mercredi 13 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303440 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Le Verger demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Manche, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'irrégularité en l'absence de production de l'avis médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- il est entaché d'une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er aout 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Pottier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante gabonaise née le 25 mars 1961 à Yaoundé, a déclaré être entrée en France le 24 juin 2019. Le 4 mai 2022, elle a sollicité son admission au séjour au titre des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 23 janvier 2023, le préfet de la Manche a pris à son encontre une décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi qu'une décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. Le préfet de la Manche ayant produit en cours d'instance l'avis rendu le 23 novembre 2022 par le collège de médecins de l'OFII, le moyen tiré de ce qu'à défaut d'une telle production, la décision refusant à Mme A un titre de séjour devrait être regardée comme entachée d'un vice de procédure ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit à " l'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
4. Pour l'application de ces dispositions, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. En l'espèce, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Manche s'est notamment fondé sur l'avis émis le 23 novembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII selon lequel l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. En se bornant à affirmer sans l'établir que le glaucome dont elle souffre ne pourrait être soigné au Gabon, Mme A ne conteste pas valablement l'appréciation portée d'abord par le collège de médecins de l'OFII, puis par le préfet de la Manche, selon laquelle elle peut bénéficier d'une prise en charge médicale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en estimant que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de la Manche n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 2 du présent jugement que Mme A n'établit pas que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. Il résulte en outre de ce qui a été dit précédemment que Mme A n'établit pas que le refus de titre de séjour serait entaché d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de ce refus à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
8. En se bornant à alléguer sans l'établir que le défaut de soins aurait pour elle des conséquences d'une particulière gravité et qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, Mme A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Enfin, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français attaquée serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, et au préfet de la Manche.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023 à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2023.
La rapporteure,
signé
F. PottierLe président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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