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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300073

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300073

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300073
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, Mme C, épouse B, représentée par Me Roilette, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que les décisions en découlant ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer une carte de séjour à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : elle se trouve dans une situation très précaire et n'a pas été entendue par les services de la préfecture alors qu'elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale le 2 décembre 2022 ; elle s'occupe seule de ses deux enfants mineurs et justifie d'une promesse d'embauche ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses :

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elles méconnaissent les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation : elle justifie d'une ancienneté de présence sur le territoire français depuis cinq ans et ses enfants y sont scolarisés, elle justifie d'une promesse d'embauche qui doit lui permettre de subvenir aux besoins de sa famille ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'elle risque d'être assignée à résidence ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouvent en France.

Vu :

- la requête au fond n° 2300072 ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née le 26 mai 1995, est entrée en France le 23 avril 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 mai 2018, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 avril 2021. Le préfet du Morbihan a, par deux arrêtés du 14 avril 2021, obligé Mme B et son époux à quitter le territoire français dans les trente jours en fixant l'Albanie comme pays de destination, arrêtés dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal du 4 juin 2021, confirmé par un arrêt du 7 février 2022 de la Cour administrative d'Appel de Nantes. Mme B a sollicité le 30 juin 2021 la délivrance d'un titre de séjour pour des motifs liés à l'état de santé de son fils A né en octobre 2013. Son époux et père de ses deux enfants ayant été condamné à une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans par jugement du tribunal correctionnel de Lorient du 26 octobre 2022 a été éloigné à destination de l'Albanie. Le préfet du Morbihan a pris, le 8 décembre 2022, un arrêté refusant à la requérante la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande, dans le cadre de la présente instance, la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste qu'elle ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

3. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". En vertu de l'article L. 722-7 du même code, l'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi.

4. Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023 sous le n° 2300072 au greffe du tribunal, Mme B a demandé l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité. L'exécution de l'obligation de quitter le territoire français a ainsi été suspendue, en vertu des dispositions précitées, dès l'introduction de cette requête à fin d'annulation. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à la suspension de l'exécution de cette décision, ensemble de la décision fixant le pays de destination, sont irrecevables.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

5. Les dispositions précitées, qui prévoient que le recours devant le juge administratif a un effet suspensif sur la seule obligation de quitter le territoire français, n'ont ni pour objet ni pour effet de priver le requérant de la possibilité de présenter une demande de suspension à l'encontre de la décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour dans les conditions énoncées aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative.

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Pour justifier de l'urgence, la requérante soutient que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour l'empêche de régulariser sa situation, alors qu'elle dispose de perspectives d'insertion professionnelle, une promesse d'embauche lui ayant été faite le 2 décembre 2022 pour exercer un emploi de femme de chambre dans un hôtel à Auray. Elle expose également qu'elle réside en France depuis plus de cinq années et qu'elle est mère de deux enfants scolarisés en France. Toutefois, ces seules circonstances, et alors que la requête au fond de Mme B est audiencée au 15 mars 2023, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la promesse d'embauche qui lui a été faite ne serait plus valable à la date du jugement au fond et que la décision portant refus de titre de séjour ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que son fils puisse continuer de recevoir les soins et traitements que requiert son état de santé, ne peuvent être regardées comme suffisantes pour caractériser une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée par application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code, sans qu'il y ait lieu d'accorder à la requérante l'aide juridictionnelle qu'elle sollicite à titre provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B n'est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, épouse B.

Copie en sera adressée au préfet du Morbihan.

Fait à Rennes, le 9 janvier 2023.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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