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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205966

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205966

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 novembre 2022 et 5 janvier 2024,

Mme B C, représentée par Me Douard (Selarl Peneau et Douard), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2022 du recteur de l'académie de Rennes portant refus implicite de mise en œuvre de la notification de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Ille-et-Vilaine du 17 février 2022, notifiée le 18 février suivant, portant attribution d'une aide humaine individuelle au bénéfice de son

fils, A, du 1er août 2022 au 31 juillet 2023, à hauteur de 75 % du temps scolaire hebdomadaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement

des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée entre dans le champ d'application des décisions devant être motivées prévu par l'article L. 211-2 code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle constitue une décision qui refuse un avantage dont l'attribution est un droit ;

- la décision attaquée méconnaît le droit de son fils à l'instruction garanti par les articles L. 111-1, L. 111-2, L. 112-1, L. 351-1, L. 351-2 et L. 351-3 du code de l'éducation, dès lors qu'elle n'est pas conforme à l'aide attribuée à son fils par la décision de la CDAPH du 17 février 2022 et qu'elle affecte le développement de son fils, A, ainsi que sa scolarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 janvier 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'ordonnance n° 2205967 du juge des référés du tribunal administratif de Rennes du 16 décembre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son Préambule ;

- le Premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Douard, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. L'enfant A C, né le 16 juin 2010, souffre de handicap. Pour sa scolarisation en école primaire, sa mère, Mme B C, a saisi, le 22 avril 2020, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Ille-et-Vilaine d'une demande d'aide scolaire. Par une décision du 10 juillet 2020, la CDAPH d'Ille-et-Vilaine lui a attribué une aide humaine mutualisée à hauteur de 75 % du temps scolaire valable du

1er août 2020 au 31 juillet 2023. Par une décision du 9 juillet 2020, notifiée le 10 juillet suivant, cette commission a également attribué à l'enfant une orientation vers le dispositif institut thérapeutique éducatif et pédagogique (dispositif ITEP) pour la même période. Estimant cette aide insuffisante, Mme C a de nouveau saisi la CDAPH le 18 mai 2021. Par une décision du 4 novembre 2021, la CDAPH d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à la demande de parcours de scolarisation et/ou de formation avec ou sans accompagnement par un établissement ou service médico-social et a indiqué que les droits d'accès au dispositif ITEP seraient maintenus jusqu'en juillet 2023. Suite au recours administratif formé le 7 décembre 2021 par la requérante contre cette décision, la CDAPH, par une décision du 17 février 2022, notifiée le 18 février suivant, a attribué à l'enfant une aide humaine individuelle à hauteur de 75 % du temps scolaire valable du

1er août 2022 au 31 juillet 2023. Lors de la rentrée scolaire 2022 de l'enfant en classe de sixième, ce dernier n'a bénéficié que d'une aide humaine mutualisée à hauteur de 75 % du temps scolaire. Par un courriel du 21 septembre 2022 et un courrier de son conseil du 27 octobre suivant,

Mme C a sollicité la principale de l'établissement pour qu'elle mette en place, dans un délai de quinze jours, l'aide humaine individuelle décidée le 17 février 2022 par la CDAPH

d'Ille-et-Vilaine. Le silence gardé par le recteur de l'académie de Rennes sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet, le 21 novembre 2022. Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'égal accès à l'instruction est garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958. Ce droit, confirmé par l'article 2 du Premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est en outre rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, qui énonce que : " Le droit à l'éducation est garanti à chacun. ". L'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction est mise en œuvre par les dispositions de l'article

L. 131-1 de ce code, aux termes desquelles : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ", ainsi que par celles de l'article L. 112-1 du même code qui prévoient : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap (). ". L'article L. 112-2 de ce code prévoit qu'afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant handicapé se voit proposer un projet personnalisé de scolarisation. L'article L. 351-1 du même code désigne les établissements dans lesquels sont scolarisés les enfants présentant un handicap. L'article L. 351-2 de ce code prévoit que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées désigne les établissements correspondant aux besoins de l'enfant en mesure de l'accueillir et que sa décision s'impose aux établissements et l'article L. 351-3 du même code indique que l'aide individuelle apportée à l'enfant selon la quotité horaire fixée par la commission précitée peut être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1 du code de l'éducation.

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que, le droit à l'éducation étant garanti à chacun quelles que soient les différences de situation, et, d'autre part, que l'obligation scolaire s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants handicapés ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Ainsi, il incombe à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants handicapés, un caractère effectif.

4. Par une décision du 17 février 2022, la CDAPH d'Ille-et-Vilaine a décidé d'accorder à l'enfant de la requérante une aide humaine individuelle à raison 75 % du temps scolaire par semaine, afin de le soutenir dans sa scolarisation. Cette décision est valable du 1er août 2022 au

31 juillet 2023. Conformément aux dispositions précitées, il appartenait aux services du rectorat de désigner un assistant d'éducation auprès de l'enfant de la requérante à compter du début de l'année scolaire 2022-2023, pour la quotité horaire indiquée par la CDAPH. Or, il est constant qu'il a reçu une aide à hauteur de 11 heures hebdomadaires, sur les 21 heures de cours hebdomadaires suivies, soit 52 % de l'aide individuelle à laquelle il a droit. Si le recteur de l'académie de Rennes fait valoir que la transmission tardive, le 14 septembre 2022 seulement, de la décision de la CDAPH du 17 février 2022 qui imposait de mettre en place une aide humaine individualisée à hauteur de 75 % du temps scolaire et le manque de moyens humains disponibles ne lui ont pas permis d'exécuter intégralement la décision de la CDAPH, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision portant refus implicite d'exécuter cette décision. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir que la décision portant refus implicite d'exécuter intégralement la décision de la CDAPH du 17 février 2022, notifiée le

18 février suivant, méconnaît le droit de son fils à l'éducation garanti par les dispositions des articles L. 111-1, L. 111-2, L. 112-1, L. 351-1, L. 351-2 et L. 351-3 du code de l'éducation.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, la décision du recteur de l'académie de Rennes portant refus implicite de mise en œuvre de la notification de la CDAPH d'Ille-et-Vilaine du 17 février 2022, notifiée le 18 février suivant, portant attribution d'une aide humaine individuelle au bénéfice de son fils, A, du

1er août 2022 au 31 juillet 2023, à hauteur de 75 % du temps scolaire hebdomadaire, doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocat de la requérante renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Douard.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du recteur de l'académie de Rennes portant refus implicite de mise en œuvre de la notification de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Ille-et-Vilaine du 17 février 2022, notifiée le 18 février suivant, portant attribution d'une aide humaine individuelle au bénéfice du fils de Mme C, du 1er août 2022 au

31 juillet 2023, à hauteur de 75 % du temps scolaire hebdomadaire est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Douard, avocat de Mme C, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de

l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Douard et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Rennes.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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