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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300234

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300234

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 16 janvier 2023, 22 février 2023, 15 mars 2023, 1er novembre 2023 et 19 janvier 2024, M. A C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2022 rejetant le recours gracieux du 14 novembre précédent dirigé contre l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le maire de la commune du Conquet a accordé un permis à M. D en vue d'aménager un lotissement de 24 lots sur les parcelles cadastrées section H nos 363 et 364 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune du Conquet d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Conquet et de M. D le versement de la somme de 1 500 euros chacun au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, notamment elle n'est pas tardive et il a intérêt pour agir en qualité de voisin du projet litigieux ;

- l'arrêté litigieux :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- méconnaît les dispositions de l'article 191 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 relatif à l'objectif d'absence d'artificialisation nette des sols en 2050 ;

- est entaché d'illégalité dès lors que le réseau public de collecte des eaux usées n'est pas suffisant pour absorber l'assainissement des eaux usées des nouvelles constructions, alors que la commune n'a pas délimité le zonage d'assainissement ;

- est entaché d'illégalité dès lors que le terrain d'assiette constitue en des réservoirs de biodiversité ordinaire et un corridor écologique ;

- est entaché d'illégalité dès lors que les eaux de ruissellement s'écouleront vers ruisseau et mer en polluant les nappes phréatiques.

Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 9 février 2023, 28 février 2023, 9 janvier 2024 et 4 mars 2024, la commune du Conquet, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ; elle est notamment tardive au regard des dispositions de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, le recours gracieux du 14 novembre 2022 n'ayant pas été formé par le requérant mais par l'association des Amis de Penn Ar Vali ; le requérant est dépourvu de tout intérêt pour agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 19 octobre 2023, M. B D, représenté par le Cabinet Saout, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive et que M. C est dépourvu de tout intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ou pas assortis des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Tremouilles, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune du Conquet, et de Me Le Soudeer, substituant le Cabinet Saout, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est propriétaire des parcelles cadastrées section H nos 363 et 364, situées sur le territoire de la commune du Conquet, en zone Uhc du règlement du plan local d'urbanisme et au sein des espaces proches du rivage. Il a souhaité aménager ses parcelles en vue de construire un lotissement de 24 lots et a déposé, le 18 janvier 2021, une demande de permis d'aménager en ce sens auprès des service de la commune du Conquet. Après un premier refus par un arrêté du maire de la commune du Conquet du 14 avril 2021 et le dépôt d'une nouvelle demande de permis d'aménager du 2 août 2022, un permis d'aménager a été accordé par un arrêté du 27 octobre 2022. Par la présente requête, M. C, se prévalant de sa qualité de voisin au projet, demande au tribunal d'annuler la décision du 6 décembre 2022 rejetant ce recours gracieux.

Sur la requalification de la requête :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. C, qui ne demande formellement que l'annulation de la décision du 6 décembre 2022 rejetant le recours gracieux du 14 novembre 2022 dirigé à l'encontre d'arrêté de permis d'aménager du 27 octobre 2022, doit également être regardé comme sollicitant l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité de la requête :

4. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ".

5. Il ressort des trois constats d'huissier des 2 novembre 2022, 2 décembre 2022 et 2 janvier 2023 que le permis d'aménager litigieux du 27 octobre 2022 a fait l'objet d'un affichage régulier sur le terrain d'assiette du projet litigieux pendant une période continue de deux mois, à compter du 2 novembre 2022. Il n'est pas contesté que cet affichage comportait l'ensemble des mentions requises par les dispositions des articles A. 424-16 et A. 424-17 du code de l'urbanisme, et était de nature à déclencher le délai de recours contentieux. Pour justifier de ce que sa requête introduite le 16 janvier 2023, soit postérieurement à l'expiration des voies et délais de recours, n'est pas tardive, M. C se prévaut de l'exercice d'un recours gracieux exercé le 14 novembre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'en-tête du courrier du 14 novembre 2022, que ce recours gracieux a été effectué par M. C en qualité de président de l'association des Amis de Penn ar Vali, mandaté à cet effet par l'assemblée générale de l'association le 29 octobre 2022. Cela est corroboré par le contenu même de ce courrier dans lequel le requérant précise " que l'assemblée générale de l'association () [l'a] mandaté, lors de sa réunion du 29 octobre 2022, pour contester dans le cadre d'un recours gracieux, puis éventuellement devant le tribunal administratif, l'arrêté () pris le 27 octobre 2022 ". Par ailleurs, si le procès-verbal du mandat indique, ainsi que s'en prévaut le requérant, qu'il n'a été mandaté pour contester l'arrêté litigieux qu'à titre personnel, le principe même d'un tel mandat implique d'agir pour le compte de l'association et non pour son compte personnel. Dans ces conditions, le recours gracieux du 14 novembre 2022 doit être regardé comme n'ayant été diligenté que par l'association des Amis de Penn ar Vali, et n'a eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux à l'encontre de l'arrêté du 27 octobre 2022 qu'au bénéfice de cette association. Par suite, la requête, introduite par M. C en sa seule qualité de voisin du projet litigieux le 16 janvier 2023 est tardive.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes de 1 500 euros sollicitées par M. C au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens soient mises à la charge respective de la commune du Conquet et de M. D, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.

7. Par ailleurs il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C, partie perdante dans la présente instance, les sommes respectives de 4 000 et 4 500 euros sollicitées par la commune du Conquet et M. D au titre des frais qu'ils ont exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune du Conquet et de M. D présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, M. B D et à la commune du Conquet.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

T. Grondin

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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