mercredi 1 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2022, Mme B D, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre, au besoin sous astreinte, au préfet de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- la décision souffre d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour soulevée par voie d'exception ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant du délai de départ volontaire :
- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence et commis en conséquence une erreur de droit ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie.
Des pièces ont été produites par le préfet des Côtes-d'Armor les 7 et 22 décembre 2022.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Dollé, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante géorgienne née en 1983, est entrée en France le 14 juin 2018, accompagnée de ses deux enfants mineurs. Suite au rejet de sa demande d'asile, le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligée le 29 août 2019 à quitter dans un délai de trente jours le territoire français. Le 25 octobre 2022, Mme D a demandé la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Le 28 octobre 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a rejeté cette demande et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante alors même que le préfet n'a pas indiqué dans les motifs de son arrêté que la fille aînée de Mme D, a acquis ses connaissances élémentaires en français et effectue sa scolarité au collège.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Mme D est arrivée récemment en France et s'est maintenue pour l'essentiel dans des conditions irrégulières. Elle n'a, en particulier, pas déféré à la précédente mesure d'éloignement et son concubin, M. E, ressortissant géorgien, a été éloigné le 28 juin 2022 à destination de la Géorgie. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté, en prenant la décision contestée, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale alors même que ses deux enfants sont scolarisées.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de l'intéressée.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'ait pas, compte-tenu notamment de l'âge des enfants de A D, accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ces derniers en prenant la décision contestée.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, Mme D n'est pas fondée, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité du refus de séjour.
9. En second lieu, les moyens tirés de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et pris sa décision en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4, 5 et 7.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".
11. Contrairement à ce que la requérante soutient, le préfet a bien, à l'article 2 de son arrêté, examiné si la situation personnelle de l'intéressée ne justifiait pas, qu'à titre exceptionnel, un délai supérieur à trente jours soit accordé à Mme D. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence et commis en conséquence une erreur de droit manque dont en fait.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, en indiquant que Mme D ne démontrait pas être actuellement personnellement et directement exposée à des peines ou des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que sa demande de protection internationale avait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et qu'elle n'apportait aucun élément postérieur à ces décisions de nature à en remettre en cause le bien-fondé, le préfet a satisfait aux exigences de motivation.
13. En second lieu, en se prévalant uniquement de son récit, Mme D, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, ne justifie pas qu'elle encourt, en cas de retour en Géorgie, des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. CL'assesseur le plus ancien,
signé
E. Albouy
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet des Côtes d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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