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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206242

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206242

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, M. C B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 en tant que le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a porté interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 2 et 3 de la même convention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 14 décembre 2022 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Douard, avocat commis d'office représentant M. B, qui maintient les conclusions de la requête par les mêmes moyens qu'il développe et produit des pièces complémentaires ; il ajoute que les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen et que la décision interdisant M. B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est disproportionnée ;

- les explications de M. B, assisté d'un interprète.

Le préfet de la Sarthe n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 5 octobre 2001, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 6 février 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 18 novembre 2019, confirmée le 18 juin 2020 par une décision de la Cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français par arrêté préfectoral du 23 juin 2020, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 17 février 2021. M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a, le 15 septembre 2022, sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 décembre 2022, le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a porté interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui porte obligation de quitter le territoire français sans délai, détermination du pays de destination et interdiction de retour en France pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Sarthe a donné délégation de signature à M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer toutes décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception des propositions à la Légion d'honneur et à l'Ordre national du Mérite. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui comportent l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant se prévaut d'un défaut d'examen de sa situation dès lors en particulier que les décisions contestées relèveraient par erreur qu'il a un enfant, il ressort au contraire du jugement rendu par le tribunal administratif de Nantes le 17 février 2021 qu'il avait fait valoir lors de cette instance être le père d'un enfant né le 23 mars 2020. En tout état de cause, à supposer que le requérant n'ait pas d'enfant, une telle erreur n'a pas été de nature à influencer défavorablement l'appréciation portée par le préfet sur la situation familiale de l'intéressé en France. Il résulte en outre de la motivation circonstanciée de l'arrêté attaqué que le préfet de la Sarthe a par ailleurs procédé à un examen suffisant de la situation de M. B. Le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit dès lors être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. B se prévaut de la durée de sa présence en France et fait valoir de manière générale qu'il y possède l'ensemble de ses liens privés et familiaux. Il n'apporte toutefois aucune pièce à l'appui de ses allégations, lesquelles sont elles-mêmes très peu circonstanciées. Alors qu'il conteste avoir un enfant, il ne fait état d'aucune autre attache particulière personnelle, familiale ou professionnelle en France et admet avoir un frère dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le requérant disposerait en France d'attaches d'une intensité telle que les décisions attaquées porteraient atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences des décisions attaquées sur sa situation personnelle doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. / () ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. M. B soutient qu'il a été victime de violences intra-familiales lorsqu'il résidait en Guinée et invoque ses craintes d'être à nouveau exposé à des mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Il n'apporte toutefois aucune explication circonstanciée sur les risques qu'il invoque. S'il produit une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 11 janvier 2022, cette ordonnance, qui rejette un recours présenté par " M. C D B " également né le 5 octobre 2001 à Conakry, ne porte au demeurant pas sur l'existence alléguée de violences intra-familiales dont aurait été victime le requérant. Dans ces conditions, les risques allégués par le requérant ne sauraient être regardés comme établis et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

9. En dernier lieu aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B, qui est célibataire et conteste avoir un enfant, n'établit aucune attache en France. Son entrée sur le territoire français en 2018 est relativement récente. Il n'a, de plus, pas exécuté la précédente décision du 23 juin 2020 l'obligeant à quitter le territoire français. En outre, ayant été condamné le 16 juin 2022 par le tribunal correctionnel de Nantes à une peine de huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, violence sur une personne chargée de mission de service public sans incapacité, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un chargé de mission de service public et ivresse publique et manifeste, M. B constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans serait disproportionnée ou entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Sarthe.

Lu en audience publique, le 16 décembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. A La greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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