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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301181

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301181

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152, 45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;

- la décision attaquée méconnaît son droit d'être entendu ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision est illégale compte tenu de l'illégalité qui entache le refus de délai de départ volontaire et la fixation du pays de renvoi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

- il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manquent en fait et que les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allex a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né en 2001 est entré irrégulièrement en France en 2018. Par l'arrêté attaqué du 25 février 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. M. C D, sous-préfet de permanence, a reçu, par arrêté 9 mars 2022 du préfet d'Ille-et-Vilaine, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, délégation de signature aux fins de signer le type d'acte attaqué. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il décrit la situation administrative de M. B et les principaux éléments de sa situation personnelle. Si M. B soutient que cet arrêté ne mentionne pas qu'il est en couple avec une ressortissante française depuis plus de dix-huit mois et que celle-ci est enceinte de huit mois, il n'est pas établi qu'il aurait porté ces éléments à la connaissance du préfet d'Ille-et-Vilaine, alors qu'il a indiqué lors de son audition par les services de police le 25 février 2023 être célibataire et sans enfant à charge précisant qu'il avait une amie avec laquelle il ne vivait pas, l'adresse déclarée à l'occasion de cette audition, ne correspondant d'ailleurs pas à celle mentionnée dans l'attestation d'hébergement établie par sa supposée compagne. Le moyen tiré d'une insuffisante de motivation doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à défaut pour le préfet d'avoir recueilli ses observations préalablement à son édiction. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu par les services de police le 25 février 2023 préalablement à l'édiction de la décision attaquée et qu'il a été mis en mesure lors de cette audition de faire valoir tout élément utile sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. B à être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'intéressé soutient être en couple avec une ressortissante française depuis plus de dix-huit mois et qu'ils attendent un enfant. Toutefois, la seule attestation établie par sa supposée compagne, qui déclare l'héberger depuis un an et demi à son domicile ainsi que la facture d'énergie établie ainsi que l'indique ce document, au seul vu des déclarations du titulaire du contrat, ne sont pas suffisantes pour démontrer la réalité de ses allégations au demeurant en contradiction avec les déclarations faites par l'intéressé lors de son audition du 25 février 2023 et rappelées au point 3. Le contrat de travail produit par l'intéressé mentionne en outre une adresse distincte de celle figurant sur l'attestation d'hébergement de sa supposée compagne. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur de fait dans la prise en compte de la situation personnelle de M. B doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet les 26 mai 2020 et 22 juillet 2021 d'obligations de quitter le territoire français sans délai assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée respective d'un an et de trois ans. Son recours contre l'arrêté du 22 juillet 2021 a été rejeté par un jugement du 20 janvier 2022 du tribunal. Assigné à résidence le 22 janvier 2022, il s'est soustrait à cette mesure. M. B a été condamné le 4 août 2020 par le tribunal correctionnel de Rennes à 18 mois d'emprisonnement pour port d'arme sans motif légitime et violences aggravées et le 1er juillet 2021 par le président de la cour d'appel de Colmar à 6 mois d'emprisonnement pour violence aggravée. Interpellé le 24 février 2023 pour infractions à la législation sur les stupéfiants, il a fait l'objet de l'arrêté attaqué. Le requérant ne justifie d'aucune intégration sur le territoire français, que son contrat à durée déterminée comme manutentionnaire conclu pour la période du 1er novembre 2022 au 1er mai 2023 ne suffit pas à établir. Il résulte par ailleurs de ce qui a été dit au point 5 que la réalité d'une vie commune de M. B avec une ressortissante française n'est pas démontrée. L'intéressé ne produit aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles il est le père de l'enfant dont celle-ci est enceinte. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. La décision attaquée cite les textes sur lesquels elle se fonde et indique que M. B ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement ainsi que d'une assignation à résidence qu'il n'a pas respectée et qu'il n'a effectué aucune démarche en vue de régulariser sa situation. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé.

10. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant ne peut valablement invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

11. Au vu des éléments décrits au point 7, et alors ainsi qu'il a été dit que M. B n'établit pas la réalité de sa situation familiale, en considérant que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance particulière justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé, et qu'il présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement prise à son encontre, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

12. La décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée par le visa de l'article L. 721-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par la mention relevant que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant ne peut valablement invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () ".

15. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

16. La décision attaquée cite les textes applicables et indique que M. B ne justifie pas de circonstances humanitaires, qu'il n'établit pas sa durée de présence en France ni l'existence de liens personnels ou familiaux dans ce pays, qu'il constitue une menace pour l'ordre public et qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas mises à exécution. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

17. Les décisions obligeant M. B à quitter le territoire français et refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire n'étant pas illégales, le requérant ne peut valablement invoquer cette illégalité, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

18. Compte tenu de la situation de M. B telle que décrite au point 7, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

19. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de la requête de M. B, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

Mme Allex, première conseillère,

M. Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

signé

A. AllexLe président,

signé

N.TronelLa greffière d'audience,

signé

E. Fournet

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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