jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, M. D A, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et l'a astreint à remettre l'original de son passeport contre un récépissé de remise et à se présenter deux fois par semaine, le mardi et le jeudi à 10 heures, au commissariat de Lorient afin d'y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ ;
3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui restituer ses documents de voyage et de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- la décision de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison des irrégularités entachant l'avis médical rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne se trouvait pas en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle ne prend pas en compte sa situation familiale ;
- elles méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles des articles 1er et 33 de la convention de Genève ;
- la décision l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Lorient est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire entachée d'illégalité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme René a été entendus au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 30 décembre 1989, est entré irrégulièrement en France le 6 décembre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 27 janvier 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 31 mai 2021. Le 30 octobre 2020, l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Le préfet du Morbihan lui a délivré un titre de séjour valable du 2 novembre 2021 au 1er novembre 2022. Le 21 octobre 2022, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 mars 2023 dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être le cas échéant éloigné et l'a astreint à remettre l'original de son passeport contre un récépissé de remise et à se présenter deux fois par semaine, le mardi et le jeudi à 10 heures, au commissariat de Lorient afin d'y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions comprises dans l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, Mme B C, attachée d'administration, affectée au bureau des étrangers et de la nationalité, placée sous l'autorité du directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Morbihan, a reçu, par arrêté préfectoral du 29 août 2022, régulièrement publié, délégation de signature du préfet du Morbihan aux fins de signer les décisions contestées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des décisions attaquées qu'elles comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, y compris s'agissant de sa situation personnelle en France et de son état de santé. Elles répondent ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisamment motivé de ces décisions doit être écarté.
4. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation des décisions attaquées, que le préfet du Morbihan a procédé à un examen suffisamment approfondi de la situation personnelle de M. A. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R.425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". En outre, il est prévu à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions, d'une part, que l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) " mentionne les éléments de procédure " et, d'autre part, qu'il est émis " conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté ". Enfin, selon le premier alinéa de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale () sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces produites par le préfet du Morbihan en défense, que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, composé de trois médecins, s'est prononcé par un avis du 2 février 2023 sur la demande de M. A et disposait d'un rapport rédigé le 27 janvier 2023 par un quatrième médecin qui n'a pas siégé au sein du collège. Il ressort des pièces du dossier que cet avis, signé par les trois médecins composant le collège, a été rendu après la délibération de ce collège. Si M. A soutient que l'avis n'a pas été recueilli de manière collégiale, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la procédure n'a pas respecté les modalités prévues par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des arrêtés 27 décembre 2016 et du 5 janvier 2017 qu'il invoque. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière en raison des vices relatifs à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.
7. En deuxième lieu, pour l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Reprenant le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le préfet du Morbihan s'est fondé, pour rejeter la demande de titre de séjour déposée par M. A, sur le motif que son état de santé nécessitait une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé, le requérant se prévaut d'un problème de santé lié à son fémur, dû à une chute survenue lors de son adolescence. Toutefois, s'il ressort des documents médicaux produits, dont le plus récent est un certificat médical datant du 4 mai 2023, qu'il souffre d'une pathologie de la hanche gauche pour laquelle il a subi en octobre 2021, en France, une ostéotomie fémorale et qui nécessite un nouvel avis chirurgical en raison de l'importante gêne qu'il ressent à la suite de cette intervention, ainsi que d'une pathologie de l'oreille pour laquelle une autre intervention chirurgicale est prévue à la fin du mois de juin 2023, ces documents n'établissent pas pour autant que le défaut de prise en charge des problèmes de santé dont souffre M. A pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, à supposer même qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Guinée, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France et de la circonstance qu'il ne s'y trouverait pas isolé. Toutefois, alors que son entrée en France le 6 décembre 2018 était encore relativement récente à la date de la décision attaquée, les pièces qu'il produit, notamment les bulletins de paie pour des missions d'intérim couvrant la période allant des mois de mai 2022 à mars 2023 et les quelques attestations de collègues qu'il produit, ne sont pas suffisantes pour démontrer qu'il disposerait d'attaches personnelles, familiales ou professionnelles telles que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui portant refus de titre de séjour du 24 mars 2023.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, l'illégalité de la décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire devrait être annulée en raison de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
14. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, qui souligne notamment que M. A ne remplit pas les conditions pour obtenir une carte de séjour et qu'en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut, dans cette situation, obliger l'étranger à quitter le territoire français, que le préfet du Morbihan ne s'est pas cru en situation de compétence liée pour décider d'obliger M. A à quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.
15. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
16. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance par la décision obligeant M. A de quitter le territoire français des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision doivent, de même, être écartés par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 du présent jugement.
17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation lui portant obligation de quitter le territoire français du 24 mars 2023.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
18. Le requérant ne développant aucun argument spécifique aux moyens qu'il soulève tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont serait entachée la décision fixant le pays de destination qu'il attaque, ces moyens doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 du présent jugement.
19. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
20. En se bornant à soutenir de manière non circonstanciée et sans apporter de justifications à l'appui de ses allégations selon lesquelles il aurait quitté son pays d'origine à la suite de persécutions graves dont il était victime en raison notamment de ses opinions politiques, M. A, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine et méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.
21. Enfin, l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ".
22. En l'espèce, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'article 1er de la convention de Genève qui se borne à définir le terme de " réfugié " au sens de cette convention. De mêmes, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-refoulement des réfugiés énoncé à l'article 33 de la convention de Genève est inopérant dès lors que M. A ne s'était pas vu reconnaître, à la date de la décision attaquée, la qualité de réfugié.
23. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 mars 2023 fixant le pays à destination duquel il pourra être le cas échéant éloigné.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de remise du passeport et de présentation au commissariat de police :
24. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Aux termes de l'article L. 721-8 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". S'agissant de la nécessité pour l'autorité administrative d'imposer une obligation de présentation sur le fondement des article L. 721-7 et L 721-8, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation tant dans sa décision de recourir à cette mesure que dans le choix des modalités de celle-ci.
25. En premier lieu, l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que les décisions l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Lorient devraient être annulées en raison de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
26. En second lieu, si M. A fait valoir qu'il ne représente aucun risque de fuite dès lors qu'il dispose de toutes ses attaches dans le Morbihan où il réside depuis plusieurs années, il ne démontre pas par ces seules allégations qu'en décidant de l'obliger à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Lorient à 10 heures, le préfet du Morbihan aurait entaché sa décision, qui n'est pas stéréotypée, d'une erreur manifeste d'appréciation, tant sur le principe que sur les modalités de cette mesure. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces décisions auraient porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale et méconnu, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
27. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 24 mars 2023 lui faisant obligation de remise de son passeport et de présentation au commissariat de police.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées dans leur ensemble.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
29. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. A à fin d'annulation des décisions attaquées, ne nécessite aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par le requérant aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
Mme Plumerault, première conseillère.
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
C. Radureau
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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