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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301039

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301039

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2023 à 14 h 10 et un mémoire, enregistré le 26 février 2023, M. E B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Balloul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Mayenne lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté méconnaît l'autorité de la chose jugée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant le départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi et la décision portant interdiction de retour sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu

- l'ordonnance du 24 février 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gosselin, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Balloul, avocat commis d'office, représentant M. B, assisté d'un interprète, qui reprend ses écritures et indique que la situation psychologique de l'intéressé n'a pas été prise en compte, entachant la décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Mayenne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, est entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2017 ou 2018 selon ses différentes déclarations et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il relève ainsi des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant à l'autorité administrative de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'étranger ne pouvant justifier être entré régulièrement en France et qui s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour valide.

2. Le préfet de la Mayenne a régulièrement donné délégation, selon arrêté du 6 février 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme D A, directrice de la citoyenneté et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins, notamment, les obligations de quitter le territoire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté vise les articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-6, L. 612-8, L. 612-10 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment l'irrégularité de son entrée et de son séjour, son absence au rendez-vous fixé pour l'examen de sa situation suite à l'annulation d'une précédente obligation de quitter le territoire français et son refus de se conformer à la mesure prescrite. L'arrêté comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui le fondent. Il est donc suffisamment motivé.

4. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de M. B, notamment de sa situation familiale ou de santé, en notant l'absence de relation avec son père, son placement dans un foyer pour mineur non accompagné, ou ses déclarations sur son absence de problèmes de santé.

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-Saint-Denis, à la suite du jugement du tribunal administratif de Melun et pour exécuter l'injonction de réexamen de la situation de M. B qui lui était faite, a convoqué l'intéressé, par un courrier régulièrement notifié, mais que M. B ne s'est pas présenté pour l'examen de sa situation. Par ailleurs, le présent arrêté, ainsi qu'il vient d'être dit, examine la situation personnelle et familiale de l'intéressé pour conclure à une évolution de la situation tenant à l'absence de relation avec son père à la date de l'arrêté, au placement de M. B dans un foyer pour mineur non accompagné en Mayenne ou à sa situation de personne sans domicile fixe. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doit être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. Si le père de M. B est présent en France, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne vit pas avec lui mais dans un foyer pour mineurs non accompagnés ou chez un ami. Il n'établit pas avoir des relations particulières avec les membres de sa famille résidant en Seine-Saint-Denis. M. B se déclare célibataire et sans attaches familiales en France et indique avoir des attaches dans son pays d'origine. Sa présence en France est récente. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts de l'arrêté attaqué. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

8. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré être en bonne santé et ne pas suivre de traitement médical et durant sa rétention a fait l'objet d'un examen médical dont il ressort qu'il ne présente aucun signe justifiant une hospitalisation comme l'a retenu le juge des libertés et de la détention dans son ordonnance du 24 février 2023. M. B n'apporte aucun élément médical quant à sa situation psychologique alléguée. Dès lors, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation dans l'examen de la situation médicale de M. B.

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par M. B tiré de ce que les décisions fixant le pays de renvoi, refusant un délai de départ et faisant interdiction de retour devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 22 février 2023 par lequel le préfet de la Mayenne lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Mayenne.

Lu en audience publique le 28 février 2023.

Le magistrat désigné,

signé

O. CLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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