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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302117

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302117

mardi 3 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCOLLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi de recours en excès de pouvoir contre un permis d'aménager initial (21 novembre 2022) et modificatif (22 janvier 2023) délivrés par le maire de Dinard à la SARL "Le village de la ville Mauny" pour un lotissement de neuf lots, ainsi que contre une décision de non-opposition à une déclaration préalable de coupe d'arbres (15 janvier 2024). Les requérants, voisins du projet, invoquaient notamment la méconnaissance des articles L. 121-8, L. 151-23 et R. 111-2 du code de l'urbanisme, ainsi que de l'article L. 350-3 du code de l'environnement. Le tribunal a rejeté l'ensemble des requêtes, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. Les textes appliqués sont principalement les dispositions du code de l'urbanisme et du code de l'environnement relatives à l'urbanisme et à la protection des espaces boisés.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 avril, 21 juin 2023, 23 janvier et 26 mars 2024, sous le n° 2302117, Mme F L, M. et Mme B et W D, M. et Mme O et A G, Mme M V, Mme I U, M. E R, M. T C et Mme X K, M. et Mme H et S Q, M. et Mme N et J P, représentés par Me Collet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le maire de Dinard a délivré à la SARL " Le village de la ville Mauny " un permis d'aménager pour la création d'un lotissement de neuf lots destinés à l'habitat individuel ainsi que la décision du 10 février 2023 portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2023 par lequel le maire de Dinard a délivré à la SARL " Le village de la ville Mauny " un permis d'aménager modificatif pour la modification des zones constructibles des lots 03 et 09, l'amélioration de l'accès Nord des lots 01 à 03, la création d'un écran végétal en rive Nord avec le chemin piéton, la suppression de stationnement sur cet accès libérant la possibilité d'un futur accès Ouest (OAP) ainsi que la plantation d'arbres supplémentaires le long de la voie existante (passe de 6 arbres à 9) ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dinard et de la SARL " Le village de la ville Mauny " une somme de 4 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à chacun des requérants.

Ils soutiennent que :

Sur l'arrêté du 21 novembre 2022 :

- ils disposent d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 350-3 du code de l'environnement ;

- il méconnaît l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dinard ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Dinard est, par voie d'exception, illégal en tant qu'il classe le terrain d'assiette du projet litigieux en zone U.

Sur l'arrêté du 22 janvier 2023 :

- ils disposent d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il a été pris en vue d'une décision du 15 janvier 2024 par laquelle le maire de Dinard ne s'est pas opposé à la déclaration préalable, déposée par la SARL " Le village de la ville Mauny ", pour la coupe et l'abattage des arbres ;

- il méconnaît l'article 350-3 du code de l'environnement et il est fondé sur un arrêté préfectoral lui-même illégal ;

- l'arrêté méconnaît l'autorité de la chose jugée de l'ordonnance rendue le 23 juin 2023 ;

- il méconnaît l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dinard.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet 2023 et 3 octobre 2024, la commune de Dinard, représentée par Me Le Derf-Daniel de la société d'avocats ARES, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 350-3 du code de l'environnement est inopérant ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, la SARL " Le village de la ville Mauny ", représentée par Me Collet de la SCP Via Avocats, conclut, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 mars 2024 et 31 mars 2025, sous le n° 2401760, Mme F L, M. et Mme B et W D, M. et Mme O et A G, Mme M V, Mme I U, M. E R, M. T C et Mme X K, M. et Mme H et S Q, M. et Mme N et J P, représentés par Me Collet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le maire de Dinard ne s'est pas opposé à la déclaration préalable, déposée par la SARL " Le village de la ville Mauny ", pour la coupe et l'abattage d'arbres ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Dinard et de la SARL " Le village de la ville Mauny " une somme de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à chacun des requérants.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les articles R. 441-9 et R. 441-10 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, la commune de Dinard, représentée par représentés par Me Le Derf-Daniel de la société d'avocats ARES, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, la décision attaquée revêt un caractère superfétatoire et, d'autre part, les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024, la SARL " Le village de la ville Mauny ", représentée par Me Collet de la SCP Via Avocats, conclut, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Berre ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- et les observations de Me Collet, représentant Mme L et autres, de Me Balloul, représentant la commune de Dinard et de Me Le Guen, représentant la Sarl Le Village de la Ville Mauny.

Considérant ce qui suit :

1. Par un premier arrêté du 21 novembre 2022, modifié par un deuxième arrêté du 22 janvier 2023, le maire de Dinard a délivré à la SARL " Le village de la ville Mauny " un permis d'aménager pour la création d'un lotissement de neuf lots destinés à l'habitat individuel. Par un troisième arrêté, daté du 15 janvier 2024, le maire de Dinard ne s'est pas opposé à la déclaration préalable, déposée par la SARL " Le village de la ville Mauny " pour la coupe et l'abattage d'arbres. Par la présente requête, Mme L et autres demandent au tribunal l'annulation de ces trois arrêtés et de la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2024 :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que plusieurs requérants dont, M. et Mme D ainsi que M. et Mme Q, sont propriétaires d'une maison d'habitation située en face de l'alignement d'arbres dont trois spécimens doivent être abattus L'arrêté du 15 janvier 2024, qui autorise la coupe et l'abattage de ces arbres, est ainsi de nature à modifier le cadre de vie et les conditions de jouissance du bien dont sont propriétaires les requérants. Il s'ensuit que M. et Mme D et M. et Mme Q, notamment, disposent d'un intérêt à agir pour contester cette autorisation d'urbanisme. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Dinard et la SARL " Le village de la ville Mauny " doit ainsi être écartée.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 15 janvier 2024 ne revêt pas un caractère superfétatoire dès lors qu'une autorisation d'urbanisme était requise pour procéder à l'abattage d'arbres protégés au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Enfin, à supposer que l'arrêté du 15 janvier 2024 soit confirmatif de l'arrêté du 21 novembre 2022, s'agissant de l'autorisation d'abattage des arbres, il résulte de la présente instance que celui-ci n'a pas encore acquis de caractère définitif et que, par conséquent, les requérants pouvaient contester et faire annuler la décision du 15 janvier 2024. Par conséquent, cette fin de non-recevoir doit également être écartée et la requête est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 21 novembre 2022, 22 janvier 2023 et 15 janvier 2024 :

Sur la méconnaissance de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme et des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dinard relatives à la protection du cadre naturel et paysager, et plus particulièrement aux alignements d'arbres, haies bocagères et lisières à conserver ou à créer par les arrêtés du 21 novembre 2022 et du 15 janvier 2024 :

4. Aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres () ". Aux termes des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dinard relatives à la protection du cadre naturel et paysager, et plus particulièrement aux alignements d'arbres, haies bocagères et lisières à conserver ou à créer : " Les alignements d'arbres, haies bocagères et lisières identifiés au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme aux documents graphiques, sont à conserver ou à planter (). Les accès aux propriétés devront expressément prendre en compte la présence des arbres ou plantations existantes. Toutefois s'il s'avère qu'il n'existe pas de solution alternative, même onéreuse, l'abattage pourra être autorisé par le gestionnaire du domaine public ".

5. Il ressort des pièces du dossier et, plus spécifiquement du règlement graphique du plan local d'urbanisme de la commune de Dinard, que le terrain d'assiette du projet comporte un alignement d'arbres faisant l'objet d'une protection en application de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Or, il est constant que le projet litigieux prévoit la destruction de trois de ces arbres afin de créer l'un des accès à la parcelle concernée et que, en compensation, 6 autres arbres seront plantés afin de poursuivre l'alignement existant. Toutefois, il n'est pas démontré, en l'espèce, qu'il n'existe pas de solution alternative à l'abattage de ces arbres pour créer une voie d'accès au terrain. Par conséquent, le moyen doit être accueilli et les requérants sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 21 novembre 2022, 22 janvier 2023 et 15 janvier 2024 pour ce motif.

Sur la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article U7 du PLU de la commune de Dinard :

6. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article U7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Dinard relatif à la desserte par les voies publiques ou privées : " () / Voirie : / La réalisation d'un projet est subordonnée à la desserte du terrain par une voie dont les caractéristiques répondent à sa destination et à l'importance du trafic généré par le projet. Ces caractéristiques doivent permettre d'assurer la défense incendie, et devront être configurées de telle sorte qu'elles garantissent la circulation des piétons et des cyclistes, en toute sécurité () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle sur laquelle a vocation à s'implanter le projet litigieux est desservi par la rue du Hameau de la ville Mauny. Cette voie se caractérise par son étroitesse et sa mauvaise visibilité. En effet, le largueur de la voie est, à plusieurs endroits, inférieure à trois mètres et ne permet donc pas le croisement de véhicules. Or, le permis d'aménager attaqué prévoit la création de neuf lots afin d'y construire des maisons individuelles soit une augmentation, approximative, du trafic automobile de l'ordre de neuf à dix-huit véhicules supplémentaires. Cette hausse, significative, du trafic automobile risque d'entraîner des conflits d'usage entre riverains et piétons mais surtout, des problèmes de sécurité. Il s'ensuit que le projet attaqué, autorisé par les arrêtés du 21 novembre 2022, 22 janvier 2023 et 15 janvier 2024, ne présente pas les garanties suffisantes en matière de sécurité publique. Dès lors, le maire de Dinard a méconnu l'article U7 du plan local d'urbanisme de la commune et a commis une erreur manifeste d'appréciation, au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, en autorisant le projet. Le moyen doit être accueilli.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est de nature à fonder l'annulation de cet arrêté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les arrêtés du 21 novembre 2022, 22 janvier 2023 et 15 janvier 2024 doivent être annulés ainsi que la décision du 10 février 2023 portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les requérants, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la commune de Dinard et à la SARL " Le village de la ville Mauny " la somme que ceux-ci demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Dinard et de la SARL " Le village de la ville Mauny " le versement aux requérants d'une somme, globale, de 1 500 euros au titre des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 21 novembre 2022, 22 janvier 2023 et 15 janvier 2024 ainsi que la décision du 10 février 2023 sont annulés.

Article 2 : La commune de Dinard et la SARL " Le village de la ville Mauny " verseront une somme globale de 1 500 euros aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Dinard et de la SARL " Le village de la ville Mauny " présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme F L, représentant unique pour l'ensemble des requérants, à la commune de Dinard, à la SARL " Le village de la ville Mauny ".

Copie en sera adressée, en application de l'article R. 522-14 du code de justice administrative, au procureur de la République près du tribunal judiciaire de Saint-Malo.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2025.

La rapporteure,

Signé

A. Le Berre

Le président,

Signé

N. Tronel

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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Nos 2302117, 2401760

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