mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS MARTIN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 mars 2023 et 26 janvier et 31 juillet 2024, la société anonyme Groupe Launay, représentée par la Selarl Arès, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Thorigné-Fouillard du 23 septembre 2022 portant sursis à statuer sur sa demande de seconde prorogation du permis de construire n° PC 35334 17 M0005 ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 du maire de la commune de Thorigné-Fouillard portant levée du sursis à statuer en totalité ou, très subsidiairement, en tant qu'il a limité au 3 juillet 2024 la prorogation du permis de construire sans tenir compte de l'interruption du délai de sa validité ;
3°) en toute hypothèse, d'enjoindre au maire de la commune de Thorigné-Fouillard de lui délivrer un arrêté de prorogation de son permis de construire, dont le point de départ doit être fixé à la date de délivrance de cet arrêté et précisant que la validité de ce permis de construire est prorogée pour une durée équivalente à la durée de la validité initiale en raison des faits de l'administration, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Thorigné-Fouillard le versement de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut de base légale, en ce qu'aucun texte, notamment pas les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme, ne prévoit la possibilité d'opposer un sursis à statuer sur une demande de prorogation de la validité d'un permis de construire ;
- il méconnaît également les dispositions de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme, en ce que la modification éventuellement en cours d'approbation d'un document d'urbanisme ou l'absence d'accord du propriétaire ne relèvent pas des motifs que ces dispositions prévoient comme seuls susceptibles de justifier un refus de prorogation ;
- l'annulation prononcée implique qu'il soit enjoint à la commune de Thorigné-Fouillard de lui délivrer un arrêté valant prorogation du permis de construire, à compter de la date de notification du jugement à intervenir, le fait fautif de l'administration constituant une cause d'interruption de la validité de son autorisation d'urbanisme ;
- par arrêté du 3 juillet 2023, le maire de la commune de Thorigné-Fouillard a levé le sursis à statuer opposé ; cette décision est, comme la précédente, dépourvue de toute base légale ; cette dernière décision ne fixe au demeurant pas le point de départ de la nouvelle prorogation accordée ; elle est ainsi placée dans l'incertitude juridique, s'agissant de ses droits à construire ;
- l'arrêté, qui a produit ses effets entre le 19 mars et le 3 juillet 2023, ne peut qu'être annulé ;
- le nouvel arrêté ne prive pas d'utilité l'injonction sollicitée, dès lors que l'annulation implique que la prorogation soit accordée à compter de la date de notification du jugement ;
- la levée d'un sursis n'équivaut au demeurant pas à son retrait ; si cette décision s'analysait comme un retrait, elle serait illégale car tardive ;
- si un non-lieu devait être prononcé, il y aurait lieu de regarder les conclusions de la requête comme également dirigées contre l'arrêté du 3 juillet 2023 ; ce second arrêté est dépourvu de base légale et tardif ; le délai de validité du permis recommence à courir pour une durée équivalente à la période de validité initiale et sa durée ne saurait être limitée à un an à compter du 3 juillet 2023.
Par deux mémoires, enregistrés les 23 juillet et 7 septembre 2024, la commune de Thorigné-Fouillard, représentée par Me Donias, demande au tribunal de constater le non-lieu à statuer sur les conclusions principales de la requête.
Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la validité du permis de construire dont est bénéficiaire la société Groupe Launay a été prorogée, par arrêté du 3 juillet 2023, de sorte que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2022 sont devenues sans objet ;
- les conclusions subsidiaires tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2023 sont irrecevables, dès lors qu'elles sont dirigées contre un acte favorable à la société requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thielen,
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,
- et les observations de Me Balloul, représentant la société Groupe Launay, et de Me Donias, représentant la commune de Thorigné-Fouillard.
Considérant ce qui suit :
1. La société anonyme (SA) Groupe Launay a obtenu un permis de construire n° PC 35334 17 M0005, délivré par arrêté du maire de la commune de Thorigné-Fouillard du 21 août 2017 pour la réalisation de trois bâtiments, comprenant cinquante-neuf logements collectifs, qui a fait l'objet d'un recours contentieux, enregistré au greffe du tribunal administratif le 30 octobre 2017, rejeté par jugement n° 1704911 du 29 mars 2019, notifié à la société pétitionnaire le 2 avril 2019 et devenu définitif. La société Groupe Launay a sollicité la prorogation de la validité de son permis de construire, le 6 octobre 2021, que le maire de la commune de Thorigné-Fouillard a refusée par arrêté du 6 décembre 2021, contre lequel elle a formé un recours contentieux et qui a fait l'objet d'un retrait en cours d'instance, par arrêté du 6 mai 2022, accordant la prorogation de validité sollicitée, à compter du 19 mars 2022. La société Groupe Launay a sollicité une seconde prorogation, le 27 juillet 2022, reçue en mairie le 29 courant, à laquelle le maire de la commune de Thorigné-Fouillard a opposé un sursis à statuer, par arrêté du 23 septembre 2022, contre lequel un recours contentieux a également été enregistré. Par arrêté du 3 juillet 2023, transmis en préfecture d'Ille-et-Vilaine le lendemain mais dont la date de notification ne ressort pas des pièces du dossier, le maire de la commune de Thorigné-Fouillard a levé le sursis initialement opposé et prorogé le permis de construire n° PC 35334 17 M0005, pour un an.
2. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / () ". Aux termes de son article R. 424-19 : " En cas de recours devant la juridiction administrative contre le permis ou contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable ou de recours devant la juridiction civile en application de l'article L. 480-13, le délai de validité prévu à l'article R. 424-17 est suspendu jusqu'au prononcé d'une décision juridictionnelle irrévocable. () ". Aux termes de son article R. 424-21 : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir ou la décision de non-opposition à une déclaration préalable peut être prorogé deux fois pour une durée d'un an, sur demande de son bénéficiaire si les prescriptions d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres auxquelles est soumis le projet n'ont pas évolué de façon défavorable à son égard. () ". Aux termes de son article R. 424-23 : " La prorogation est acquise au bénéficiaire du permis si aucune décision ne lui a été adressée dans le délai de deux mois suivant la date de l'avis de réception postal ou de la décharge de l'autorité compétente pour statuer sur la demande. La prorogation prend effet au terme de la validité de la décision initiale ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles R. 424-17 et R. 424-19 du code de l'urbanisme qu'un recours contentieux formé par un tiers à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme suspend le délai de validité de cette autorisation jusqu'à l'intervention d'une décision juridictionnelle irrévocable.
4. En application de ces dispositions, le délai de validité du permis de construire dont est bénéficiaire la société Groupe Launay a été suspendu durant 515 jours et a recommencé à courir le 29 mars 2019. Si les pièces du dossier ne permettent pas de connaître la date de notification de cette autorisation d'urbanisme, les parties s'accordent néanmoins pour retenir comme date de fin de validité initiale le 19 mars 2022.
5. Si, par ailleurs, en application des dispositions précitées de l'article R. 424-23 du code de l'urbanisme, la prorogation du permis de construire finalement accordée aux termes de l'arrêté du maire de la commune de Thorigné-Fouillard du 6 mai 2022, portant retrait l'arrêté du 6 décembre 2021 refusant la première demande de prorogation et faisant droit à la demande, a en principe pris effet au 19 mars 2022, le délai de validité ainsi prorogé n'a pu qu'être interrompu par le fait d'avoir été accordé ultérieurement et n'a pu commencer à courir qu'à la date à laquelle la société Groupe Launay en a eu connaissance soit, au plus tard, le 27 juillet 2022, date à laquelle elle a sollicité une seconde prorogation de la validité de son permis de construire.
6. Si, saisi de cette seconde demande de prorogation, le maire de la commune de Thorigné-Fouillard a, par l'arrêté en litige du 23 septembre 2022, opposé un sursis à statuer, il a ultérieurement, par arrêté du 3 juillet 2023, soit avant l'expiration du délai de validité du permis de construire déjà prorogé, accordé la seconde prorogation sollicitée. En application des principes précédemment rappelés, cette seconde prorogation, dont l'arrêté du 3 juillet 2023 ne fixe pas le point de départ, n'a pu commencer à produire ses effets qu'à la date à laquelle la société Groupe Launay en a eu connaissance soit, faute de preuve de sa notification, au plus tard le 26 janvier 2024, date à laquelle la société l'a produit dans la présente instance contentieuse.
7. Dès lors que postérieurement à l'enregistrement de la requête de la société Groupe Launay, la commune de Thorigné-Fouillard a délivré la seconde prorogation de validité de permis de construire qu'elle sollicitait, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2022 ont perdu leur objet et il n'y a par suite plus lieu d'y statuer.
8. L'arrêté du 3 juillet 2023 faisant droit à la demande de prorogation de validité de son permis de construire présentée par la société Groupe Launay, il ne peut être regardé comme lui faisant grief, de sorte que les conclusions présentées en cours d'instance et tendant à son annulation sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées comme telles.
9. À cet égard, la société Groupe Launay ne peut utilement soutenir que ses conclusions ont conservé leur objet pour les premières et sont recevables pour les secondes au motif qu'elle peut prétendre à l'obtention, sur injonction du tribunal, d'une nouvelle prorogation de la validité de son permis de construire, dès lors qu'en application des dispositions précitées de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme, seules deux prorogations ne peuvent, en toute hypothèse, être accordées, qu'elle a déjà obtenues.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions principales de la requête de la société Groupe Launay, tendant à l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Thorigné-Fouillard du 23 septembre 2022 et que le surplus des conclusions en annulation ne peut qu'être rejeté. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions de la requête en injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions principales de la requête de la société Groupe Launay, tendant à l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Thorigné-Fouillard du 23 septembre 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Groupe Launay, à la commune de Thorigné-Fouillard et à l'Office public de l'habitat d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Thielen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
O. Thielen
Le président,
Signé
N. Tronel
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026