mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. E C, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. A F C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Tourre a été entendu au cours de l'audience publique.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- et les observations de Me Moulin, représentant M. C, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F C déclare être né en 1999 et avoir la nationalité tunisienne. Il est connu du Fichier Automatique des Empreintes Digitales (FAED) et du fichier des personnes recherchées sous l'identité de M. B D, né en 2002 en Lybie. L'intéressé est, selon ses déclarations, entré en France en 2014. Il a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français, par arrêté du 23 décembre 2020 du Préfet du Val-de-Marne, et par arrêté du 3 décembre 2021 du préfet d'Ille-et-Vilaine. M. A F C s'est toutefois maintenu de manière irrégulière en France. Par un arrêté du 27 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, après avoir visé les textes applicables, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la situation administrative, familiale et personnelle de M. A F C. Elle énonce que l'intéressé constitue une menace grave pour l'ordre public et se fonde sur les paragraphes 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la décision attaquée mentionne l'ensemble des circonstances de fait et des motifs de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. A F C à quitter le territoire français. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle de M. A F C. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant doit également être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. M. A F C n'établit ni même n'allègue avoir déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article dirigé contre la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français est, dès lors, inopérant et doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
7. Le requérant soutient que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il n'a été, " à ce jour, condamné que pour une infraction relative aux stupéfiants en neuf ans de présence en France ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A F C est connu du fichier automatique des empreintes digitales et du fichier des personnes recherchées sous une deuxième identité, qu'il a été condamné, sous l'identité B D, par le tribunal correctionnel de Rennes le 15 octobre 2021 à huit mois d'emprisonnement et à une interdiction de séjour dans le département d'Ille-et-Vilaine pendant trois ans notamment pour des faits d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants, qu'il a également fait l'objet d'un rappel à la loi ordonné par le parquet de Quimper le 19 janvier 2016 pour des dégradations et qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil le 18 mars 2021 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'outrage à personne chargée d'une mission de service public, dégradation de bien d'utilité publique et refus de relevés signalétiques. Enfin, M. A F C était présent dans le département d'Ille-et-Vilaine, en dépit de l'interdiction de paraître dans ce département dont il faisait l'objet, le 26 mars 2023, date à laquelle il a été interpellé pour des faits de violences dans un accès à un transport collectif, faits dont il ne conteste pas la matérialité dans sa requête en se bornant à soutenir qu'il a été, à ce jour, condamné uniquement pour une infraction relative aux stupéfiants. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. A F C n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant qu'il constitue une menace pour l'ordre public.
8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. A F C soutient qu'il est présent sur le territoire français de manière ininterrompue depuis presque neuf ans et que l'ancienneté de ses liens avec la France est établie. Toutefois, s'il indique avoir été recueilli par un oncle et une tante pendant un temps, et justifie que son oncle a obtenu une délégation de l'exercice de l'autorité parentale le 22 janvier 2016, le requérant indique qu'il a ensuite été rejeté par ces personnes et allègue, sans l'établir, avoir été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. S'il a également fait valoir lors de son audition du 26 mars 2023 avoir un frère à Paris, M. A F C ne dispose pas de ses coordonnées. Ainsi, l'intéressé, célibataire et sans enfants, ne justifie d'aucun lien d'une particulière intensité avec la France. Par ailleurs, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à établir qu'il est dépourvu de toute attache familiale ou personnelle dans son pays d'origine, quel qu'il soit. En outre, le requérant a fait l'objet de deux mesures d'éloignements auxquelles il n'a pas déféré. Enfin, ainsi qu'il a été exposé au point 7 du présent jugement, M. A F C représente une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A F C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 mars 2023 l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A F C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A F C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F E C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.
La rapporteure,
signé
L. TourreLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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