LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsNos servicesBlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes. C'est gratuit, et vos coordonnées ne sont transmises qu'avec votre accord.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation entre particuliers et avocats. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Nos services
  • Trouver un avocat
  • Calculateurs juridiques
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Nos services
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301616

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301616

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2023, M. F D, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence et lui impose des mesures de surveillance ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant transfert aux autorités italiennes :

- elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des exigences de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'a pas été mis en possession de la brochure d'information sur la procédure mise en œuvre, dans une langue qu'il comprend ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, sa situation particulière n'ayant pas été prise en compte faute d'avoir pu bénéficier d'un entretien dans une langue qu'il comprend, en parfaite confidentialité ;

- l'arrêté contesté viole les dispositions de l'article 20 du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil de l'Union européenne du 18 février 2003, modifié par le règlement (UE) n° 604/2013 en l'absence d'indication suffisante sur le délai dans lequel la mesure de transfert doit être mise en œuvre ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dans la mesure où il n'a pas vocation à vivre en Italie ;

- la décision litigieuse viole le droit d'asile et son corollaire, la possibilité de solliciter le statut de réfugié, droit constitutionnellement garanti ;

S'agissant de la décision l'assignant à résidence :

- elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision portant transfert aux autorités italiennes étant illégale, la décision l'assignant à résidence se trouve en conséquence privée de base légale ;

- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur de fait, voire d'une erreur manifeste d'appréciation, rien ne justifiant qu'il soit assigné à résidence et soumis à une obligation de pointage bihebdomadaire auprès des services de gendarmerie et à une interdiction de quitter le département du Finistère.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la constitution du 4 octobre 1958 ;

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil du 18 février 2003 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui maintient ses conclusions à fin de rejet de la requête, selon une argumentation conforme à ses écritures.

M. D n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant ivoirien né le 22 mai 1987 à Gagnoa (Côte d'Ivoire), est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations, le 27 décembre 2022. Le 27 février 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Il demande l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ainsi que de l'arrêté du même jour, l'assignant à résidence.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. M. D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux deux arrêtés contestés :

3. En premier lieu, M. A C, chef de l'unité régionale Dublin, au sein du bureau de l'asile de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu, par arrêté préfectoral du 19 octobre 2022, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés préfectoraux contestés doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé du transfert de M. D aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, l'a assigné à résidence et l'a astreint à remettre l'original de son passeport et à se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Guipavas, qui citent les textes applicables et font état, contrairement à ce que soutient le requérant, d'éléments de fait propres à sa situation, notamment à sa situation personnelle, sanitaire et familiale, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation de ces décisions doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de l'intéressé n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier, au regard de l'ensemble des éléments qu'il aurait fait valoir concernant sa situation personnelle, notamment au cours de l'entretien individuel qui a été mené le 27 février 2023.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision de transfert aux autorités italiennes :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ".

6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comporter l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les stipulations précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est vu remettre le 27 février 2023, contre signature, par les services préfectoraux, les brochures A, " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", et B, " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Ces documents, rédigés en français, langue que le requérant a déclaré comprendre et lire, comportent l'ensemble des éléments d'information énumérés par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le requérant a donc bien reçu les informations prescrites par ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement européen (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national (). ".

9. M. D se contente de soutenir que le préfet ne justifie pas des conditions dans lesquelles l'entretien individuel dont il a bénéficié a été mené, notamment s'agissant de la possibilité d'échanger dans une langue qu'il comprend en parfaite confidentialité. Il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment du résumé de l'entretien individuel signé par M. D, que celui-ci a été reçu, le 27 février 2023, par un agent de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui a mené les échanges en français, langue que le requérant a déclaré comprendre et lire. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que cet entretien, au cours duquel M. D a notamment fait valoir des observations relatives à sa situation personnelle et familiale, n'aurait pas été mené dans des conditions garantissant dûment leur confidentialité et permettant à l'intéressé de communiquer toutes informations pertinentes permettant de déterminer l'État membre responsable avant qu'une décision n'intervienne. Le requérant ne précise pas, au demeurant, celle des informations qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir au cours de cet entretien individuel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

10. En troisième lieu, M. D ne saurait utilement soutenir que l'arrêté préfectoral portant transfert aux autorités italiennes viole les dispositions de l'article 20 du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil de l'Union européenne du 18 février 2003, dès lors que ce règlement a été abrogé, en vertu de l'article 48 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. En tout état de cause, l'arrêté contesté, qui prévoit en son article 2 que le transfert de l'intéressé vers le territoire de l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit avoir lieu dans les six mois suivant l'accord des autorités italiennes, dont il est précisé qu'il a été donné le 20 mars 2023, et que ce délai peut être porté à douze mois en cas d'emprisonnement et à dix-huit mois en cas de fuite, comporte une information suffisante sur le délai dans lequel ce transfert sera mis en œuvre.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. D se borne à alléguer, sans la moindre précision, qu'en décidant son transfert vers l'Italie, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Il ne ressort, cependant, d'aucune des pièces du dossier que le requérant, qui a déclaré avoir une épouse et être père d'un enfant mineur, tous deux restés en Côte d'Ivoire, aurait des liens spécifiques avec la France. Si M. D allègue qu'il est de son intérêt que sa demande d'asile soit examinée par la France, il n'en justifie pas. M. D n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". La mise en œuvre par les autorités françaises des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies à l'article 53-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 aux termes duquel : " La République peut conclure avec les Etats européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées. / Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif. ".

14. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.

15. Pour contester la décision de transfert aux autorités italiennes dont il fait l'objet, M. D se borne à faire valoir, sans précision utile, qu'il n'a pas vocation à vivre en Italie et souhaite que sa demande d'asile soit examinée en France. Toutefois, il est constant que l'Italie est membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-york, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En se contentant de soutenir que son droit d'asile n'est pas suffisamment garanti en Italie, ce pays étant submergé par les demandes d'asile, le requérant n'assortit ses allégations d'aucun élément circonstancié. Il ne démontre pas, ainsi, que sa demande d'asile ne sera pas instruite par les autorités italiennes dans des conditions conformes aux garanties exigées par le respect du droit d'asile. Dans ces conditions, par les seuls motifs qu'il invoque, M. D n'établit pas que sa situation personnelle justifiait que le préfet d'Ille-et-Vilaine décide, à titre dérogatoire, que sa demande d'asile soit examinée par les autorités françaises. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a ni méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni commis une erreur manifeste d'appréciation. Il n'a pas davantage porté atteinte à son droit de solliciter le statut de réfugié, corollaire du droit constitutionnel d'asile.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 mars 2023 décidant son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant assignation à résidence :

17. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision décidant le transfert de M. D aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision l'assignant à résidence n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; () ". L'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

19. Il ressort des pièces du dossier que M. D se trouve dans le cas où le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait décider son assignation à résidence, dès lors que l'exécution de la mesure de transfert aux autorités italiennes dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable et que justifiant d'une adresse de domiciliation, il présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'exécution de cette mesure ce qui permet d'éviter son placement en rétention. En se bornant à soutenir que les mesures de surveillance qui lui sont imposées, qui lui font notamment obligation de se présenter deux fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Guipavas et de ne pas sortir du département du Finistère sans autorisation préalable des services préfectoraux, sont restrictives de liberté et ne sont pas justifiées, le requérant ne fait état d'aucune circonstance l'empêchant de satisfaire aux obligations qui lui sont ainsi faites. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur de fait, une erreur de droit ou encore une erreur d'appréciation en décidant de l'assigner à résidence et en lui imposant des mesures de surveillance.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 mars 2023 l'assignant à résidence doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés préfectoraux contestés, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. D ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. E

La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562

03/08/2026

TA77Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484

03/08/2026

← Retour aux décisions