relever de la priorité n° 6 du SDREA de Bretagne doit par suite être écarté.

7. Enfin, si le contrôle des structures agricoles concerne, en principe, l'exploitation d'un bien, il est susceptible d'entraîner indirectement des limitations à l'exercice du droit de propriété, notamment en empêchant un propriétaire d'exploiter lui-même un bien qu'il a acquis, faute de disposer de l'autorisation prévue par les dispositions critiquées, ou en faisant en pratique obstacle à ce qu'un propriétaire puisse aliéner ou louer son bien, faute pour l'acquéreur ou le preneur éventuel d'avoir obtenu cette autorisation. La circonstance que la propriétaire de la parcelle en cause a indiqué qu'elle désirait la louer à l'EARL C et non à M. A ne suffit pas à démontrer que le préfet de la région Bretagne qui a fait une juste application des dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Bretagne, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le préfet, que les conclusions à fin d'annulation de la décision litigieuse et du rejet implicite du recours gracieux doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'EARL C et de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'exploitation agricole à responsabilité limitée C, désignée représentante unique, à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt et à M. D A.

Copie du présent jugement sera adressée au préfet de la région Bretagne.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. Terras

Le président,

Signé

N. Tronel

La greffière

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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