vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2023, Mme A C, représentée par Me Salin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 8 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et décidant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année ;
2°) d'annuler en conséquence l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 8 juin 2023 l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours à Rennes ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet et approfondi de sa situation personnelle et d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Radureau, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Radureau ;
- les observations de Me Salin, représentant Mme C qui invoque un nouveau moyen tiré de ce que le refus d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant et insiste sur la bonne intégration de la requérante et de sa famille, ses efforts pour maîtriser le français et le parcours scolaire de ses deux enfants qui doivent pouvoir poursuivre leurs études en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante géorgienne née le 15 avril 1980, est entrée, selon ses déclarations, avec son mari et ses enfants sur le territoire français le 24 septembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 18 novembre 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 février 2020. Par un arrêté du 30 décembre 2019, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Sa requête contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 11 février 2020. Mme C s'est maintenue de manière irrégulière sur le territoire français. Par deux nouveaux arrêtés du 8 juin 2023 dont la requérante demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Mme D B, adjointe au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, placée sous l'autorité de la directrice des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu, par arrêté préfectoral du 23 mars 2023, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions attaquées, expressément visées au b) de l'article 1er de cet arrêté. Il n'est pas établi ni même allégué qu'à la date du 23 mai 2023 à laquelle l'arrêté contesté a été signé, le chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière n'aurait pas été absent ou empêché et qu'ainsi Mme B n'aurait pas eu compétence pour signer les arrêtés attaqués, en application de la délégation qui lui a été directement consentie par le préfet d'Ille-et-Vilaine. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et assignation à résidence doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, y compris s'agissant de la situation familiale de Mme C. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Mme C se prévaut de la durée de sa présence en France avec son mari et ses deux enfants scolarisés, ainsi que de ses efforts d'insertion et produit différentes attestations concernant en particulier son apprentissage du français ou son engagement bénévole dans des associations. Toutefois la requérante ne réside en France que depuis moins de quatre ans et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire, comme son mari, depuis le rejet définitif de sa demande d'asile en 2020 sans chercher à régulariser sa situation. La circonstance que Mme C participe à des activités de bénévolat ou d'apprentissage du français, pour louable qu'elle soit, ne suffit pas à caractériser une intégration particulière en France, laquelle ne peut pas non plus résulter de la seule scolarisation de ses enfants nés en 2008 et 2016. Elle ne justifie pas de liens d'une particulière intensité sur le territoire ou d'attache familiale autre que son mari et ses deux enfants. Alors que M. C fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, la requérante n'apparaît pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine la Géorgie, où son troisième fils, devenu majeur, est retourné vivre en 2020. La décision attaquée n'a par ailleurs pas pour objet ni pour effet de séparer la requérante de son époux, ni de ses enfants et il n'est pas établi qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarisation ailleurs qu'en France. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que leur cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans un autre pays que la France, notamment en Géorgie où Mme C a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Si Mme C soutient que sa fille doit passer les épreuves du brevet des collèges et que son éloignement sans délai serait de nature à la priver de la possibilité d'achever ce cycle de formation sanctionné par ce diplôme, il n'est pas établi, à la date de l'audience, en l'absence d'éléments se rapportant à la mise en œuvre effective de la mesure d'éloignement, qu'elle ne serait pas en mesure de se présenter aux épreuves de cet examen. Dans ces conditions, la requérante ne démontre pas que la décision l'obligeant à quitter le territoire français attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas plus établi que la décision d'éloignement serait contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de ces articles doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
10. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme C, le préfet d'Ille-et-Vilaine a indiqué en quoi l'intéressée entrait dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code et il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'aurait pas pris en compte les éléments portés à sa connaissance concernant la situation de Mme C ou de sa famille, préalablement à l'édiction de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le préfet a ainsi pu légalement décidé de ne pas accorder de délai de départ volontaire à Mme C. Si Mme C soutient que sa fille pourrait ne pas pouvoir se présenter aux épreuves du brevet des collèges, prévues les lundi 26 et mardi 27 juin 2023, en l'absence de délai de départ volontaire, ce risque n'est pas établi à la date de l'audience en l'absence d'éléments se rapportant à la mise en œuvre effective de la mesure d'éloignement et n'est pas, en lui-même, de nature à établir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait, à la date à laquelle il a pris la décision contestée, méconnu l'intérêt supérieur de cet enfant. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021, dont la teneur était antérieurement codifiée à l'article L. 513-2 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Mme C soutient qu'elle a été contrainte de fuir la Géorgie en raison des craintes pour sa sécurité et des risques de violences auxquelles elle serait exposée en cas de retour de la part d'un homme appartenant à un groupe mafieux qui l'avait enlevée. Toutefois, les comptes rendus d'entretien à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides datés du 12 novembre 2019 que Mme C verse aux débats, qui comportent des imprécisions et contradictions, ne sont pas suffisants pour établir les risques invoqués et la requérante ne produit aucun autre élément de nature à justifier l'actualité de ces risques. Dans ces conditions, et alors que sa demande d'asile et celle de son époux ont été rejetées, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C risquerait d'être soumise à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance par la décision fixant le pays de destination attaquée des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision fixant le pays de destination attaquée serait contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants protégés en méconnaissance du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
15. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
17. D'une part, aucun des moyens présentés à l'appui des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision obligeant M. C à quitter le territoire français, n'est de nature à justifier l'annulation de cette décision. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence d'une telle annulation ne peut qu'être écarté.
18. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
19. L'arrêté litigieux, qui n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire, écarte les circonstances humanitaires permettant de ne pas prononcer d'interdiction de retour dans une telle hypothèse et fixe à un an la durée de cette interdiction. Mme C n'établit aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction. La décision attaquée précise que la requérante est entrée récemment sur le territoire français, ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens avec la France, hormis ou d'autres liens familiaux et personnels en France hormis son épouse et ses deux enfants, que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle s'est soustraite, de sorte que la durée d'un an d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
20. Mme C n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
21. Mme C n'a présenté aucun moyen dirigé contre la décision l'assignant à résidence.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 8 juin 2023 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le magistrat désigné,
signé
C. RadureauLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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