jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301394 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2023, Mme A B demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle l'administration pénitentiaire a rejeté sa demande du 9 janvier 2023 tendant à la publication d'un arrêté d'affectation conforme au poste qu'elle occupe ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : elle assume depuis plus de six mois des responsabilités et des sujétions qui ne sont pas reconnus administrativement, une réorganisation du service va intervenir avant le 1er mai 2023, qui va conduire à la suppression de son poste actuel de cheffe de pôle et elle ne pourra jamais faire valoir les préjudices de cette réorganisation sur son déroulement de carrière, son régime indemnitaire n'est pas en adéquation avec sa fonction, elle est bloquée dans ses perspectives d'évolution professionnelle dès lors qu'elle ne peut se prévaloir des fonctions qu'elle occupe, elle subit un préjudice moral dès lors que sa promotion va être effacée de sa carrière ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
- elle est entachée d'un défaut de motivation alors qu'elle lui refuse un avantage fonctionnel et indemnitaire ;
- elle est entachée d'incompétence, seuls les chefs de service de l'administration centrale disposant de la délégation pour signer les arrêtés d'affectation et non la directrice interrégionale des services pénitentiaires ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la requête au fond n° 2301393 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. Par arrêté du 18 juin 2021 du garde des sceaux, ministre de la justice, Mme Berrou, secrétaire administrative, a été affectée à compter du 1er septembre 2021 au sein du service des pratiques professionnelles pénitentiaires de la direction interrégionale des services pénitentiaires du Grand Ouest pour occuper le poste d'adjointe à la responsable du pôle contentieux de l'unité du droit pénitentiaire. Elle a été nommée, à compter du 1er septembre 2022 sur le poste de cheffe de ce pôle contentieux. Souhaitant une officialisation de cette nomination, elle a demandé, par courrier du 9 janvier 2023, la publication d'un arrêté conforme à ses nouvelles fonctions, demande qui a été implicitement rejetée. Mme B, qui a formé un recours contentieux tendant à l'annulation de cette décision, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de son exécution.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, Mme B se prévaut du fait qu'elle ne peut valoriser sa nomination en qualité de cheffe de pôle contentieux dans le déroulement de sa carrière et dans le cadre de la réorganisation envisagée du service ni bénéficier du régime indemnitaire associé à ce poste. Toutefois, il est constant que le changement de fonctions de Mme B est révélé par des documents de service internes et notamment les organigrammes et est mentionné dans le compte-rendu de son entretien professionnel 2022. En outre elle ne justifie pas, ni même n'allègue que le fait de ne pas bénéficier du régime indemnitaire propre aux responsables de pôle la placerait dans une situation financière difficile. Elle ne justifie pas davantage du préjudice moral qu'elle invoque, alors qu'elle ne subit, du fait de la décision en cause, aucun bouleversement dans ses conditions d'existence. Dans ces conditions, Mme B ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle pour que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Rennes, le 16 mars 2023.
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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