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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301507

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301507

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 19 mars, 16 mai et 12 juin 2023, M. D C, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a déterminé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son avocat sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision a été prise par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise sur " proposition du secrétaire général " de la préfecture et méconnaît les articles R. 431-20 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il lève le secret médical et sollicite la communication de l'entier rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte de l'Union européenne ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Après levée par M. C du secret médical, son entier dossier médical a été produit le 7 juin 2023 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et communiqué aux parties.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Tourre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant arménien né en 1987, est entré en France le 27 décembre 2018 accompagné de son épouse et de leurs trois enfants mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 août 2021. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 31 mars 2022. M. C a sollicité, le 18 août 2022, la délivrance d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé. Par un arrêté du 6 janvier 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A B, directeur de cabinet du préfet du Finistère. Par un arrêté 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers et, en cas d'absence et d'empêchement du secrétaire général, l'article 2 précise que cette délégation de signature sera exercée par M. A B, directeur de cabinet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, et cite les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle le parcours en France de M. C, le rejet de sa demande d'asile, sa situation familiale, évoque des éléments relatifs à son état de santé et relève que, par un avis du 21 octobre 2022, le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a indiqué que, d'une part, l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais pour lequel il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et, d'autre part, cet état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet du Finistère a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle de M. C.

5. En quatrième lieu, la circonstance que la décision attaquée ait été prise sur proposition du secrétaire général de la préfecture ne méconnaît aucun texte ou principe. La circonstance que l'arrêté attaqué comporte ainsi la mention " pris sur proposition de M. le secrétaire général de la préfecture du Finistère " est sans influence sur sa légalité, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Finistère se serait cru lié par une proposition du secrétaire général de la préfecture ou n'a pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État ". L'article L. 425-10 du même code prévoit : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () Cette autorisation provisoire de séjour () est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". L'article R. 425-11 du même code prévoit : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris notamment pour l'application de l'ancien article R. 313-22 désormais codifié à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. M. C fait valoir qu'il n'a pas reçu de convocation pour des examens complémentaires, contrairement à ce qui est indiqué dans le rapport médical destiné au collège de l'OFII. Toutefois, ce rapport médical précise que, dans le cadre de l'élaboration du rapport, l'intéressé a été convoqué pour un examen médical, qu'il s'est présenté à cette convocation, et qu'il n'a, en revanche, pas été convoqué à des examens complémentaires. Le moyen invoqué doit être écarté. Par ailleurs, M. C soutient que le défaut de motivation de l'avis du collège des médecins de l'OFII, qui présente un caractère stéréotypé, est propre à révéler que le préfet du Finistère a inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de ses facultés d'accéder de manière effective à un traitement approprié en cas de retour dans son pays d'origine. Cependant, il résulte des dispositions précitées de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 que la motivation de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII doit présenter un caractère stéréotypé, ces dispositions ayant pour objet d'assurer le respect, à l'égard de l'étranger intéressé, du secret médical vis-à-vis des services de la préfecture. Enfin, contrairement à ce qu'affirme M. C, il ressort de l'avis émis par l'OFII le 21 octobre 2022 que le collège de médecins, après avoir estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, a examiné s'il pouvait effectivement bénéficier en Arménie d'un traitement approprié eu égard aux informations disponibles sur les possibilités de bénéficier dans ce pays d'un tel traitement. Le préfet du Finistère s'est, quant à lui, notamment fondé sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII et a estimé, après examen approfondi de sa situation, que M. C n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que ni le collège de médecins de l'OFII ni le préfet n'ont examiné s'il pouvait bénéficier effectivement en Arménie d'un traitement approprié à son état de santé.

8. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C présente une schizophrénie paranoïde depuis novembre 2019 et des lombalgies et cervicalgies chroniques. Les pièces médicales du dossier et le communiqué de presse de l'Organisation des Nations Unies datant de l'année 2017 sur les inégalités d'accès aux soins en Arménie ne contredisent pas valablement l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII, puis par le préfet du Finistère, selon laquelle l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En estimant que le requérant ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet du Finistère n'a, dès lors, pas méconnu les dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. C soutient que le centre de ses intérêts personnels et familiaux ainsi que ceux de ses enfants sont en France et se prévaut de son intégration et des relations affectives établies sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant n'est présent en France que depuis quatre ans, que cette durée de présence s'explique, d'une part, par l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, et, d'autre part, par le délai d'instruction de son dossier par le préfet du Finistère. Si M. C produit des justificatifs d'emploi en qualité d'ouvrier agricole du 30 mai 2022 au 28 février 2023 et si son épouse produit des justificatifs de salaires ponctuels en qualité d'emploi familial, il n'est fait état d'aucune autre insertion du requérant que ce soit au plan social ou professionnel. Par ailleurs, M. C ne démontre pas avoir noué des liens personnels et familiaux en France et ne produit aucun élément de nature à établir qu'il est dépourvu de toute attache familiale ou personnelle en Arménie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. Enfin, son épouse faisant également l'objet d'une mesure d'éloignement, M. C n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale avec celle-ci et leurs enfants en dehors du territoire français ni que ces derniers ne pourraient poursuivre une scolarité normale ou des études en Arménie. Il résulte de l'ensemble de ces considérations que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale au regard des motifs au vu desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

12. En septième lieu, aux termes des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Aux termes des stipulations de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les enfants ont droit à la protection et aux soins nécessaires à leur bien-être. Ils peuvent exprimer leur opinion librement. Celle-ci est prise en considération pour les sujets qui les concernent, en fonction de leur âge et de leur maturité. / 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt ".

13. Le refus de délivrance du titre de séjour demandé par M. C n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de ses deux enfants mineurs à la date de la décision attaquée, Sinam né en 2005 et Khudo né en 2012. Si ce dernier était scolarisé en CE1, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas poursuivre une scolarité de même nature en Arménie. S'agissant de Sinam, aucune pièce ne vient justifier du suivi d'une scolarité pour l'année 2022-2023. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Finistère a omis d'accorder une attention primordiale à l'intérêt des enfants mineurs de M. C et a, par suite, méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Enfin, en ce qui concerne l'aîné, Tamaz, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, celui-ci, né le 19 août 2004, était majeur. Il s'ensuit que les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent être utilement invoquées.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 janvier 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, l'arrêté attaqué, après avoir visé les textes applicables, fait état de la situation administrative, familiale et personnelle de M. C, notamment concernant les rejets de sa demande présentée au titre de l'asile et de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par ailleurs, le préfet du Finistère a examiné la situation de M. C notamment au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a exposé les circonstances le conduisant à estimer qu'une obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il a également fait état de l'absence de risques en cas de retour de M. C dans son pays d'origine. Ainsi, la décision en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet du Finistère a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle de M. C et qu'il a notamment examiné le risque de violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. En troisième lieu, ainsi qu'il a été exposé précédemment, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. C n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision invoqué au soutien des conclusions en annulation de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

18. Il en résulte que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 janvier 2023 l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant l'Arménie comme pays de destination :

19. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application, mentionne la situation administrative et personnelle de M. C et fait état de l'absence de risque en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.

20. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet du Finistère a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle de M. C.

21. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C n'est pas entachée d'illégalité. Le requérant n'est en conséquence pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision.

22. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 janvier 2023 fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

23. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 :

25. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

L. TourreLe président,

signé

F. Etienvre

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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