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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302369

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302369

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 28 avril 2023, M. D B, représenté A Me Delilaj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 A lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités maltaises ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour A lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée maximale de quarante-cinq jours renouvelable trois fois ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'autoriser à saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'une demande d'asile dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros à verser à son avocat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du transfert :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- il n'est pas justifié de la délivrance des informations prévues A l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et A l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'est pas justifié du respect des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'est pas établi que les autorités maltaises ont été saisies dans le délai de deux mois prévu A l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- en cas d'annulation de l'arrêté de transfert son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable.

A un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés A M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement européen (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tourre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Delilaj, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il abandonne les moyens tirés de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués et les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il développe les autres moyens de la requête et ajoute que le délai de saisine des autorités maltaises a débuté dès la demande de rendez-vous de M. B en vue de déposer un dossier d'asile, mais qu'il ne peut établir la date à laquelle ce rendez-vous a été sollicité ; il ajoute que l'arrêté de transfert est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3-2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la demande d'asile de M. B a déjà été rejetée à Malte ; il produit une décision du 6 mai 2021 qu'il présente comme une assignation à résidence de M. B A les autorités maltaises et une demande de l'agence maltaise des demandeurs d'asile à l'intéressé du 18 octobre 2021 de libérer un logement pour demandeurs d'asile dès lors qu'il n'aurait plus de droits ouverts comme demandeur d'asile ; A suite, le requérant, s'il est renvoyé à Malte, sera A ricochet reconduit en Somalie alors que la Cour nationale du droit d'asile estime que ce pays est l'objet de violence généralisée d'intensité exceptionnelle qui permet de bénéficier à tout le moins de la protection subsidiaire et que la commission européenne a, dans un rapport du 7 février 2021, indiqué que les migrants arrivant à Malte étaient maltraités,

- et les explications de M. B assisté d'un interprète.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant somalien né en 1998, est entré irrégulièrement en France le 17 novembre 2022. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 29 novembre 2022. Le relevé de ses empreintes digitales a révélé que l'intéressé avait auparavant sollicité l'asile auprès des autorités maltaises. Ces autorités, saisies le 30 décembre 2022 d'une demande en application de l'article 18-1 b) du règlement (UE) n° 604/2013, ont accepté leur responsabilité dans la reprise en charge de la demande d'asile de l'intéressé le 4 janvier 2023. A des arrêtés du 2 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé le transfert de M. B aux autorités maltaises en vue de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités maltaises :

3. En premier lieu, en application de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

4. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

5. L'arrêté attaqué vise notamment le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la circonstance que la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que M. B a déposé une demande d'asile à Malte, que les autorités maltaises, saisies d'une demande de prise en charge le 30 décembre 2022 en application de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013, ont accepté cette demande de prise en charge le 4 janvier suivant sur le fondement du 18.1 c) du même règlement. En outre, la décision contestée comporte des éléments relatifs à la situation familiale et personnelle du requérant. Ainsi, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à M. B de comprendre les motifs de la décision et, le cas échéant, d'exercer utilement son recours. A suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de décider de le transférer aux autorités maltaises.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 20 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté A le demandeur ou un procès-verbal dressé A les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'État concerné () ". Aux termes de l'article 21 de ce règlement : " L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif ("hit ") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés A le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite () ". Aux termes du 1 de l'article 23 du même règlement : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013. / Si la requête aux fins de reprise en charge est fondée sur des éléments de preuve autres que des données obtenues A le système Eurodac, elle est envoyée à l'État membre requis dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande de protection internationale au sens de l'article 20, paragraphe 2. / 3. Lorsque la requête aux fins de reprise en charge n'est pas formulée dans les délais fixés au paragraphe 2, c'est l'État membre auprès duquel la nouvelle demande est introduite qui est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. / 4. Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la demande de reprise en charge de M. B A les autorités maltaises a été formulée dès le 30 décembre 2022 A le réseau de communication " DubliNet ", qui permet des échanges d'informations fiables entre les autorités des États membres de l'Union européenne qui traitent les demandes d'asile. Le préfet d'Ille-et-Vilaine produit pour en justifier la copie d'un courrier électronique en date du 30 décembre 2022 qui constitue la réponse automatique du point d'accès national français, document comportant la référence " FRDUB29930656226-350 " qui correspond au numéro de dossier attribué à M. B. En outre, le préfet produit la copie du constat d'accord du 4 janvier 2023 adressé A les autorités maltaises aux autorités françaises qui précise notamment les références Eurodac de l'intéressé, le motif de la demande de reprise en charge, soit l'article 18-1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le fondement de l'accord, soit l'article 18-1 c) du même règlement. La demande de reprise en charge a ainsi été adressée aux autorités maltaises le 30 décembre 2022, soit moins de deux mois après réception du résultat positif Eurodac le 29 novembre 2022, conformément aux dispositions précitées de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. A suite, le requérant ne saurait sérieusement soutenir que le délai de saisine des autorités maltaises aurait débuté dès sa demande de rendez-vous en vue de déposer un dossier d'asile, d'autant qu'en tout état de cause, il n'établit pas la date à laquelle ce rendez-vous a été sollicité, date qui ne saurait être antérieure à son arrivée sur le territoire français, le 17 novembre 2022. Le moyen tiré du vice de procédure découlant du défaut de saisine des autorités maltaises dans les délais impartis manque en fait et doit, A suite, être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée A un ressortissant de pays tiers ou A un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée A un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". L'application de ces critères peut toutefois être écartée en vertu de l'article 17 du même règlement, aux termes duquel : " 1. A dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée A un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Il résulte de ces dispositions que si le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 prévoit en principe qu'une demande d'asile est examinée A un seul État membre et que cet État est déterminé A application des critères fixés A son chapitre III, dans l'ordre énoncé A ce chapitre, l'application des critères d'examen des demandes d'asile est toutefois écartée en cas de mise en œuvre, soit de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement A un État membre, soit de la clause humanitaire définie A le paragraphe 2 de ce même article 17 du règlement. Cette faculté laissée à chaque État membre A l'article 17 de ce règlement est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

11. Les articles 3 et 17 du règlement du 26 juin 2013 doivent être appliqués dans le respect des droits garantis A la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsqu'un État membre a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur d'asile et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, A tout moyen, la preuve contraire.

12. Malte est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété A le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux. Il appartient à l'administration d'apprécier dans chaque cas, au vu des pièces qui lui sont soumises et sous le contrôle du juge, si les conditions dans lesquelles un dossier particulier est traité A les autorités maltaises répondent à l'ensemble des garanties exigées A le respect du droit d'asile.

13. M. B soutient qu'il ne peut être transférée à Malte car les migrants font régulièrement l'objet dans ce pays de traitements inhumains et dégradants, dont il peut témoigner au regard des conditions d'accueil épouvantables dans lesquelles il a vécu lorsqu'il a été placé en 2021 en centre de rétention administrative à Malte. Or, à l'appui de ses allégations selon lesquelles les conditions d'accueil des demandeurs d'asile souffriraient de défaillances systémiques, M. B se borne à faire valoir de manière générale les conditions d'accueil des migrants à Malte, sans apporter aucun élément précis et circonstancié, ni produire aucune pièce, relative notamment au traitement de sa propre demande d'asile. Il suit de là que M. B n'établit pas que les conditions dans lesquelles son dossier sera ou a été traité A les autorités maltaises ne répondraient pas à l'ensemble des garanties exigées A le respect du droit international. M. B expose enfin, que la demande d'asile qu'il a formée à Malte a été rejetée et que son transfert vers ce pays pourrait avoir pour conséquence une reconduite vers son pays d'origine, la Somalie, où il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants dès lors qu'y règne une violence généralisée d'intensité exceptionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les autorités maltaises ont accepté de reprendre en charge le requérant sur le fondement de l'article 18. 1 c) du règlement européen du 26 juin 2013 relatif à la situation du ressortissant d'un pays tiers qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre. La reprise en charge n'est ainsi pas acceptée A Malte sur le fondement de l'article 18. 1 d) de ce règlement relatif à la situation du ressortissant d'un pays tiers dont la demande d'asile a été rejetée. En tout état de cause, M. B ne soutient pas, ni même n'allègue, que les autorités maltaises auraient, en conséquence de la décision de rejet de sa demande d'asile, prononcé à son encontre une mesure d'éloignement vers son pays d'origine, ni qu'il aurait épuisé tous les recours contre les décisions prises A les autorités maltaises. Il n'est pas davantage établi que les autorités maltaises n'évalueront pas les risques invoqués en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le risque allégué A " ricochet " de renvoi vers la Somalie n'est, en l'état du dossier, aucunement caractérisé. Au vu de l'ensemble de ces éléments, et en l'absence de risque avéré de mauvais traitements en cas de remise aux autorités maltaises, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de transfert méconnaît les interdictions formulées à l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, M. B ne démontre pas que sa situation personnelle justifiait que le préfet d'Ille-et-Vilaine décide, à titre dérogatoire, que sa demande d'asile soit examinée A les autorités françaises. A suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a ni méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni commis une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 A lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de le transférer aux autorités maltaises doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de l'article L. 751-2 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre État en application de l'article L. 621-1 () ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables ". Il résulte de ces dispositions que le préfet peut prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre d'un étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile et qui présente des garanties propres à prévenir le risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement.

16. La décision portant assignation à résidence de M. B vise, notamment, les règlements n° 603/2013 et n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil et l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Cette décision mentionne également que l'intéressé a fait l'objet d'une décision de transfert vers Malte, État désigné comme responsable de l'examen de sa demande d'asile, que les autorités maltaises ont donné leur accord pour sa reprise en charge et que l'exécution de cette mesure demeure une perspective raisonnable. A suite, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions précitées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. En second lieu, ainsi qu'il vient d'être exposé, la décision prononçant le transfert de M. B aux autorités maltaises n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué au soutien des conclusions en annulation de la décision portant assignation à résidence, doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'assignation à résidence dont il fait l'objet.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, A suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La magistrate désignée,

signé

L. C La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous huissiers commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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