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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302569

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302569

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302569
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHENEVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, M. B A, représenté par Me Cheneval, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet de la zone de défense et de sécurité ouest du 3 avril 2023 portant refus de mise en disponibilité pour convenances personnelles ;

2°) d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité ouest de procéder au réexamen de sa demande de mise en disponibilité pour convenances personnelles avant le 1er juin 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et professionnelle ; il doit prendre ses fonctions de directeur de la sûreté et de la sécurité au sein du FC Nantes le 1er juin 2023 ; son futur employeur recrutera rapidement une autre personne, s'il ne peut honorer sa promesse d'embauche ; il perdra donc, définitivement, toute possibilité de réaliser son projet professionnel, alors même qu'il ne peut plus exercer les fonctions qui sont les siennes, au sein du service de renseignement régional territorial des Pays de la Loire ; il est spécialisé dans le suivi et l'anticipation des violences dans le sport, notamment le hooliganisme dans le milieu du football ; son identité a été révélée dans la presse, à l'occasion de son recrutement, et il ne peut donc plus exercer les missions qui sont les siennes ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle est entachée d'incompétence ;

* elle est entachée d'un vice de forme, la signature de l'acte étant illisible ;

* elle est entachée d'un second vice de forme, en tant qu'elle n'est pas motivée en droit, outre que l'autorité préfectorale s'est bornée à faire référence à l'avis de la référente-déontologue, lequel n'a pas été annexé à la décision et sans se l'approprier ;

* elle procède d'un refus de cumul d'activités, alors que l'autorité préfectorale était saisie d'une demande de mise en disponibilité pour convenances personnelles ;

* elle est entachée d'un vice de procédure : il appartenait à l'autorité de saisir la haute autorité pour la transparence de la vie publique, en application des dispositions de l'article L. 124-4 du code général de la fonction publique ; le non-respect de cette procédure entache la décision d'illégalité ; au demeurant, il n'a jamais eu connaissance de l'avis de la référente-déontologue, et ne peut pas vérifier la qualité de l'intéressée ; il n'est pas établi que cet avis n'a pas permis de lever les doutes existants ;

* la demande de mise en disponibilité ne comporte qu'un résumé des missions qui lui auraient été confiées par le FC Nantes et l'autorité préfectorale aurait dû lui demander des informations complémentaires ;

* la décision est entachée d'erreur de droit : en application des dispositions de l'article L. 511-3 du code général de la fonction publique, hormis l'intérêt du service, qui n'est pas opposé, seul un avis de la haute autorité pour la transparence de la vie publique peut légalement fonder un refus de mise en disponibilité ;

* en tout état de cause, l'intérêt du service ne saurait être opposé ;

* l'avis défavorable de la référente-déontologue est basé sur des faits erronés ; il n'a, notamment, jamais été le correspondant auprès du FC Nantes pour la surveillance du hooliganisme ;

* il est également entaché d'erreur d'appréciation, en ce que n'est aucunement caractérisé un risque de prise illégale d'intérêt ;

* la décision procède d'un détournement de pouvoir : l'autorité préfectorale entend seulement apaiser les craintes manifestées par l'association nationale des supporteurs, dont la presse s'est fait l'écho, après qu'il a déposé sa demande de mise en disponibilité.

Vu :

- la requête au fond n° 2302568, enregistrée le 11 mai 2023 ;

- les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

4. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du préfet de la zone de défense et de sécurité ouest du 3 avril 2023 portant refus de mise en disponibilité pour convenances personnelles, M. A soutient qu'elle préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et professionnelle, dès lors qu'il doit prendre ses fonctions de directeur de la sûreté et de la sécurité au sein du FC Nantes le 1er juin 2023, que son futur employeur recrutera rapidement une autre personne, s'il ne peut honorer sa promesse d'embauche, et qu'il perdra donc, définitivement, toute possibilité de réaliser son projet professionnel, alors même qu'il ne peut plus exercer les fonctions qui sont les siennes, au sein du service de renseignement régional territorial des Pays de la Loire. Il expose, à cet égard, qu'il est spécialisé dans le suivi et l'anticipation des violences dans le sport, notamment le hooliganisme dans le milieu du football, mais que son identité a été révélée dans la presse, à l'occasion de son recrutement, de sorte qu'il ne peut plus exercer les missions qui sont les siennes.

5. Toutefois, à supposer même que le FC Nantes procède au recrutement d'un autre candidat pour occuper le poste de directeur de la sûreté et de la sécurité et que M. A perde effectivement définitivement cette opportunité professionnelle, l'intéressé n'établit pas que la décision en litige, qui ne le prive ni de son emploi, ni de ses responsabilités ni de son traitement actuels, affecte de manière suffisamment grave et significative sa situation professionnelle, personnelle et financière, aucun élément du dossier ne laissant supposer une perte de gains financiers attendus de ce recrutement et l'intéressé n'explicitant aucunement dans quelle mesure cet emploi s'inscrirait dans un projet professionnel en cours. Si, par ailleurs, M. A expose que la révélation de son identité fait obstacle à ce qu'il continue dorénavant d'occuper les fonctions qui sont les siennes au sein du service de renseignement régional territorial des Pays de la Loire, il ne peut qu'être constaté que cet état de fait n'est aucunement lié à la décision en litige ni à son exécution, mais à la seule existence d'un article de presse, à laquelle l'autorité préfectorale est étrangère et dont l'intéressé n'établit d'ailleurs pas qu'elle a rendu son travail plus compliqué, depuis sa parution, le 29 mars 2023. Au demeurant, il n'est pas établi, ni même allégué, que M. A ne pourrait être affecté sur le suivi d'autres problématiques sécuritaires, alors même qu'il indique dans ses écritures être également spécialisé dans le traitement de l'ultra-droite et des dérives urbaines. Il s'ensuit qu'en l'état des pièces du dossier et de l'argumentation de M. A, la condition tenant à l'urgence, prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la décision du préfet de la zone de défense et de sécurité ouest du 3 avril 2023, portant refus de mise en disponibilité pour convenances personnelles, doivent être rejetées, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la zone de défense et de sécurité ouest.

Fait à Rennes, le 15 mai 2023.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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