mercredi 23 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205858 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, M. A B demande au juge des référés :
1°) de mettre fin aux agissements illégaux de l'administration et d'enjoindre à l'administration compétente de chiffrer le montant précis de sa pension, incluant la majoration due au titre de son handicap, et d'éditer les titres de pension faisant mention expresse de cette révision ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros, en réparation des divers préjudices nés des errements de l'administration, notamment moral ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.
Il soutient que :
- il est reconnu travailleur handicapé depuis le 4 novembre 1992 avec un taux supérieur ou égal à 50 % ; il a demandé son admission à la retraite anticipée, selon le régime spécifique des fonctionnaires en situation de handicap, sur incitation de son administration employeur et sur la base d'une simulation de sa pension incluant une majoration au titre de son handicap, évaluée à environ 400 euros par mois ;
- le premier titre de pension notifié avec effet au 21 mai 2022 n'inclut pas la majoration au titre de son handicap ;
- un conseiller retraite au service des retraites de l'État l'a informé, par courriel du mois d'août 2022, de ce que sa pension devait être révisée par arrêté du 10 octobre 2022, pour inclure la majoration due, et que les arrérages lui seraient versés ; le titre de pension qui lui a été notifié fin octobre 2022 ne comporte toutefois pas cette majoration et le rappel de sa pension ne lui a pas été versé ;
- un autre agent lui a indiqué que lui manquaient 11 jours de cotisations avec reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé pour bénéficier de la majoration ;
- les errements de l'administration et les informations contradictoires qui lui sont données lui causent un préjudice moral et financier majeur ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que sa situation personnelle, financière et médicale, est très précaire.
Vu les pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. M. B, qui indique explicitement saisir le juge des référés, ne précise pas le fondement juridique de sa demande.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Aux termes par ailleurs de son article R. 522-1 : " () À peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ". Aux termes de son article R. 612-1 : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. / () ". Aux termes de son article R. 522-2 : " Les dispositions de l'article R. 612-1 ne sont pas applicables ". Il résulte de ces dispositions que la recevabilité d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonnée au dépôt, par requête distincte, de conclusions aux fins d'annulation de cette même décision.
4. À supposer que les conclusions de M. B puissent être regardées comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle lui est implicitement refusé le bénéfice de la majoration de sa pension au titre de son handicap, révélée par les titres de pension ne comprenant pas cette majoration, dont le dernier reçu en date du 10 octobre 2022, l'intéressé ne justifie pas, en en joignant une copie, avoir saisi le tribunal d'une requête distincte tendant à son annulation, requête en annulation qui n'a par ailleurs fait l'objet d'aucun enregistrement au greffe du tribunal.
5. En deuxième lieu, à supposer que les conclusions de M. B puissent être regardées comme demandant au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration compétente de réviser sa pension en intégrant la majoration au titre de son handicap, une telle mesure ferait obstacle à l'exécution de la décision par laquelle lui est implicitement mais nécessairement refusé le bénéfice de la majoration de sa pension au titre de son handicap, précisément révélée par les titres de pension ne comprenant pas cette majoration, dont le dernier reçu en date du 10 octobre 2022.
6. En troisième lieu, si M. B demande également la condamnation de l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime subir, de telles conclusions indemnitaires ne relèvent en tout état de cause pas de l'office du juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
8. Si M. B expose être en grande précarité financière, il n'assortit ses affirmations d'aucun élément circonstancié et probant et ne peut être regardé, en l'état du dossier, comme établissant que la condition tenant à l'urgence est satisfaite. En se bornant par ailleurs à se prévaloir du mail qui émanerait d'un conseiller retraite lui indiquant que sa pension serait révisée pour intégrer une majoration au titre de son handicap, il ne soulève aucun moyen de droit de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision lui refusant, implicitement mais nécessairement, cette majoration, ne contestant notamment pas le motif opposé tiré de l'insuffisance de sa durée de cotisations en qualité de travailleur handicapé et n'établissant pas davantage remplir les conditions légales pour prétendre à cette majoration.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais d'instance, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, la présente ordonnance ne faisant pas obstacle à ce que l'intéressé saisisse de nouveau le juge des référés, s'il s'y croit fondé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du même code, en respectant les formalités procédurales qu'il prévoit.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Rennes, le 23 novembre 2022.
Le juge des référés,
signé
O. Thielen
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