mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
Vu la procédure suivante :
B une requête, enregistrée le 15 avril 2023, Mme H E épouse C, représentée B Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 13 avril 2023 B lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assignée à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet s'est abstenu d'apprécier souverainement sa situation personnelle et familiale ;
- la décision portant refus de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision l'assignant à résidence est entachée d'un défaut d'examen et d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
B un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés B Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Semino, substituant Me Le Bihan, représentant Mme E, qui maintient les conclusions de la requête B les mêmes moyens qu'il développe ; il produit des pièces complémentaires ;
- les explications de Mme E ;
- les observations de M. G, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E épouse C, ressortissante serbe née le 25 juin 1986, déclare être entrée en France le 26 août 2010. Sa demande d'asile, présentée le 23 janvier 2013, a été rejetée B l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 28 mars 2013. Le 13 mars 2017, elle a déposé une première demande de titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. B un arrêté du 28 décembre 2018, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. B deux nouveaux arrêtés du 13 avril 2023 dont Mme E demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a à nouveau obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Mme E justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'ayant pas à y faire figurer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme E dont les services de la préfecture avaient connaissance à la date de cette décision, y compris notamment s'agissant de la situation de ses enfants. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de la situation de la requérante.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue B la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. En l'espèce, si Mme E se prévaut de son ancienneté en France depuis 2010, les pièces versées aux débats ne permettent pas d'établir une résidence continue en France sur l'ensemble de cette période. Il ressort de plus des pièces du dossier que la requérante, dont la demande d'asile présentée le 23 janvier 2013 a été rejetée B l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 28 mars 2013 et dont l'unique demande de titre de séjour déposée le 13 mars 2017 a été rejetée le 28 décembre 2018, a, en tout état de cause, principalement résidé sur le territoire français de manière irrégulière. Il est en outre constant qu'elle n'a pas exécuté la décision l'obligeant à quitter le territoire français du 28 décembre 2018. L'attestation de bénévolat au Secours Catholique du 1er septembre 2020 mentionnant l'investissement de Mme E entre l'été 2019 et le confinement ainsi que l'attestation non datée émanant de l'école maternelle dans laquelle est scolarisé l'un de ses enfants selon laquelle le couple est soucieux de cette scolarisation et participe à la vie de l'école en accompagnant les sorties ou en tant que bénévole à la restauration ne démontrent pas à elles seules que la requérante serait particulièrement bien intégrée dans la société française et qu'elle aurait noué des liens intenses, d'ordre amical ou professionnel, sur le territoire. La requérante, qui se borne B ailleurs à produire des éléments relatifs aux perspectives d'emploi de son époux, à l'activité de bénévolat de ce dernier entre l'été 2019 et le confinement, au séjour régulier en France de sa belle-sœur et de sa belle-mère et à la scolarisation de ses cinq enfants, dont trois sont nés en France, ne justifie ainsi d'aucune attache personnelle, familiale ou professionnelle intense en France, hormis son époux et ses enfants. Or dès lors que son époux, de nationalité serbe, qui est également en situation irrégulière et dont le recours contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise le 4 avril 2023 a été rejeté B le magistrat désigné du tribunal le 11 avril 2023, n'a pas vocation à rester en France, le couple et leurs cinq enfants nés entre 2006 et 2020 pourront reconstituer leur cellule familiale dans un autre pays, notamment en Serbie où il n'est pas établi ni même allégué que les enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité. Dans ses conditions, au regard des pièces versées au débat, la décision litigieuse ne porte pas au droit de Mme E à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé B le premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de ces articles doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " B dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise B l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
9. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme E, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Comme l'a relevé le préfet, l'intéressée se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour et ne justifie pas avoir entamé de nouvelles démarches en vue de régulariser sa situation administrative, alors qu'elle s'est vu opposer un refus de titre de séjour. Elle n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet le 28 décembre 2018. Dans ces conditions, à supposer même que Mme E aurait transmis aux services préfectoraux une copie de son passeport lors de sa demande de titre de séjour et qu'elle en aurait remis l'original aux services de la gendarmerie de Rennes lors de la notification des arrêtés attaqués et qu'elle présenterait des garanties de représentation suffisantes, il résulte de l'instruction que le préfet aurait en tout état de cause pris la même décision de refus de départ volontaire en se fondant sur le risque qu'elle se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire français attaqué, lequel doit être regardé comme établi au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, dès lors que la requérante ne démontre pas, B les moyens qu'elle invoque, l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée B voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la décision attaquée qui relève que Mme E " ne démontre pas être actuellement, personnellement et directement exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " en cas de retour dans son pays d'origine et que " d'ailleurs, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile B une décision rendue le 28 /03/13 dûment notifiée le 17/04/13 ", que le préfet se serait abstenu d'apprécier souverainement sa situation personnelle et familiale et qu'il se serait cru en situation de compétence liée au regard de cette décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.
14. D'autre part, Mme E soutient qu'elle a été contrainte de fuir la Serbie en raison des craintes toujours actuelles pour sa sécurité et celle de son époux de la part de sa famille d'origine albanaise, notamment son père et ses frères qui résideraient toujours à Belgrade. Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été rejetée B l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, la requérante ne produit aucun élément de nature à justifier les risques qu'elle invoque de manière peu circonstanciée. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle risquerait d'être soumise à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Serbie. B suite, les moyens tirés de la méconnaissance B la décision fixant le pays de destination des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
15. Il en résulte que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée B l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () ".
17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
18. Mme E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. La requérante fait valoir que sa vie privée et familiale en France constitue une circonstance à caractère humanitaire de nature à faire obstacle à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, sa vie privée et familiale ne peut être regardée comme constituant une telle circonstance humanitaire, de sorte que le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu à bon droit décider d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une telle interdiction de retour. Compte tenu de la durée du séjour de Mme E en France, de l'absence de justifications de liens particulièrement intenses en France hormis ses enfants et son époux, lequel fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et de la circonstance qu'elle n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision lui portant interdiction de retour en France pour un an serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, au demeurant, du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, ni encore les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que l'un de ses fils serait susceptible de demander la nationalité française dans un an.
19. Il en résulte que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
20. En premier lieu, l'arrêté comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'ayant pas à y faire figurer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme E dont les services de la préfecture avaient connaissance à la date de cette décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet d'Ille-et-Vilaine, dont il n'est au demeurant pas établi qu'il aurait été informé de ce que les enfants de A E seraient scolarisés à Rennes et dont il est constant qu'il a assigné la requérante à l'adresse qu'elle a déclarée lors de son audition, a procédé à un examen suffisant de sa situation.
22. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation B jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
23. Il ressort des pièces du dossier que Mme E se trouve dans le cas où le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait décider de son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet demeure une perspective raisonnable et que, justifiant d'une adresse de domiciliation, elle présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'elle se soustraie à l'exécution de cette mesure, évitant, en cela, son placement en rétention administrative. Mme E soutient que les mesures de surveillance qui lui sont imposées, qui lui font notamment obligation de remettre l'original de son passeport, de se présenter tous les jours de la semaine, y compris les jours fériés et chômés, à 17 heures, à la brigade de gendarmerie de Bruz, de sortir du périmètre de la commune de Bruz sans autorisation préalable des services préfectoraux et d'être présente à son domicile chaque jour entre 18h et 21h, sont disproportionnées, en particulier en raison de la nécessité pour elle d'aller chercher son fils de dix ans à la sortie de son école située à Rennes. Toutefois, à supposer même que son fils F ne soit plus scolarisé à Bruz comme le mentionne pourtant le certificat de scolarité établi le 22 mars 2023 produit B la requérante, l'arrêté attaqué précise qu'un sauf-conduit pourra être accordé sur sollicitation pour permettre à l'intéressée de sortir de la commune de Bruz. Dans ces conditions, eu égard à sa durée et aux obligations imposées à Mme E, l'arrêté préfectoral l'assignant à résidence, qui constitue une mesure alternative au placement en rétention, ne peut être regardé comme disproportionné B rapport au but poursuivi. La requérante n'est dès lors pas davantage fondée à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées B Mme E à fin d'annulation de l'arrêté B lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
25. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées B Mme E doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme E demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre B la requérante doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H E épouse C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public B mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. DLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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