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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2303781

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2303781

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2303781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023 M. B C, représenté par Me Rochard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 9 mars 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de sa fille mineure ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une autorisation de regroupement familial dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions au respect desquelles est subordonné le regroupement familial ;

- elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Une mise en demeure de produire des observations, dans un délai de trente jours, a été adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine le 3 novembre 2023.

Par une ordonnance du 22 décembre 2023, le président de la deuxième chambre du tribunal a fixé la clôture de l'instruction au 31 janvier 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- et les observations de Me Rochard, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1977, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 8 novembre 2019 et valable jusqu'au 7 novembre 2024 qu'il a obtenue en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne. Il a déposé le 24 avril 2022 une demande de regroupement familial en faveur de sa fille, A C, née le 24 février 2005, de nationalité tunisienne. Cette demande a été enregistrée le 8 septembre 2022 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. M. C ayant constaté l'absence de réponse explicite à cette demande et l'expiration du délai de six mois, prévu à l'article R. 434-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande au tribunal, par la requête visée ci-dessus, à titre principal, l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que si dans le courrier adressé par lettre recommandée avec avis de réception, et distribué le 12 mai 2023, le conseil de M. C fait état de ce qu'il a été mandaté par son client " afin de solliciter à titre principal l'annulation de cette décision de refus implicite et à titre subsidiaire les motifs d'un tel refus ", ce courrier ne comporte ensuite, aucune demande explicite de communication des motifs, mais se présente comme un recours gracieux tendant à ce que le préfet du Finistère prenne une décision explicite. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'absence de communication des motifs de la décision implicite attaquée entache cette dernière décision d'illégalité.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couverte d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". Aux termes de l'article L. 434-4 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision de justice étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille : / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ".

5. Si M. C fait valoir qu'il remplit l'ensemble des conditions prévues à l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précisées aux articles R. 434-4 et R. 434-5 du même code, il ne fait état d'aucun élément relatif à la mère de Mme A C alors qu'il ressort des pièces du dossier que celle-ci est de nationalité albanaise et n'est pas sa conjointe actuelle. Par suite, il n'établit pas que sa fille entre dans les prévisions des dispositions citées ci-dessus des articles L. 434-3 et L. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ne peut dès lors utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Cette absence d'information relative à la mère de Mme A C ne permet pas davantage au tribunal d'apprécier le bien-fondé des moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Rochard et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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