mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301833 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, Mme D B, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, un récépissé de demande ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un détournement de procédure et méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 ainsi que les articles R. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant refus de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision l'assignant à résidence est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de pointage quotidien dont elle fait l'objet est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Dollé, représentant Mme B, qui maintient les conclusions de la requête par les mêmes moyens qu'il développe ; il ajoute que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- les explications de Mme B.
Le préfet des Côtes-d'Armor n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, se déclarant née le 23 juin 1993, est entrée en France en 2017, accompagnée de son concubin M. C. Sa demande d'admission au séjour en qualité de réfugiée a été rejetée le 13 février 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et son recours contre cette décision a été rejeté le 19 avril 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 19 février 2020, le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 3 juin 2020. À la suite de son interpellation le 27 septembre 2022 après un contrôle d'identité sur une personne démunie de titre de transport et de pièce d'identité, Mme B a fait l'objet le même jour d'un deuxième arrêté lui portant obligation de quitter le territoire français, cette fois sans délai de départ volontaire, ainsi que d'un autre arrêté l'assignant à résidence. Son recours contre ces arrêtés a également été rejeté par le tribunal le 3 octobre 2022. Le 29 décembre 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a pris deux arrêtés obligeant Mme B à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et l'assignant à résidence. Par un jugement du 9 janvier 2023, le tribunal a rejeté les requêtes en annulation dirigées à l'encontre de ces arrêtés. Le 14 février 2022, par un arrêté confirmé par le tribunal le 24 février 2023, le préfet des Côtes-d'Armor l'a une nouvelle fois assignée à résidence. Enfin, par l'arrêté du 31 mars 2023 dont Mme B demande l'annulation dans la présente instance, le préfet des Côtes-d'Armor l'a à nouveau obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme B justifiant avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle le 5 avril 2023, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à plusieurs des décisions attaquées :
3. Les décisions attaquées, qui comportent l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, sont suffisamment motivées. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des décisions fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour en France pour deux ans et portant assignation à résidence doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la décision attaquée qui mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, y compris s'agissant de sa situation personnelle et familiale, que le préfet des Côtes-d'Armor se serait abstenu de procéder à un examen individuel et complet de la situation de Mme B avant de prendre cette décision.
5. En deuxième lieu, la requérante, qui n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen, n'établit pas le détournement de procédure qu'elle invoque.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, intitulé " Droit à une bonne administration " : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; b) le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; () ". Le droit d'être entendu préalablement à toute décision constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé par les stipulations précitées, fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
8. En l'espèce, Mme B soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à défaut pour le préfet d'avoir recueilli ses observations préalablement à son édiction. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a pu faire valoir ses observations à de multiples reprises à l'occasion des diverses mesures d'éloignement et d'assignation à résidence dont elle a fait l'objet, a notamment été entendue par les services du commissariat de police de Saint-Brieuc lors d'une audition qui s'est tenue le 27 septembre 2022. À cette occasion, elle a pu faire valoir tous les éléments utiles quant à sa situation et celle de sa famille, et a également pu soumettre à l'administration tous éléments relatifs à sa situation, notamment son état de santé. Le procès-verbal de l'audition ne démontre pas que la requérante ait été privée de la possibilité d'informer le préfet de son état de santé. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même soutenu que Mme B aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration des informations qui auraient été de nature à avoir une incidence sur la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ses droits à être entendue et à présenter des observations, doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. ".
10. La requérante ne soutient, ni n'allègue avoir sollicité un titre de séjour pour raisons de santé, ni davantage avoir tenté de porter à la connaissance de l'administration de quelconques informations relatives à son état de santé. Elle ne produit au demeurant à l'instance aucune pièce y afférant. Dans ces circonstances, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Mme B soutient qu'elle a fixé le centre de ses intérêts matériels et moraux en France et qu'il est de l'intérêt de ses enfants de poursuivre leur scolarité en France. Toutefois, la requérante, qui ne justifie pas d'une résidence en France d'une longue durée, n'établit pas, notamment par les attestations produites, qu'elle aurait développé des liens personnels particuliers en France. Il n'apparaît pas davantage qu'elle y dispose d'attache familiale autre que son concubin et ses deux enfants, ni d'attache professionnelle, tous les avis d'imposition qu'elle produit au titre des années 2017 à 2021 mentionnant un revenu fiscal de référence nul. Il n'est en outre pas contesté que son concubin, ressortissant angolais, fait également l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français, de sorte qu'il n'a pas vocation à demeurer en France. La décision attaquée n'a par ailleurs pas pour objet ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants, âgés de trois et cinq ans à la date de la décision attaquée dont il n'est pas allégué qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarisation ailleurs qu'en France. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la cellule familiale de la requérante ne pourrait pas se reconstituer dans un autre pays que la France, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance que M. C ait sollicité le 27 février 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, Mme B ne démontre pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de ces articles doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
15. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B, le préfet des Côtes-d'Armor s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Comme l'a relevé le préfet, l'intéressée, qui se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour, s'est maintenue sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile et en dépit de trois précédentes mesures d'obligation de quitter le territoire français prises à son encontre depuis 2020. Le risque qu'elle se soustraie à son obligation de quitter le territoire français doit ainsi être regardé comme établi au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la date des décisions attaquées. Dans ces conditions, la décision refusant d'accorder à la requérante un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Si la requérante fait valoir qu'elle craint ne pouvoir être soignée conformément à ce que son état de santé requiert en cas de renvoi en Angola, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la nature ou la gravité des problèmes de santé dont elle se prévaut. Les documents relatifs au suivi médical de sa fille née en 2018 n'est au demeurant pas de nature à établir qu'elle souffrirait d'une pathologie grave ou qu'elle ne pourrait pas bénéficier de soins appropriés dans un autre pays, notamment en Angola. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont serait entachée la décision fixant le pays de destination doit, par suite, être écarté.
18. Il en résulte que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de cette décision.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :
19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () ".
20. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
21. Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. La requérante n'invoquant aucune circonstance particulière à caractère humanitaire justifiant que le préfet ne prenne pas de décision d'interdiction de retour sur le territoire français, c'est à bon droit que le préfet des Côtes-d'Armor a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une telle interdiction. De plus, Mme B n'apporte aucun élément précis de nature à établir, comme elle l'allègue, que la décision attaquée lui portant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, compte tenu de la durée limitée de son séjour en France, de l'absence de liens particuliers en France établis hormis ses deux enfants et son concubin, lequel fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et de la circonstance qu'elle n'a pas exécuté les précédents mesures d'éloignement dont elle a fait l'objet, ce moyen doit être écarté.
22. Il en résulte que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
23. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
24. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 31 mars 2023, le préfet des Côtes-d'Armor a assignée Mme B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Si la requérante soutient que la décision l'assignant à résidence est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et que l'obligation de pointage quotidien dont elle fait l'objet est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, elle n'a présenté de conclusions dirigées contre l'arrêté l'assignant à résidence ni dans ses écritures ni à l'audience. Ces moyens, qui sont en outre inopérants à l'appui des conclusions à fin d'annulation des décisions contestées portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour en France pendant deux ans, doivent dès lors être écartés. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent et Mme B n'apporte aucun élément de nature à établir que l'éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable, ni que son obligation de pointage quotidien serait disproportionnée au regard des consultations médicales qu'elle devrait honorer, la requérante ne justifiant pas ces dernières.
25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
26. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante et son conseil demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. ALa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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