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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303360

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303360

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2023, Mme B A, représentée par la SCP Cherrier Bodineau, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de produire la liste des pièces manquantes pour traiter utilement son dossier de retraite et valider ainsi la totalité des périodes travaillées, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Pabu de communiquer sans délai à la CNRACL l'ensemble des documents sollicités sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la CNRACL le versement d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- par décision du 6 février 2023, la CNRACL a rejeté sa demande de validation de périodes durant laquelle elle n'était pas titulaire au titre de sa retraite au motif que son dossier demeurait incomplet ;

- elle a formé contre cette décision un recours gracieux réceptionné par la CNRACL le 21 février suivant auquel aucune réponse n'a été apportée ;

- ne pouvant subir les conséquence d'un défaut de réponse de la part de son employeur concerné, la commune de Saint-Pabu, elle est fondée à obtenir qu'il soit enjoint à la CNRACL de produire la liste des pièces manquantes et à cette commune de communiquer lesdites pièces à la CNRACL ;

- ces mesures sont urgentes et nécessaires afin qu'elle puisse faire valoir ses droits à la retraite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, la commune de Saint-Pabu, représentée par la société d'avocats Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, d'une part faute pour Mme A d'exposer en quoi sa situation remplirait la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'autre part en raison du caractère subsidiaire du " référé mesure utile " régi par cet article, interdisant au juge des référés de prescrire sur son fondement des mesures qui lui sont demandées et dont les effets pourraient être obtenus par les procédures régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, ce qui est le cas en l'espèce puisque la requérante entend contester le refus qu'a opposé la CNRACL à sa demande de validation de la période au cours de laquelle elle n'était pas titulaire, ce qu'elle a la possibilité de faire par la voie d'un recours en annulation le cas échéant doublé d'une requête en référé suspension ;

- à titre subsidiaire, d'une part, les conclusions à fin d'injonction dirigées contre la commune ne présentent pas de caractère utile faute de précision concernant les documents sollicité à produire ; d'autre part, elles sont infondées car le délai de deux ans à compter de la notification de la titularisation fixé par l'article 50 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 pour demander la validation des périodes effectuées en qualité d'agent non titulaire est échu de longue date concernant Mme A puisqu'elle a été titularisée le 1er septembre 2007.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, la Caisse des dépôts et consignations, gestionnaire de la CNRACL, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le caractère d'urgence des mesures d'injonction sollicitées, en lien avec la liquidation de la future pension de retraite de la requérante, n'est pas avéré, sachant qu'en l'état actuel de la réglementation fixée par l'article L. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite, l'âge légal de départ à la retraite de l'intéressée, née le 17 janvier 1964, et donc âgée de 59 ans, est fixé à 62 ans, et que la CNRACL n'a liquidé à ce jour aucune pension de retraite en sa faveur ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus opposée le 6 février 2023 à la requérante par la CNRACL quand bien même la demande de validation de ses services accomplis en tant qu'agent non titulaire antérieurement au 1er septembre 2007 a été déposée dès le 26 novembre de la même année.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vennéguès, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2023 :

- le rapport de M. Vennéguès,

- et les observations de Me Moreau-Verger, représentant la commune de Saint Pabu, qui reprend les termes de ses écritures.

Mme A et la caisse des dépôts et consignations n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 521-2 : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Enfin, selon son article L. 521-3 : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de ces dernières dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

2. D'une part, Mme A se borne à exciper de l'utilité des injonctions sollicitées et à affirmer sans autre précision leur caractère d'urgence alors qu'elle est âgée de 59 ans, qu'elle n'établit pas être en droit de faire valoir ses droits à la retraite avant l'âge légal actuellement fixé à 62 ans et qu'il est constant que la CNRACL n'a liquidé à ce jour aucune pension de retraite la concernant.

3. D'autre part, selon les termes mêmes de ses écritures et les pièces qu'elle produit, Mme A entend en réalité contester la légalité de la décision de refus que lui a opposé la CNRACL le 6 février 2023 et contre laquelle elle a d'ailleurs formé un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Les effets des mesures d'injonction demandées pourraient ainsi être obtenus, sous réserve d'en remplir les conditions, par la procédure de référé suspension susmentionnée. Par suite, en l'absence de péril grave, le juge des référés ne saurait faire obstacle à l'exécution du refus contesté par la requérante, dont les conclusions à fin d'injonction présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peuvent, dès lors, être accueillies.

Sur les conclusions présentées par Mme A au titre des dépens :

4. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

5. Mme A ne justifiant avoir exposé aucun dépens au sens de ces dispositions et étant partie perdante à la présente instance, ses conclusions au titre des dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

7. Mme A étant la partie perdante dans la présente instance en référé, ses conclusions fondées sur ces dispositions doivent être rejetées.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la commune de Saint-Pabu au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Pabu au titre des frais d'instance sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la Caisse des dépôts et consignations et à la commune de Saint-Pabu.

Fait à Rennes, le 2 août 2023.

Le juge des référés,

signé

P. VennéguèsLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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