mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206097 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Le Rouge de Guerdavid, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté non daté n° 376/2022 du maire de la commune de Carhaix-Plouguer portant mise en sécurité d'urgence de l'immeuble situé 3 rue de Brest dont il est propriétaire ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Carhaix-Plouguer le versement de somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale car l'arrêté lui ordonne la réalisation d'importants travaux, notamment en ce qu'il impose la réfection complète de la toiture et de la charpente de son bien dans le délai particulièrement court d'un mois ; l'exécution complète de l'arrêté présente un coût important, pouvant aller jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros ; eu égard aux difficultés contemporaines d'approvisionnement en matériaux et aux délais d'attente pour l'intervention d'artisans, le délai imparti ne lui permettra pas de faire réaliser les travaux ordonnés ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est illégal en l'absence d'information de l'architecte des bâtiments de France ;
- il n'est pas précisé si le délai imparti pour réaliser les travaux, à savoir quinze jours pour certains et un mois pour le surplus, court à compter de la signature de l'arrêté, de sa réception par l'autorité préfectorale, de son affichage en mairie ou sur l'immeuble, ou de sa notification au propriétaire du bien ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ; les travaux exigés excèdent, par leur nature et leur importance, les mesures provisoires pouvant être légalement prescrites dans le cadre d'une procédure de péril imminent.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2022, la commune de Carhaix-Plouguer représentée par la Selarl Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. B n'apporte aucune justification concrète des conséquences financières qu'aurait pour lui une application de l'arrêté dans les délais évoqués ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé, si bien qu'il n'y a aucun doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté.
Vu :
- la requête au fond n° 2206096, enregistrée le 6 décembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2022 :
- le rapport de M. D
- les observations de Me Le Rouge de Guerdavid, représentant M. B, qui conclut par les mêmes fins et les mêmes moyens que la requête et développe ces moyens en précisant, d'une part, que du fait de l'incarcération de M. B à la maison d'arrêt de Brest depuis le 29 décembre 2021, il n'a pas pu fournir de devis de travaux ou des relevés de compte mais que cette incarcération justifie par elle-même que M. B est sans ressource depuis presque un an, et, d'autre part, que la commune aurait pu ordonner plutôt des travaux de bâchage et d'étaiement sur l'immeuble en litige ou réaliser elle-même les travaux prescrits dans une précédente procédure de péril ordinaire le concernant ;
- les observations de Me Bouvier, représentant la commune de Carhaix-Plouguer qui reprend ses écritures et fait valoir en outre que le requérant n'a donné aucune information sur son épargne et son patrimoine immobilier, qu'aucun élément de permet de remettre en cause les conclusions de l'expert désigné par le tribunal quant au caractère grave et imminent des désordres qui affectent l'immeuble en litige et que le moyen tiré d'une précédente procédure de péril ordinaire est en l'espèce inopérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
2. Par ordonnance de référé n° 2205493 du 31 octobre 2022, prise sur le fondement des dispositions combinées des articles R. 556-1 et R. 531-1 du code de justice, à la demande de la commune de Carhaix-Plouguer, une mesure d'expertise a été instituée afin d'établir si le bâtiment situé, dans cette commune, au 3 rue de Brest et dont M. B est propriétaire, est susceptible de relever d'une des situations de risque mentionnées à l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation. A la suite du dépôt de son rapport par M. C, expert ainsi désigné, le maire de Carhaix-Plouguer a, par arrêté de mise en sécurité non daté pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-11 du même code, prescrit au propriétaire de l'immeuble la mise en œuvre de plusieurs mesures. M. B a saisi le tribunal administratif de Rennes d'une demande d'annulation de cet arrêté. Par la présente requête de référé, il sollicite également la suspension de son exécution.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque son exécution porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. En l'espèce, pour justifier de l'urgence à suspendre la décision attaquée, le requérant soutient que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale, elle lui ordonne la réalisation d'importants travaux, notamment en ce qu'il impose la réfection complète de la toiture et de la charpente de son bien dans le délai particulièrement court d'un mois et que l'exécution complète de l'arrêté présente un coût important.
6. En se bornant à affirmer, sans même justifier de sa situation financière, que l'arrêté municipal en litige serait de nature à leur cause un préjudice financier grave, qui n'est, au demeurant pas évalué, le requérant ne démontre pas l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision en litige. En effet, s'il fait falloir qu'il n'a plus de revenu depuis son incarcération à la maison d'arrêt de Brest le 29 décembre 2021, il ne fournit toutefois aucune information concernant son épargne et son patrimoine immobilier. Par ailleurs, il résulte du rapport dressé par M. C, expert, désigné par l'ordonnance précitée du tribunal administratif de Rennes du 31 octobre 2022 que le bâtiment est atteint dans sa solidité et que les désordres qui l'affectent présentent un caractère grave et imminent. Cet expert précise que l'ensemble de la charpente bois de support de toiture est affecté par les multiples zones d'infiltration, des éventrements et par une pourriture des pieds d'arbalétriers, de sorte que c'est l'ensemble de la charpente qui est menacée d'effondrement à court terme. Au niveau des planchers intermédiaires, la zone Nord est entièrement effondrée, d'autres planchers étant fortement dégradés et menaçants. Au niveau des maçonneries, l'ensemble reste stable à ce stade, mais les murs des façades non protégés s'imprégnant d'eau, les enduits extérieurs se décollent progressivement, se fissurent et localement, chutent par petites surfaces. Compte tenu de l'élancement des murs en l'absence de planchers intermédiaires, les effondrements successifs de la charpente de toiture et des planchers intermédiaires vont toutefois affaiblir leur stabilité, principalement au droit des pignons et surtout de la souche de cheminée située au milieu de la façade Sud-Ouest. Les ardoises de toitures se décrochent progressivement, glissent et tombent à terre. Les menuiseries extérieures ne sont pas closes, les vantaux battent au vent, leurs vitrages cassent progressivement et tombent à terre (en intérieur ou en extérieur). que cette situation compromet la sécurité des occupants et des tiers, engendrant un réel risque d'effondrement général de la charpente support de couverture et des planchers intermédiaires. Un tel effondrement affaiblirait les façades maçonnées et occasionnerait immédiatement un risque d'éboulement de la souche de cheminée située en partie centrale de la façade Sud-Ouest. Il existe ainsi, selon l'expert pour les riverains un risque de chutes de matériaux sur le trottoir en voie publique dont des débris de verre, de menuiseries et des ardoises, qui pourraient blesser gravement. Un risque de chute de matériaux dans le jardin de la propriété voisine dont des débris de verre de menuiseries, des ardoises, des tronçons de gouttière en zinc et des plaques d'enduit, est susceptible de blesser gravement les occupants de la propriété voisine.
7. Dans ces conditions, l'arrêté en litige répond à des exigences de sécurité publique eu égard aux risques que présente la stabilité de l'immeuble. Dès lors, et quelle que soit la gêne qui en résulte pour le requérant et les conséquences financières résultant de la réalisation des travaux de mise en sécurité de l'immeuble, les exigences qui s'attachent à l'intérêt public de la sécurité des immeubles font obstacle à ce que la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, soit en l'espèce regardée comme remplie.
8. L'urgence n'est dès lors pas constituée et il y a lieu de rejeter la présente requête par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Carhaix-Plouguer qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner ce dernier à verser une somme à la commune de Carhaix-Plouguer, au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Carhaix-Plouguer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Carhaix-Plouguer.
Fait à Rennes, le 21 décembre 2022
Le juge des référés,
signé
G. DLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026