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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206199

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206199

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2022, M. G A, représenté par Me C, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ou, à défaut, d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai identique ;

4°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 300 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à M. C d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de droit, sinon de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu la décision du 26 janvier 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Albouy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien né en 1981, est entré à Mayotte en 2015 où il a conclu, un mariage religieux avec Mme F A E, mère d'un enfant né, le 5 septembre 2010, d'une précédente relation. Ils ont eu un premier enfant, B D, né le 5 juillet 2016 à Mayotte et qui y résiderait chez une tante. Mme A E a quitté Mayotte pour la métropole, à une date que M. A ne précise pas, accompagnée de son premier enfant. M. A a rejoint la métropole en janvier 2018 et a séjourné d'abord en région parisienne, puis à Brest (Finistère). Mme A E a donné naissance à deux nouveaux enfants les 14 octobre 2019 et 27 décembre 2021 que M. A a reconnus. M. A et Mme A E ont conclu un pacte civil de solidarité le 24 mars 2022. Le 1er août 2022, M. A a été entendu dans le cadre d'une enquête préliminaire pour des faits d'usurpation d'identité, faux et usage de faux documents et escroquerie. Le 22 août 2022, il a déposé auprès des services de la préfecture du Finistère une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A a été condamné, le 10 octobre 2022, à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour usage de faux dans un document administratif commis de manière habituelle et usage de faux en écriture, par le président du tribunal judiciaire de Brest, après avoir reconnu sa culpabilité. Par la décision attaquée, du 23 novembre 2022, le préfet du Finistère a décidé de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions en annulation :

2. Par un arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 28 juillet 2022, le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusions des arrêtés de délégation de signature et des évaluations des directeurs et chefs de service de l'État. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. La décision attaquée mentionne l'ensemble des considérations de fait et motifs de droit au regard desquels le préfet du Finistère a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de sa motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. A soutient être arrivé en France métropolitaine en janvier 2018, mais ne justifie pas de la date exacte à compter de laquelle il a séjourné de façon continue en métropole en produisant un billet de car entre Paris et Brest daté du 20 juillet 2018, un relevé de compte Navigo du 1er juin 2023 indiquant le 30 avril 2018 comme date de début de validité et un avis d'impôt sur les revenus 2018, établi le 5 juillet 2019, indiquant une adresse d'imposition au 1er janvier 2019 à Mayotte. Il ressort des propos qu'il a tenus le 1er août 2022 lors d'une audition par un officier de police judiciaire que jusqu'en 2021 il a habité parfois en région parisienne et allait à Brest rendre visite à Mme A E, avec laquelle il a eu deux nouveaux enfants les 14 octobre 2019 et 27 décembre 2021, dont il démontre qu'il contribue à l'entretien, depuis leur naissance, par la production de quelques factures et de tickets de caisse l'identifiant et justifiant des achats de produits destinés aux jeunes enfants. M. A et Mme A E ne vivent en concubinage que depuis le 1er mars 2022 et ont conclu un pacte civil de solidarité le 24 mars 2022. Il a un demi-frère qui vit à Lorient et qu'il n'a jamais rencontré et un frère et une sœur vivant aux Comores, leurs parents sont décédés. À compter de la fin de l'année 2021 et jusqu'à son interpellation en août 2022, il a travaillé en intérim d'abord dans le secteur avicole, puis dans des exploitations de culture de tomates sous serres, en usurpant l'identité de deux tiers successifs, faits pour lesquels il a fait l'objet de la condamnation évoquée au point 1. Si Mme A E est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 25 juillet 2022 au 24 juillet 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier que le motif de délivrance de ce titre de séjour révèlerait l'existence d'un obstacle à son retour aux Comores, alors qu'elle ne dispose pas de ressources en France où elle est allocataire du revenu de solidarité active. M. A ne démontre pas une insertion particulière au sein de la société française. Ces liens en France sont récents et n'apparaissent pas particulièrement stables. Par ailleurs, rien ne fait obstacle, en l'état du dossier, à ce que la cellule familiale qu'il constitue avec ses deux enfants présents en métropole et sa compagne de Pacs, mère de ceux-ci, se reconstitue aux Comores. Par suite, à la date à laquelle il a statué, le préfet du Finistère a pu, sans porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A ou commettre une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / (). ".

7. À l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A se prévaut des faits relatifs à sa situation familiale et personnelle relatés au point 5. Or, ceux-ci ne permettent pas de regarder comme établie l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels qui auraient dû conduire le préfet du Finistère à lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en est de même, pour le même motif, de celui tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs énoncés au point 5.

9. Si M. A soutient également que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait, il ne l'identifie pas et ainsi ne met pas le tribunal à même d'apprécier le bien-fondé de ce moyen qui ne peut dès lors qu'être écarté.

10. Il ressort des pièces du dossier et de l'examen des moyens de la requête que la décision attaquée a été précédée d'un examen complet de la situation de M. A.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A en annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A présentées aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par M. A sur leur fondement doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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