vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et deux mémoires, enregistrés les 18 novembre 2022, 26 octobre 2023 et 14 novembre 2023, le préfet du Finistère demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, d'annuler l'arrêté n° PC 029 178 22 00023 du 13 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Ploudalmézeau a délivré à M. A un permis de construire en vue de l'édification d'un garage sur la parcelle cadastrée section ZC n° 826.
Il soutient que l'arrêté litigieux :
- n'a pas été précédé de la saisine de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 19 octobre 2023, 9 novembre et 21 novembre 2023, la commune de Ploudalmézeau, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet du déféré et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'État au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés ;
- il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
La procédure a été communiquée à M. B A, qui n'a pas produit d'écritures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,
- et les observations de Me Trémouilles, représentant la commune de Ploudalmézeau.
Une note en délibéré, présentée pour la commune de Ploudalmézeau, a été enregistrée le 7 février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est propriétaire de la parcelle cadastrée section ZC n° 826, située sur le territoire de la commune de Ploudalmézeau au lieu-dit La Flosque, en zone Uhb du règlement du plan local d'urbanisme. Le 11 mars 2022, il a déposé une demande de permis de construire en vue de l'édification d'un garage d'une surface plancher de 150 m². Par un arrêté du 13 septembre 2022, le maire de la commune de Ploudalmézeau a délivré le permis sollicité. Par le présent déféré, présenté sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, le préfet du Finistère demande au tribunal d'annuler cet arrêté après avoir demandé en vain au maire de prononcer son retrait.
Sur les conclusions d'annulation :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme : " Le schéma de cohérence territoriale précise, en tenant compte des paysages, de l'environnement, des particularités locales et de la capacité d'accueil du territoire, les modalités d'application des dispositions du présent chapitre. Il détermine les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés prévus à l'article L. 121-8, et en définit la localisation ". Aux termes des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti () ". L'article L. 121-13 de ce code dispose que : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. / Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer () ".
3. D'une part, il résulte de ces dispositions que, dans les communes littorales, ne peuvent être autorisées que les extensions d'urbanisation réalisées en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significative de constructions. Au sein des secteur déjà urbanisés localisés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le règlement du plan local d'urbanisme, les constructions et installations ne peuvent pas être autorisées dans la bande littorale des cent mètres ou dans les espaces proches du rivage.
4. Par ailleurs, une opération conduisant à étendre l'urbanisation d'un espace proche du rivage ne peut être légalement autorisée que si elle est, d'une part, de caractère limité et, d'autre part, justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme selon les critères qu'elles énumèrent. Cependant, lorsqu'un schéma de cohérence territoriale comporte des dispositions suffisamment précises et compatibles avec ces dispositions législatives qui précisent les conditions de l'extension de l'urbanisation dans l'espace proche du rivage dans lequel l'opération est envisagée, le caractère limité de l'urbanisation qui résulte de cette opération s'apprécie en tenant compte de ces dispositions du schéma concerné.
5. D'autre part, pour déterminer si une zone peut être qualifiée d'espace proche du rivage au sens de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme, trois critères doivent être pris en compte, à savoir la distance séparant cette zone du rivage, son caractère urbanisé ou non et la co-visibilité entre cette zone et la mer. L'objectif d'urbanisation limitée visé par ces dispositions exige que soit retenu, comme espace proche du rivage, un territoire dont le développement urbain forme un ensemble cohérent. Le critère de co-visibilité n'implique pas que chaque parcelle située au sein de l'espace ainsi qualifié soit située en co-visibilité de la mer, dès lors qu'une telle parcelle ne peut être séparée de l'ensemble cohérent dont elle fait partie.
6. En premier lieu, il n'est pas réellement contesté que le lieu-dit La Flosque est situé au sein d'un secteur déjà urbanisé de la commune, ainsi d'ailleurs que l'identifie le schéma de cohérence territoriale du pays de Brest. En outre, le schéma de cohérence territoriale du pays de Brest, qui précise au point I-5.3.2 de son document d'orientation et d'objectifs que " les documents d'urbanisme locaux délimitent les espaces proches du rivage en tenant compte du tracé indicatif figurant sur la carte "Mise en œuvre de la loi Littoral", p.54. Dans ces espaces proches du rivage, l'urbanisation doit être limitée et justifiée. La notion d'extension limitée doit se comprendre aussi bien en termes de nouvelles surfaces urbanisées, qu'en termes de forme urbaine, dans l'objectif de préserver les paysages ", est suffisamment précis et conforme aux dispositions citées au point 2. Par ailleurs, selon la carte de ce schéma et celle figurant au rapport de présentation du plan local d'urbanisme, le secteur de La Flosque se situe sur la limite des espaces proches du rivage. Le rapport de présentation du plan local d'urbanisme indique plus précisément que : " () la limite passe en contrehaut du lieu-dit de la Flosque, bifurquant vers l'ouest pour rejoindre le sud du lieu-dit de Kervao (inclus au sein des espaces proches du rivage), en bordure de voie communale. Ce lieu-dit est orienté vers le nord, avant le lieu-dit de Tréompan, qui se trouve dans une petite dépression topographique, découvrant ainsi des points de vue sur le massif dunaire attenant. C'est à partir du lieu-dit de Flosque que l'urbanisation se densifie, surtout au nord de la voie communale menant à Kervao. En outre, cette voie communale calque grossièrement son tracé sur celui de la ligne de crête (20 mètres d'altitude au-dessus de la mer) ". Il résulte de ces dispositions que la limite des espaces proches du rivage tracée par le plan local d'urbanisme traverse le lieu-dit La Flosque au niveau du chemin du même nom menant à Kervao, le secteur situé au nord de ce chemin, orienté vers le littoral, étant regardé comme faisant partie d'un ensemble cohérent baigné dans une ambiance maritime, et disposant de points de vue vers le massif dunaire et/ou la mer. Par suite, le terrain d'assiette du projet se situe au sein des espaces proches du rivage, juste au-dessus de la limite déterminée par le plan local d'urbanisme.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet litigieux se situe à l'extrémité du lieu-dit de La Flosque à une distance d'environ 700 mètres du rivage. Si la commune se prévaut en défense de l'altimétrie du terrain situé en hauteur par rapport au niveau de la mer pour soutenir qu'il n'y pas de co-visibilité avec le rivage, le préfet du Finistère a produit une photographie issue du site google maps établissant la visibilité du rivage depuis la parcelle de M. A. Cette pièce, qui contredit les photographies produites par la commune de Ploudalmézeau en défense qui tendaient à démontrer l'absence de co-visibilité, va dans le sens de la présomption de localisation du terrain dans les espaces proches du rivage résultant du schéma de cohérence territoriale du pays de Brest. Dans ces conditions, alors que le terrain d'assiette du projet est séparé du rivage seulement par des dunes, des parcelles naturelles et une rangée de parcelles bâties, il doit être regardé comme étant situé dans un secteur déjà urbanisé de la commune, et au sein d'un espace proche du rivage. En outre, alors même que le terrain litigieux ne serait pas visible depuis la mer, il fait néanmoins partie d'un ensemble cohérent tel que cela résulte de l'extrait du rapport de présentation du plan local d'urbanisme cité au point précédent, dont les caractéristiques justifient qu'il soit dans son entièreté regardé comme étant proche du rivage de la mer au sens de la loi Littoral. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, aucune construction ne pouvait être autorisée sur la parcelle de M. A, alors même qu'elle se trouverait située au sein d'un secteur déjà urbanisé.
7. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles qu'éclairées par les travaux parlementaires ayant précédé l'adoption de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique que le troisième alinéa de cet article, qui prévoit la consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites préalablement à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, porte uniquement sur les autorisations délivrées dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages existants.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 6 que le projet litigieux doit être regardé comme étant situé dans un secteur déjà urbanisé de la commune. Par suite, le projet de construction aurait dû être précédé de la saisine de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites.
9. Pour l'application de l'article R. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme n'est pas susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté litigieux.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Ploudalmézeau du 13 septembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 2 000 euros que la commune de Ploudalmézeau sollicite au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Ploudalmézeau du 13 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Ploudalmézeau présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Finistère, à la commune de Ploudalmézeau et à M. B A.
Copie en sera adressée au procureur de la République près du tribunal judiciaire de Brest en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Grondin, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026