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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302302

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302302

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GOSSELIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 avril 2023 et 4 janvier 2024, la société anonyme MMA Iard et la société par actions simplifiée Dinan-Distribution, représentées par Me Gosselin (SCP Cabinet Gosselin), demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser à la société MMA Iard la somme de 15 299,67 euros en sa qualité d'assureur subrogé dans les droits et actions de la société Dinan-Distribution, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 décembre 2022 et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de condamner l'Etat à verser à la société Dinan-Distribution la somme de 3 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 décembre 2022 et de la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Elles soutiennent que :

- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, en raison du blocage de l'accès du magasin Leclerc exploité à Dinan par la société Dinan-Distribution lors du mouvement des gilets jaunes, entre le 17 novembre et le 25 novembre 2018 ;

- la société MMA Iard a indemnisé la société Dinan-Distribution au titre de la perte d'exploitation subie par cette dernière à hauteur de 11 489 euros, lui laissant à charge une franchise de 3 000 euros ;

- la société MMA Iard a exposé 3 810,67 euros au titre de la perte de marchandise et des frais d'huissier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée et, à titre subsidiaire, que l'évaluation du préjudice faite par les sociétés requérantes doit être conforme aux préjudices réellement subis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Berthon,

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,

- les observations de Me Goven, représentant les sociétés MMA Iard et Dinan-Distribution.

Considérant ce qui suit :

1. La société Dinan-Distribution exploite un centre commercial et une station-service situés au lieudit La Coulébart, route de Caulnes à Lehon Dinan. Son assureur, la société MMA Iard, l'a indemnisée à hauteur de 15 299,67 euros, au titre des sinistres causés par plusieurs blocages du centre commercial et de la station-service intervenus entre le 17 et le 25 novembre 2018, s'inscrivant dans le mouvement national dit des " gilets jaunes ". Le 20 décembre 2022, la société MMA Iard et la société Dinan-Distribution ont adressé une demande indemnitaire préalable d'un montant total de 18 299,67 euros à l'Etat, dont 15 299,67 euros au titre des sommes versées par MMA Iard à son assuré et 3 000 euros restés à la charge de la société Dinan-Distribution. Le silence gardé par le préfet des Côtes-d'Armor sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, les sociétés MMA Iard et Dinan-Distribution demandent la condamnation de l'Etat à leur verser la somme de 18 299,67 euros.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens (). ". Selon l'article L. 412-1 du code de la route : " Le fait, en vue d'entraver ou de gêner la circulation, de placer ou de tenter de placer, sur une voie ouverte à la circulation publique, un objet faisant obstacle au passage des véhicules ou d'employer, ou de tenter d'employer un moyen quelconque pour y mettre obstacle, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende (). ".

3. L'application de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou des attroupements précisément identifiés. En outre, ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels ne procédant pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée et organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.

4. Il résulte de l'instruction, et en particulier de constats d'huissiers des 18 et 25 novembre 2018 effectués à la demande des sociétés requérantes, corroborés par les extraits de presse locale produits par ces dernières, que du 17 au 25 novembre 2018, plusieurs opérations de blocage et de filtrage de la circulation automobile ont eu lieu à la station-service de Dinan, ainsi qu'aux abords du centre commercial Leclerc. Ces opérations, qui ont empêché, limité ou dissuadé l'accès automobile à cette station-service et à ce centre commercial, ont entraîné une baisse de fréquentation de ces établissements. Si ces actions se sont inscrites dans le cadre d'un mouvement national de contestation en réaction à la hausse du prix des carburants, qui a conduit à de nombreuses actions similaires sur le territoire national, il résulte de l'instruction qu'elles ont été organisées localement par un groupe de gilets jaunes structuré au moyen notamment des réseaux sociaux, avec des responsables identifiés, et ont conduit au positionnement délibéré sur la voie publique de véhicules et de divers objets tels que des poubelles, des plots ou des panneaux de signalisation par un groupe isolé de quelques dizaines de personnes, animé de la seule intention de commettre cette action délictuelle. Par conséquent, les préjudices qui ont résulté pour les sociétés MMA Iard et Dinan-Distribution de ces opérations de blocage ne sauraient être regardés comme imputables à un attroupement ou à un rassemblement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, et donc de nature à engager la responsabilité de l'État.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires des sociétés MMA Iard et Dinan-Distribution doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demandent les sociétés MMA Iard et Dinan-Distribution sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête des sociétés MMA Iard et Dinan-Distribution est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société MMA Iard, à la société Dinan-Distribution et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président-rapporteur

signé

E. BerthonL'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

F. Plumerault

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302302

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