jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301411 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | HOWARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mars 2023, M. C B représenté par Me Zard, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 14 février 2023, par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a reconnu l'imputabilité au service de l'accident dont il a été victime sur son lieu de travail le 30 janvier 2020, en tant qu'elle fixe sa date de guérison avec retour à l'état antérieur au 1er juillet 2022, qu'elle refuse la prise en charge des arrêts de travail du 25 janvier au 30 octobre 2022 ainsi que les frais de soins postérieurs au 1er juillet 2022 ;
2°) d'enjoindre à la direction interrégionale de l'administration pénitentiaire de
Rennes de reconnaître la persistance de l'accident de travail imputable au service au-delà du
1er juillet 2022 et de régulariser sa situation administrative en conséquence ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale ;
4°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a jamais reçu le compte rendu de l'expertise médicale réalisée le 15 juin 2022 par le médecin agréé, laquelle est contradictoire avec l'avis du conseil médical départemental du 13 octobre 2022 sur lequel s'est fondé l'administration ;
- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'elle reprend l'avis du conseil médical départemental du 13 octobre 2022, lequel conclut que ses arrêts de travail ne doivent plus être pris en charge à partir du 25 janvier 2022 au motif erroné qu'il aurait repris le travail entre le
11 avril 2020 et le 25 janvier 2022, alors qu'il soutient avoir été arrêté pour maladie de manière ininterrompue depuis le 30 janvier 2020 ;
- la décision litigieuse fixant au 1er juillet 2022 la date de guérison de son accident imputable au service est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'expertise médicale réalisée le 15 juin 2022 par le médecin agréé indique que sa pathologie est toujours évolutive, alors que l'avis du conseil médical départemental rendu le 13 octobre 2022 sur lequel s'est fondée l'administration retient que l'accident a épuisé ses effets.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2022-353 du 11 mars 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Bonniec,
- et les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, surveillant pénitentiaire, affecté au sein de la maison d'arrêt de Brest, a été victime le 30 janvier 2020 d'une agression sur son lieu de travail, accident reconnu imputable au service, par une première décision du 20 mai 2020. Il a bénéficié d'un arrêt de travail du 30 janvier au 11 avril 2020, date de sa reprise. Puis, celui-ci a été arrêté pour maladie du 25 janvier au 30 octobre 2022, et a bénéficié de la prise en charge des frais de soins liés à son
accident par l'administration pénitentiaire, par plusieurs décisions successives, jusqu'au
30 juin 2022. En dernier lieu, à la suite de l'avis émis par le conseil médical départemental le
13 octobre 2022, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes, par une décision en date du 14 février 2023, a fixé la date de guérison avec retour à l'état antérieur au
1er juillet 2022, a limité au 30 juin 2022 la prise en charge des frais liés aux soins rendus nécessaires par son état, et refusé l'imputabilité au titre de l'accident de travail de ses arrêts de travail du 25 janvier au 30 octobre 2022. Il s'agit de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Aux termes de l'article L. 822-21 du même code : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : 1° Un accident reconnu imputable au service tel
qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; (). ". L'article L. 822-22 du code précité dispose : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite ". Enfin, l'article L. 822-24 du même code dispose que " Le fonctionnaire qui bénéficie d'une reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie a droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par sa maladie ou son accident. "
3. D'une part, il résulte de ces dispositions que le bénéfice du congé pour invalidité temporaire imputable au service doit être maintenu tant que subsiste un lien direct entre les troubles dont l'agent demeure atteint et l'accident initial, même postérieurement à la consolidation, et sans qu'il ne soit nécessaire que ce lien soit exclusif. D'autre part, il résulte des mêmes dispositions que la consolidation de l'état de santé de l'agent ne saurait suffire à faire obstacle à la poursuite de la prise en charge des honoraires médicaux et frais directement entraînés par l'accident de service.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été victime d'une agression par un détenu le 30 janvier 2020, dont l'imputabilité au service a été reconnue par une première décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes en date du
20 mai 2020, puis par des décisions successives jusqu'à celle prise le 14 février 2023, ici contestée. Pour refuser de prendre en charge les arrêts de travail dont a bénéficié M. B entre le 25 janvier et le 30 octobre 2022, et les frais de soins à compter du 1er juillet 2022, au titre de l'accident de service survenu en 2020, l'administration pénitentiaire s'est fondée sur l'avis du conseil médical départemental réuni le 13 octobre 2022, qui a considéré que l'accident avait " épuisé ses effets ", l'intéressé ayant repris le travail entre le 11 avril 2020 et le 25 janvier 2022.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un certificat médical établi le 29 août 2022 par le Professeur E A, neurochirurgien, que le requérant " a gardé de cet accident des cervicalgies et surtout une névralgie cervico-brachiale droite () ", qu'au
jour de la consultation " la douleur est intense nécessitant un traitement morphinique () ", qu'il témoigne à l'auscultation d'une " impotence fonctionnelle puisque l'abduction est limitée à moins de quarante-cinq degrés ", que l'IRM du rachis cervical " met en évidence une discopathie cervicale intéressant les espaces C4-C5, C5-C6 et C6-C7 ". Il conclut en recommandant, au regard " de la gêne fonctionnelle importante avec un retentissement douloureux conséquent ", une intervention chirurgicale consistant en une discectomie C5-C6
par cervicotomie antéro-latérale droite, couplée à la mise en place d'une cage intersomatique ". En outre, le médecin traitant du requérant, le Dr F, a également certifié, le
29 septembre 2022, que celui-ci souffrait d'un " syndrome cervical hyperalgique invalidant ", " dans les suites de son accident de travail ", que l'IRM révèle une discopathie avec effet de masse sur le cordon médullaire ", que " le vécu psychologique de ce syndrome algique est très difficile d'autant plus qu'il invalide le patient sans sa vie professionnelle (est en arrêt depuis janvier 2022) et personnelle (grave répercussions familiales), ceci dans les suites de l'accident de travail ". Enfin, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le Dr D, médecin agréé, a indiqué dans son compte-rendu de consultation du 15 juin 2022, que " le lien direct et certain entre les lésions constatées et l'accident de service du 30 janvier 2020 est établi.
Il n'existe aucun état antérieur, tenant compte des données à ma disposition. Les arrêts et les soins sont justifiés et sont en lien avec l'accident de service du 30 janvier 2020. La pathologie est toujours évolutive, et ne peut être considérée comme consolidée ni guérie à ce jour ".
6. Compte tenu de ces différents éléments médicaux, que le ministre de la justice ne contredit pas utilement en se bornant à faire valoir que l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'administration, et alors qu'aucune intervention d'un évènement ou d'une cause extérieure n'est démontrée, qu'un lien direct et certain est établi entre l'accident de travail du 30 janvier 2020 et les troubles médicaux dont le requérant demande la poursuite de la prise en charge au-delà du 1er janvier 2022 pour les arrêts maladie et au-delà du 1er juillet 2022 pour les soins rendus nécessaires par son état. Il suit de là que la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, fixer au 1er juillet 2022 la date de guérison avec retour à l'état antérieur de M. B, ni refuser de prendre en charge ses arrêts de travail à compter du 1er janvier 2022 et ses frais de soins à compter du 1er juillet 2022. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 février 2023.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, et sans qu'il y ait lieu d'ordonner avant-dire droit une expertise, que la décision du 14 février 2023 doit être annulée.
Sur l'injonction et l'astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes prenne une nouvelle décision reconnaissant l'imputabilité à l'accident de service du 30 janvier 2020 des arrêts de travail prescrits à M. B du 25 janvier au 30 octobre 2022, ainsi que des soins en lien avec l'accident de service postérieurs au 1er juillet 2022. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes en date du 14 février 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail du requérant entre le 25 janvier 2022 et le 30 octobre 2022 et de prendre en charge les soins en lien avec l'accident de service postérieurs au 1er juillet 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. C B, à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Le Bonniec Le président,
Signé
G. DescombesLe greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026