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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302931

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302931

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAONY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2023, Mme B A, représentée par

Me Maony, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à tout le moins, de procéder à un réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de

retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- elle est insuffisamment motivée et ne procède pas à un examen de sa situation personnelle ;

- le préfet du Finistère a méconnu les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle vit en France, avec ses trois enfants, de manière continue depuis 2018 et qu'elle y a ses principaux liens familiaux ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de titre de séjour étant illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français se trouve en conséquence privée de base légale ;

- la décision contestée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ou à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de son excellente intégration sur le territoire français où ses filles sont désormais scolarisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Thalabard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 7 novembre 1984 à Mostaganem (Algérie), est entrée en France, selon ses déclarations, le 22 juin 2018, sous couvert d'un passeport algérien revêtu d'un visa de court séjour valable du 3 juin 2018 au

29 novembre 2018. Elle était alors accompagnée de ses deux filles, nées en 2012 et en 2013, et a donné naissance le 26 juillet 2018 à Brest à sa troisième fille. Si elle a entrepris de régulariser sa situation peu après son arrivée sur le territoire français, le préfet du Finistère a, par un arrêté du

16 janvier 2020, refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français. Mme A s'est néanmoins maintenue sur le territoire français et a sollicité une nouvelle fois, le 4 août 2022, son admission au séjour sur le fondement du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

2. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet a rejeté la demande de Mme A de délivrance d'un certificat de résidence, qui cite les textes applicables et fait état d'éléments de fait propres à sa situation, notamment à sa situation personnelle et familiale, énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles son auteur a entendu se fonder. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A au regard de son droit au séjour avant de prendre cette décision.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ".

5. Mme A expose avoir quitté l'Algérie pour fuir les violences de son époux, dont elle est désormais divorcée. Elle fait valoir qu'elle réside en France de manière continue depuis l'été 2018 et que le centre de ses intérêts privés s'y situe désormais. Toutefois, la seule présence en France de plusieurs membres de sa famille et notamment de sa sœur, chez laquelle elle réside, et la scolarisation de ses filles ne sauraient suffire à justifier de son intégration dans la société française. Les attestations de ses voisins, ainsi que les documents faisant état de sa participation ponctuelle à certaines activités du Secours Populaire ne permettent pas davantage d'établir l'assimilation exceptionnelle dont elle entend se prévaloir. Si la requérante justifie du décès de plusieurs de ses proches en Algérie, elle n'allègue pas être dépourvue de tout lien familial ou amical dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Au regard de ces éléments et du caractère encore récent de son arrivée sur le territoire français, la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de délivrer un certificat de résidence à Mme A n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le préfet n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision portant refus de lui délivrer un certificat de résidence doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, et ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence à Mme A n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Toutefois, la décision contestée obligeant Mme A à quitter le territoire français n'implique pas, par elle-même, une séparation de la requérante et de ses filles, ou une mise en péril de la scolarité et des apprentissages de ces dernières, dès lors qu'elles pourront poursuivre leur scolarité en Algérie. Au demeurant, la requérante ne justifie d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que sa cellule familiale soit transférée hors de France, le père de ses filles résidant, par ailleurs, toujours en Algérie, sans qu'il ne soit justifié qu'il aurait renoncé à toutes relations avec ses enfants. En conséquence, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Finistère n'aurait pas tenu compte de l'intérêt supérieur de ses enfants, au sens des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ou encore, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 décembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral contesté, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Thalabard, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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