jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303455 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MAONY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023, M. B A, représenté par Me Maony, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 17 mai 2023 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer dans l'attente du jugement au fond une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision attaquée emporte des conséquences graves et immédiates sur sa situation personnelle ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;
* elle est entachée de défaut d'examen sérieux ;
* elle est entachée d'erreurs de fait relatives à sa date d'entrée en France et à la filiation de l'enfant de sa femme ;
* elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a inversé l'ordre d'examen des fondements des demandes d'admission exceptionnelle au séjour en appréciant en premier lieu la demande au titre de sa situation professionnelle ;
* elle est entachée d'une erreur de droit au regard de cet article dès lors que l'administration s'est cru liée par les critères fixées par la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur ;
* elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la décision du 11 janvier 2022 portant refus de renouvellement de son titre de séjour était illégale ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de cet article ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la légalité de la décision attaquée n'est pas entachée d'un doute sérieux dès lors que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- la requête au fond n° 2303454, enregistrée le 29 juin 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Blanchard, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juillet 2023 :
- le rapport de M. Blanchard,
- et les observations de Me Maony, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens.
Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais, est entré en France le 9 octobre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " salarié ", valable du 2 octobre 2020 au 2 octobre 2021. Il a demandé le 4 novembre 2021 le renouvellement de son titre de séjour. Par décision du 11 janvier 2022, le préfet du Finistère a refusé de procéder à ce renouvellement. M. A a sollicité, le 17 novembre 2022, une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ou, à titre subsidiaire, sur le fondement de la vie privée et familiale, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 17 mai 2023, le préfet du Finistère a refusé de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour établir l'existence au cas d'espèce d'une situation d'urgence, M. A soutient que le refus de renouveler son titre de séjour l'empêche de donner suite aux nombreuses promesses d'embauche reçues depuis l'expiration de son contrat de travail en intérim en qualité de chargé d'affaires auprès d'une banque. Il établit en outre qu'il a été présélectionné pour intégrer l'École supérieure de la banque et qu'il a reçu dans ce cadre une offre de contrat d'alternance de la part d'une banque française. Il se prévaut également de sa situation de famille, en faisant valoir que son épouse réside régulièrement en France, où se trouve également son fils mineur. La condition d'urgence doit dès lors être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " (). / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour () ".
6. M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est cru lié par les énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière. Il résulte des termes de la décision du 17 mai 2023 que l'administration, s'agissant de la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée par M. A, s'est bornée à relever que cette circulaire " prévoit que l'étranger doit faire valoir une présence effective sur le territoire de 3 ans " et que, en l'espèce, la durée de présence de M. A en France était " inférieure à la durée réglementaire ", pour en retenir que, pour ces seuls motifs, sa demande d'admission au titre du travail devait être rejetée. La décision attaquée ne fait pas état, par ailleurs, de ce que le préfet aurait analysé la demande de titre de séjour de l'intéressé, s'agissant de l'admission en qualité de salarié, au regard d'autres éléments que les seuls critères fixés par la circulaire précitée, en se livrant à une appréciation particulière de la situation du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet se serait cru en situation de compétence liée au regard de la circulaire du 28 novembre 2012 est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont satisfaites. Il y a par suite lieu de suspendre l'exécution de la décision du 17 mai 2023 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
8. Il résulte de ce qui précède que la suspension décidée implique que le préfet du Finistère réexamine dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet du Finistère du 17 mai 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'au jugement de l'instance n° 2303454.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de réexaminer dans un délai de quinze jours la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise au préfet du Finistère.
Fait à Rennes, le 20 juillet 2023.
Le juge des référés,
signé
A. BlanchardLa greffière d'audience,
signé
A. Bruezière
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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