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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301443

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301443

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, M. B A, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2022 en tant que le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant ce réexamen une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnait les dispositions des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Le Bihan, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant géorgien, est entré en France le 4 mai 2022. Le 21 juillet 2022, M. A a sollicité un titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision en date du 30 novembre 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer le titre sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un avis du 25 octobre 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale pouvant entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait néanmoins y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers celui-ci. Dans la décision attaquée, le préfet des Côtes-d'Armor vise le sens de cet avis et indique simplement que " en conséquence, la délivrance d'un titre de séjour pour le motif invoqué ne peut vous être accordée ". Par ailleurs, le préfet ne s'est fondé sur aucun autre élément pour refuser de renouveler le titre de séjour du requérant. Par suite, eu égard aux termes de la décision attaquée, le préfet des Côtes-d'Armor doit être regardé comme s'étant estimé lié par cet avis et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence.

3. Il résulte de qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente, assortie d'une autorisation de travail.

Sur les frais liés au litige :

5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Bihan, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Bihan de la somme de 1 500 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 30 novembre 2022 du préfet des Côtes-d'Armor est annulée en tant qu'elle porte refus d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Côtes-d'Armor de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Article 3 : L'État versera à Me Le Bihan une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Le Bihan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Le Bihan et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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