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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206401

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206401

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDE MARGERIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 décembre 2022, 30 août 2023,

21 septembre 2023, 10 octobre 2023 et 15 novembre 2023, la SARL C, représentée par Me de Margerie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 23 novembre 2022 portant suspension de son agrément n° S035F162, du 19 décembre 2022 au 29 janvier 2023 inclus ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des droits de la défense et de l'article 17-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 ;

- les manquements tenant à la présence dans le centre de pièces détachées, d'outillage et de publicité manquent en droit et en fait.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 juillet 2023, 22 septembre 2023,

25 septembre 2023, 26 octobre 2023 et 24 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- l'instance en référé n°2206462 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,

- et les observations de Me de Margerie, représentant la SARL C.

Une note en délibéré produite pour la SARL C a été enregistrée le 20 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL C, spécialisée dans le secteur du contrôle technique de véhicules légers, bénéficie d'un agrément n° S035F162 depuis le 23 décembre 2011. Elle a fait l'objet d'une visite de surveillance par un agent de la DREAL Bretagne, le 21 juillet 2022, dans le cadre de laquelle ont été constatés vingt manquements aux prescriptions réglementaires applicables en matière de contrôle technique, reprochés pour certains au centre de contrôle et pour d'autres à deux de ses contrôleurs. Par décision du 23 novembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a suspendu l'agrément n° S035F162 de la SARL C, du 19 décembre 2022 au 29 janvier 2023 inclus. La SARL C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 323-14 du code de la route : " I. - L'agrément des installations d'un centre de contrôle est délivré par le préfet du département où est implanté le centre. / La demande d'agrément est adressée au préfet par la personne physique ou la personne morale qui exploite les installations du centre. (). Elle est accompagnée d'un document par lequel l'exploitant s'engage à respecter les prescriptions d'un cahier des charges et précise les conditions dans lesquelles il sera satisfait à cet engagement. / L'engagement mentionné ci-dessus décrit notamment l'organisation et les moyens techniques mis en œuvre par le centre pour assurer en permanence la qualité et l'objectivité des contrôles techniques effectués et éviter que les installations soient utilisées par des personnes non agréées ou ayant une activité dans la réparation ou le commerce automobile ou de motocycles. / () / IV. - L'agrément des installations de contrôle peut être suspendu ou retiré pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques qu'il concerne si les conditions de bon fonctionnement des installations ou si les prescriptions qui leur sont imposées par la présente section ne sont plus respectées, et après que la personne bénéficiaire de l'agrément et le représentant du réseau de contrôle auquel les installations sont éventuellement rattachées ont pu être entendus et mis à même de présenter des observations écrites ou orales. / () ". Aux termes de l'article 17-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 susvisé : " L'agrément du centre de contrôle peut être retiré ou suspendu pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques couvertes par l'agrément, () par le préfet du département du centre. Les mesures de retrait ou suspension sont notamment applicables en cas de non-respect des articles R. 323-13 à R. 323-17 du code de la route. / Avant toute décision, le préfet informe par écrit l'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, de son intention de suspendre ou de retirer l'agrément du centre, pour tout ou partie des catégories de contrôles, en indiquant les faits qui lui sont reprochés et en lui communiquant ou en lui permettant d'accéder au dossier sur la base duquel la procédure est initiée. L'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, disposent d'un délai d'un mois, à compter de la présentation du courrier, pour faire part de leurs observations par écrit. / Si le préfet de département envisage de suspendre ou retirer l'agrément, il organise une réunion contradictoire à laquelle sont invités l'exploitant du centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le réseau éventuellement concerné avant que la sanction ne soit prononcée. Cette réunion est tenue postérieurement au délai d'un mois accordé pour faire part des observations ".

3. En premier lieu, les manquements commis par les employés d'un centre de contrôle à la règlementation du contrôle technique des véhicules peuvent révéler une carence de la part du centre de contrôle technique dans son organisation et son fonctionnement et caractériser un défaut de surveillance de ses préposés, constitutif d'un manquement propre de la société à ses obligations réglementaires, résultant notamment des dispositions de l'article R. 323-14 du code de la route précité, susceptible de faire l'objet d'une sanction.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la visite de surveillance du 21 juillet 2022 menée par les agents de la DREAL Bretagne, la SARL C a reçu, par courrier du 2 août 2022, une convocation à une réunion contradictoire préalable à une éventuelle mesure de suspension de son agrément, fixée au 10 octobre 2022, portant en pièce jointe le rapport de visite listant l'ensemble des vingt manquements constatés, imputables pour certains au centre et pour d'autres à deux de ses contrôleurs, l'invitant à présenter ses observations écrites et les mesures correctives envisagées ou mises en œuvre et précisant également que " certains écarts mentionnées dans les rapports joints semblent indiquer que l'organisation mise en place dans le centre, dont vous êtes responsable, ne permet pas de garantir le respect des prescriptions imposées par l'arrêté modifié du 18 juin 1991, relatif au contrôle technique des véhicules légers, et sont de nature à justifier la mise en œuvre d'une procédure de sanction administrative ".

5. Ce courrier était suffisamment précis pour être regardé, d'une part, comme informant la SARL C, en temps utiles, de ce que l'autorité compétente envisageait de retenir également à son encontre, outre les trois observations la concernant, le grief de carence dans son organisation et son fonctionnement et de défaut de surveillance de ses préposés, et d'autre part, comme l'invitant à présenter ses observations écrites également sur ce grief propre. Dans ces circonstances, le moyen tiré du vice de procédure, motif pris d'un défaut de contradictoire préalable sur ce grief, et d'une méconnaissance subséquence des droits de la défense, doit être écarté.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des motifs de la décision litigieuse que le contrôleur technique du centre Sarl C, M. B A, employé par cette société s'est rendu coupable de graves manquements à la réglementation du contrôle technique des véhicules. Ainsi, il a notamment été fait grief à ce contrôleur, le 21 juillet 2022, d'avoir omis de mentionner des défaillances majeures sur un véhicule contrôlé ainsi que des défaillances mineures sur le même véhicule. Ces agissements révèlent, en particulier, de sérieuses carences de la part de la société dans l'organisation et le fonctionnement de ce centre et un défaut caractérisé de surveillance de ses préposés. D'ailleurs, ainsi que le relève la décision attaquée, la société avait fait l'objet à quatre reprises, de 2016 à 2022, d'observations de la part de l'administration concernant des écarts par rapport à l'application de la règlementation. Par ailleurs, la même décision attaquée mentionne également que M. C a indiqué qu'il était dépassé par la charge de travail liée à la gestion du centre et aux évolutions réglementaires s'estimant laxiste et qu'il allait transmettre le centre à son fils qui pourrait en améliorer la gestion et le système qualité. Il résulte de ce qui précède, et à supposer même que les motifs tirés de la présence dans le centre de pièces automobiles, de la présence d'outillage non nécessaire au contrôle technique et de la présence dans les locaux du centre d'une publicité pour une entreprise soient erronés, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait pris la même décision en fondant sur les carences de la part de la société dans l'organisation et le fonctionnement du centre et du défaut caractérisé de surveillance de ses préposés. Par suite, la société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'illégalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la Sarl C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la Sarl C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Sarl C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

P. Le Roux Le président,

Signé

G. Descombes Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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