jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301797 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SEMLALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 avril 2023 et le 17 mai 2023, M. B A, représenté par Me Nawal Semlali, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui impose des mesures de surveillance ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un récépissé ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des articles L. 423-23 ou L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;
5°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- s'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle, en l'absence notamment de toute instruction de sa demande de titre de séjour en qualité de salarié ;
- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire français et de son maintien dans une situation précaire du fait du délai d'instruction de sa demande ;
- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision de refus de séjour étant illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français se trouve en conséquence privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, notamment quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il n'a plus de parents au Mali et qu'il vit depuis l'âge de 16 ans en France, où se trouvent désormais ses amis ;
- s'agissant de la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, de la décision fixant le pays de destination et de la décision l'astreignant à se présenter chaque semaine auprès des services de police :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français étant illégales, la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, la décision fixant le pays de destination et la décision lui imposant de se présenter les mardis et jeudis à 10h auprès des services de police sont, donc, dépourvues de base légale ;
- s'agissant de la décision implicite de refus de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour :
- le préfet du Morbihan a refusé de lui remettre un récépissé lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, le 10 juin 2021, en méconnaissance des dispositions de l'article
R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Thalabard a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien, né le 10 janvier 2000 à Nafadji (Mali), de nationalité malienne, est entré en France, le 9 juin 2016, muni d'un passeport valable jusqu'au 29 septembre 2024. Alors âgé de seize ans, il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du Finistère, jusqu'à sa majorité, puis a bénéficié d'un contrat de jeune majeur du 10 juillet 2019 au 10 février 2020. M. A n'ayant pas obtenu le certificat d'aptitude professionnelle en peinture, à l'issue de la formation suivie dans un établissement situé à Ploemeur, le préfet du Morbihan a, par arrêté du 16 juin 2020, refusé de renouveler le titre de séjour qui lui avait été délivré sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, expirant le 12 juillet 2019, et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français. L'intéressé s'est néanmoins maintenu sur le territoire français et a, le 10 juin 2021, déposé à l'accueil des services de la préfecture du Morbihan une demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale ou à titre professionnel. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 7 février 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays de destination et lui impose des mesures de surveillance. Il demande également l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un récépissé, à réception de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision implicite portant refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient. () ".
4. Pour contester avoir été saisi dès le 10 juin 2021 d'une demande de titre de séjour en qualité de salarié par M. A, le préfet du Morbihan se borne à faire valoir que les premières demandes de titre de séjour doivent être transmises à ses services exclusivement par voie postale et que le requérant ne pouvait ignorer qu'aucune demande de titre de séjour ne peut être déposée directement aux guichets. Il n'est, toutefois, pas justifié de l'information diffusée à cet effet aux usagers. Le préfet, qui ne soutient pas que la demande déposée par le requérant aurait été incomplète, ne justifie pas davantage avoir, en application de l'article L. 114-6 précité du code des relations entre le public et l'administration, invité l'intéressé à régulariser sa demande après son passage aux guichets de la préfecture, puis, en tout état de cause, en réponse aux lettres de relance qui lui ont été adressées par M. A pour connaître l'état de l'instruction de cette demande. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit et à en demander l'annulation.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
6. Le préfet doit procéder à un examen particulier de la situation personnelle de chaque étranger avant de prendre toute décision le concernant.
7. Alors que M. A soutient avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, il ressort des termes de l'arrêté contesté que sa demande a uniquement été examinée sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Morbihan, qui ne conteste pas avoir été saisi d'une telle demande, se contente de faire valoir en défense que l'intéressé ne remplissait pas les conditions fixées par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a donc analysé sa demande au regard des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code. Par cette seule argumentation, le préfet ne conteste pas avoir été destinataire de la demande d'autorisation de travail complétée le 18 juillet 2021 par la société Cinq Degrés Ouest de Lorient, laquelle avait déjà eu l'occasion d'employer M. A en qualité d'opérateur de production, et n'expose pas ce qui justifiait de ne pas en tenir compte. Il ne ressort pas davantage des termes de la décision litigieuse que la situation professionnelle de M. A, au regard notamment de son expérience professionnelle, aurait été examinée. Par ailleurs, s'agissant de la demande de titre de séjour formulée au titre de la vie privée et familiale, il ne ressort pas de la lecture de la décision du 7 février 2023 qu'il aurait été tenu compte de la réalité de la situation familiale de l'intéressé. M. A est dès lors fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et à solliciter, pour ce motif, son annulation.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée. Les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination ainsi que les mesures de surveillance qui assortissent ces décisions doivent également être annulées, par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Il y a seulement lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Morbihan de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant d'exercer une activité professionnelle.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour est annulée.
Article 2 : L'arrêté du 7 février 2023 du préfet du Morbihan concernant M. A est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 4 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
M. ThalabardLe président,
Signé
G.-V. VergneLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026