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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300373

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300373

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier et le 23 mars 2023, M. A C, représenté par Me Maony, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a prescrit des mesures de contrôle administratif ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sur le refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-3 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception en raison de l'illégalité du rejet de sa demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 et 31 mars 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. B au cours de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique les observations de Me Douard, substituant Me Maony, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité guinéenne, a demandé le 15 septembre 2020 au préfet du Finistère la délivrance d'un titre de séjour fondé sur les dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23, L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 octobre 2022, le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a prescrit des mesures de contrôle administratif. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. D'une part aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

4. Il ressort des pièces du dossier que pour justifier de son identité, M. C a produit une carte consulaire valable du 27 février 2020 au 27 février 2022, un jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal de première instance de Conakry du 6 décembre 2018 et un extrait d'acte de naissance du 17 décembre 2018. Pour rejeter la demande de M. C, le préfet du Finistère a estimé d'une part que l'état civil de l'intéressé ne pouvait être formellement établi en s'appropriant l'avis des services de la DZPAF ouest qui ont estimé que le jugement supplétif et l'extrait d'acte de naissance étaient irréguliers au regard du droit guinéen et, d'autre part, que la carte d'identité consulaire guinéenne délivrée le 27 février 2020 est frauduleuse et ne constitue pas un document d'état civil et a été établi postérieurement à son entrée en France sur la base du jugement supplétif irrégulier précité. A ce titre, il ressort des pièces du dossier que l'avis des services de la DZPAF ouest a estimé que le jugement supplétif ne comportait pas la mention en lettres de la date de naissance, de l'âge, de la profession et du domicile des parents comme le prescrit le code civil guinéen, que le jugement supplétif ne comporte pas les formules exécutoires comme le prescrit le code de procédure civile guinéen et qu'il n'est pas légalisé par la signature des autorités consulaires françaises en Guinée ou guinéennes en France, que l'extrait d'acte de naissance ne comportait pas la date de naissance en toutes lettres, l'âge, la profession et le domicile des parents en méconnaissance du code civil guinéen, qu'il n'est pas légalisé par la signature des autorités consulaires française en Guinée ou guinéenne en France, et qu'il est établi sur la base du jugement supplétif irrégulier. Par ailleurs, le préfet a constaté, après consultation du fichier Visabio, que M. C, qui déclare être né le 20 mai 2002, avait présenté des demandes de visa les 10 janvier et 22 mai 2017 en se déclarant né le 20 mai 1998, soit quatre ans avant la date de naissance alléguée par les documents d'état civil produits par le requérant. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les irrégularités identifiées par la DZPAF Ouest sur l'acte de naissance et le jugement supplétif constituent des irrégularités purement formelles qui, à les supposer établies, ne font pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations que contiennent ces documents. En outre, si le préfet invoque la correspondance entre les empreintes génétiques de M. C et les résultats contenus dans le fichier Visabio, il ne produit aucune pièce de nature à démontrer cette allégation. A ce titre, il ressort des pièces du dossier que le procureur de la République de Brest a, par une décision du 27 avril 2022, prononcé le classement sans suite de la procédure ouverte à l'encontre de M. C pour détention et usage de faux documents d'identité. Il résulte de ce qui précède que, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Finistère ne démontre pas l'irrégularité des documents d'état civil produits par M. C. Par suite, en rejetant la demande de titre de séjour présenté par M. C sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il n'est pas établi qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance entre seize et dix-huit ans, le préfet du Finistère a commis une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 10 octobre 2022 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et lui prescrivant des mesures de contrôle administratif.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Finistère réexamine la situation de M. C au regard de l'ensemble des conditions prévues à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de sa demande présentée à ce titre, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Maony, avocat de M. C, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 octobre 2022 du préfet du Finistère est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de réexaminer la situation de M. C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Maony, avocate de M. C, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

C. B

Le président,

signé

N. Tronel

La greffière,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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