mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2023, Mme C B, représentée par Me Blanchot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale " en sa qualité de mère d'enfants français sur le fondement de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée, le versement à Mme B d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en droit ;
- elle méconnaît l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et leur père leur envoie tous les mois entre 50 et 200 euros ; elle a saisi le juge aux affaires familiales afin d'obtenir une décision de justice fixant une autorité parentale conjointe, la résidence habituelle des enfants chez elle et prévoyant le versement d'une pension alimentaire par leur père ; elle remplit par suite les conditions prévues au premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête de Mme. B.
Le préfet du Finistère fait valoir que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et qu'aucun des autres moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision de la présidente du bureau d'aide juridictionnelle du 29 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- et les observations de Me Blanchot représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante comorienne née en 1998, serait arrivée à Mayotte à l'âge de quatre ans. En 2019, elle a obtenu un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui a ensuite été renouvelé à trois reprises. Le 25 août 2021, elle a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) avec un ressortissant français, M. D, père de ses deux enfants français nés respectivement le 28 mai 2020 et le 8 décembre 2021, à Mayotte. Mme B, son compagnon de PACS et leurs enfants ont rejoint la métropole le 16 février 2022. M. D est ensuite rapidement reparti à Mayotte et Mme B n'a plus eu de contact téléphonique régulier avec lui postérieurement au mois de juin 2022, celui-ci ayant décidé de se marier religieusement avec une autre personne. Le 18 janvier 2023, Mme B a déposé auprès des services de la préfecture du Finistère une demande de titre de séjour comportant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par la décision attaquée du 17 mars 2023, le préfet du Finistère a refusé de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. La décision attaquée mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Finistère a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B sur le fondement des articles L. 423-7 et L 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet y vise l'ensemble de ces dispositions et cite celles de l'article L. 423-8 comportant les conditions qu'il estime ne pas être remplies par la requérante, puis examine sa demande au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale et de l'intérêt supérieur de ses deux enfants. Dès lors que la demande de Mme B n'était pas fondée sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'autorité préfectorale n'était tenue ni de les citer ni de les viser. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de la décision attaquée du 17 mars 2023 doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'au cours du premier semestre de l'année 2022, Mme B, ses deux enfants et le père français de ceux-ci, M. D, sont arrivés en métropole. M. D en est reparti durant le même semestre et a cessé d'avoir des contacts téléphoniques réguliers avec la requérante à compter du mois de juillet 2022. Si Mme B produit des relevés de compte bancaire, sur lesquels figurent des virements effectués à son bénéfice par M. D, le 30 mars 2022 d'un montant de 550 euros, le 3 octobre 2022 d'un montant de 100 euros, et le 7 novembre 2022 d'un montant de 100 euros, ainsi que des virements effectués en décembre 2021 antérieurement à leur arrivée en métropole, ces éléments sont insuffisants pour établir que M. D contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de leurs deux enfants français postérieurement à son retour à Mayotte. La circonstance que Mme B a déposé un recours devant le juge aux affaires familiales afin d'obtenir le versement par M. D d'une pension alimentaire est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, qui a été prise à une date à laquelle aucune décision de justice relative à la contribution de M. D à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants n'avait été rendue. Par suite, le préfet du Finistère a pu valablement estimer que Mme B ne justifiait pas la contribution effective de M. D à l'entretien et à l'éducation de leurs deux enfants.
6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'est arrivée en métropole qu'en février 2022. Si elle fait valoir que sa fille, A, souffre de problèmes de santé qui ne pourraient être pris en charge qu'en France et notamment en métropole, le compte-rendu médical du 14 avril 2022 qu'elle produit ainsi que les consultations pédiatriques prévues ne font état d'aucune pathologie particulière qui ne pourrait être prise en charge que sur le territoire métropolitain. Si Mme B produit également le compte-rendu d'une prise en charge médicale réalisée le 17 mars 2023 par le service des urgences du centre hospitalier des Pays de Morlaix, ce document qui n'identifie pas lequel des deux enfants de la requérante était alors malade, comporte comme seul diagnostic une grippe de type B. La requérante n'établit pas avoir exercé une activité professionnelle depuis son entrée en France et son souhait de débuter une formation d'aide-soignante n'est pas constitutif d'un lien particulier avec la France métropolitaine. Si elle se prévaut de la présence en France de son frère de nationalité française et de deux sœurs dont l'une est de nationalité française, elle ne justifie pas de l'absence d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine ou à Mayotte où réside le père de ses enfants. Au vu de l'ensemble de ses éléments et compte tenu principalement de la durée et des conditions de son séjour en France, hors de Mayotte, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Finistère aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et par suite méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. La décision contestée, qui se borne à refuser de régulariser, hors de Mayotte, la situation administrative de la requérante au regard de son droit au séjour, n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer celle-ci de ses enfants. Il n'est pas établi que l'état de santé de sa fille, A, nécessiterait son maintien sur le territoire français, hors de Mayotte. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Finistère aurait omis d'attacher une considération primordiale à l'intérêt supérieur de ses deux enfants, en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doit être écarté.
9. Il ne ressort pas des circonstances examinées aux points précédents que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant dès lors que Mme B n'a pas présenté sa demande sur son fondement et que le préfet du Finistère n'a pas examiné d'office sa situation au regard de ces dispositions.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision attaquée du 17 mars 2023, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, la demande présentée par Mme B sur le fondement de ces dispositions, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet du Finistère et à Me Blanchot.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026