jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302814 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | DAHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 et 26 mai 2023, M. A D, représenté par Me Dahi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 23 mai 2023 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
4°) de mettre à la charge du préfet d'Ille-et-Vilaine le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise par une personne incompétente ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard du droit d'être entendu qu'il tient des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise par une personne incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle a été prise par une personne incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision l'assignant à résidence est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 25 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les observations de Me Dahi, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle produit une pièce complémentaire, à savoir une attestation de son fils ;
- les explications de M. D, assisté d'un interprète ;
- et les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant azerbaïdjanais né le 7 août 1966, est selon ses déclarations entré sur le territoire français en avril 2015. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 29 février 2016, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 février 2017. Sa demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 27 avril 2017. L'intéressé est retourné de manière volontaire en Azerbaïdjan le 9 novembre 2017. Il déclare être revenu en France en août 2021. Il a à nouveau sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée le 29 septembre 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mars 2023. Par deux arrêtés du 23 mai 2023 dont M. D demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à plusieurs décisions attaquées :
3. Mme E B, adjointe au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, placée sous l'autorité de la directrice des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu, par arrêté préfectoral du 23 mars 2023, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions attaquées, expressément visées au b) de l'article 1er de cet arrêté. Il n'est pas établi ni même allégué qu'à la date du 23 mai 2023 à laquelle l'arrêté contesté a été signé, le chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière n'aurait pas été absent ou empêché et qu'ainsi Mme B n'aurait pas eu compétence pour signer les arrêtés attaqués, en application de la délégation qui lui a été directement consentie par le préfet d'Ille-et-Vilaine. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ressort des dispositions désormais codifiées à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, imposant de façon générale le respect d'une procédure contradictoire et préalable aux décisions individuelles soumises à l'exigence de motivation, ne peut être utilement invoqué à l'encontre d'une telle mesure d'éloignement.
5. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
6. Si lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit national de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, le préfet doit être regardé comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 23 mai 2023 produit en défense que M. D a été clairement informé de la possibilité d'être éloigné de France et a été explicitement invité à faire valoir ses observations et à indiquer les éléments de sa situation personnelle qu'il souhaitait porter à la connaissance de l'autorité préfectorale. Le moyen tiré de ce que son droit d'être entendu aurait été méconnu ne peut qu'être rejeté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
8. Il ressort du compte-rendu d'hospitalisation produit par M. D que ce dernier, qui invoque des problèmes psychologiques, a fait une tentative de suicide le 26 novembre 2022, à la suite de laquelle il a été hospitalisé au service de chirurgie hépatobiliaire et digestive du centre hospitalier universitaire de Rennes du 27 au 28 novembre 2022. Toutefois, en se bornant à produire à l'audience une attestation établie par son fils le 26 mai 2023 faisant état de la persistance des troubles psychologiques dont souffrirait M. D, le requérant ne démontre pas, notamment par la production de documents médicaux récents relatifs à son état de santé et au suivi médical dont il bénéficierait depuis son hospitalisation, qu'à la date de la décision attaquée, son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
10. Si M. D, qui déclare être entré en France pour la première fois en 2015, puis être reparti en Azerbaïdjan entre 2017 et 2021 avant de revenir en France avec son épouse en août 2021, fait valoir qu'il possède toutes ses attaches sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que son épouse est également en situation irrégulière, de sorte qu'elle n'a pas vocation à rester en France. La présence de son fils majeur en situation régulière et de son petit-fils n'est en outre pas suffisante pour établir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. D n'invoquant par ailleurs aucun autre lien personnel, familial ou professionnel en France et qu'il a déclaré lors de son audition du 23 mai 2023 que sa mère et son frère résidaient en Azerbaïdjan. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 mai 2023 l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis le rejet de sa demande d'asile, a clairement déclaré son refus de retourner en Azerbaïdjan lors de son audition le 23 mai 2023. Par suite, et alors même que l'intéressé est hébergé chez son fils de manière stable, qu'il a remis sa carte d'identité à la direction zonale de la police aux frontières de la zone Ouest à Rennes et qu'il n'a auparavant jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer qu'il existait un risque que M. D se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et, dans ces conditions, ne pas assortir cette mesure d'un délai de départ volontaire.
15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 23 mai 2023 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, dès lors que M. D ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021, dont la teneur était antérieurement codifiée à l'article L. 513-2 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. D ne démontre pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. D'autre part, le requérant se prévaut des risques pour sa sécurité et de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Azerbaïdjan compte tenu de son appartenance et de celui de son épouse au parti politique d'opposition Front populaire d'Azerbaïdjan. Il produit à cet égard plusieurs documents tendant à démontrer son appartenance à ce parti politique d'opposition et les persécutions qu'il aurait subies dans son pays d'origine. Toutefois, alors que M. D a admis lors de l'audience que les pièces produites à l'appui de sa requête sont celles qui ont également été produites devant la Cour nationale du droit d'asile au cours de l'instance relative à sa dernière demande de réexamen de sa demande d'asile, il ressort de la décision de rejet de sa demande rendue par la Cour nationale du droit d'asile le 6 mars 2023 que la cour a considéré que ces documents, dont l'authenticité n'était pas établie, dont M. D n'avait pas suffisamment justifié des circonstances d'obtention ou, pour certains d'entre eux, qui comportaient des éléments contradictoires par rapport aux déclarations de l'intéressé, étaient dépourvus de force probante. Or l'intéressé n'a ni dans sa requête ni lors de l'audience apporté davantage de précisions quant à l'obtention de ces documents et aux circonstances de leur élaboration. De même, alors que la Cour nationale du droit d'asile a considéré qu'il n'avait pas apporté d'explications substantielles et concluantes sur l'ensemble des faits qu'il avait exposés, il n'en a pas davantage apporté dans la précédente instance. Dans ces conditions, et alors que sa demande d'asile et ses demandes de réexamen ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces des dossiers que M. D risquerait d'être soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Azerbaïdjan. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance par la décision fixant le pays de destination attaquée des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
19. Par ailleurs, à supposer que le requérant ait entendu soulever un tel moyen, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet d'Ille-et-Vilaine se serait cru en situation de compétence liée au regard de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 6 mars 2023.
20. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 mai 2023 fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
21. En premier lieu, dès lors que M. D ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
23. L'arrêté litigieux, qui n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire, écarte les circonstances humanitaires permettant de ne pas prononcer d'interdiction de retour dans une telle hypothèse et fixe à un an la durée de cette interdiction. M. D n'établit aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction, de sorte qu'il appartenait au préfet d'assortir sa décision d'obligation à quitter le territoire français d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. De plus, ainsi que le relève le préfet dans la décision attaquée, le requérant est entré récemment pour la dernière fois sur le territoire français, la durée de sa présence s'expliquant par l'examen de ses demandes d'asile et de réexamen, il ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens avec la France, il ne justifie pas d'autres liens familiaux et personnels en France hormis son épouse qui est également en situation irrégulière et son fils majeur, ces liens ne sont pas exclusifs de ceux qu'il conserve dans son pays d'origine, sa présence ne constitue pas une menace d'ordre public et il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait, de sorte que la durée d'un an d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
24. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 23 mai 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
25. Dès lors que le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que la décision l'assignant à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.
26. Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
27. Il ressort des pièces du dossier que M. D se trouve dans le cas où le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait décider son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable et que, justifiant d'une adresse de domiciliation chez son fils, il présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustrait à l'exécution de cette mesure justifiant d'une adresse de domiciliation, il présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'exécution de cette mesure. Il n'est, par ailleurs, ni soutenu, ni allégué que les mesures de surveillance qui lui sont imposées, qui lui font notamment obligation de se présenter les mardis et jeudis non fériés et non chômés, à 17 heures, à la direction zonale de la police aux frontières à Saint-Jacques-de-la-Lande, de demeurer à son domicile entre 18 et 21 heures chaque jour sauf à justifier d'une difficulté particulière faisant obstacle respect de cette sujétion et de sortir du périmètre de la commune de Rennes sans autorisation préalable des services préfectoraux, seraient disproportionnées. Au demeurant, il ne fait état d'aucune circonstance l'empêchant de satisfaire aux obligations qui lui sont ainsi faites. Par suite, l'arrêté préfectoral l'assignant à résidence, qui constitue une mesure alternative au placement en rétention, ne peut être regardé comme disproportionné par rapport au but poursuivi. Il s'ensuit que M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet aurait, par ces mesures, commis une erreur manifeste d'appréciation.
28. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2023 l'assignant à résidence.
29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
30. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. René La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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