lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303930 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2023, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 du préfet de l'Orne fixant le pays de destination pour l'exécution d'un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Rennes du 9 juin 2022 prononçant une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations préalables ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Le préfet de l'Orne fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Etienvre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant colombien, est arrivé en France selon ses déclarations en 2016. À la suite d'une condamnation pénale accompagnée d'une interdiction du territoire français de cinq ans prononcée par le tribunal judiciaire de Rennes le 9 juin 2022, le préfet de l'Orne a pris un arrêté le 21 juillet 2023 fixant son pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le préfet de l'Orne a, par un arrêté du 12 décembre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce département, donné délégation de signature à M. A B, en sa qualité de directeur de la citoyenneté et de la légalité, aux fins de signer toute décision relevant des matières de son service et notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions dont il fait application, notamment des articles L. 711-1, L. 711-2, L. 721-3 à 5, R. 721-1 à 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique notamment que M. C s'est soustrait à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, rappelle l'ensemble de ses antécédents judiciaires et énonce que M. C ne justifie pas de la véracité de ses craintes quant à l'existence de risques de traitements inhumains ou dégradants en Colombie. Ainsi, l'arrêté litigieux, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Cette motivation et l'ensemble des énonciations de la décision permettent de vérifier que le préfet de l'Orne a procédé à un examen complet et approfondi de la situation de M. C. Le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de sa situation doit donc être également écarté.
4. En troisième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision.
5. Si M. C soutient que le préfet de l'Orne a méconnu le principe du respect des droits de la défense, le préfet justifie cependant qu'il a été informé le 21 juillet 2023 à 11h05 de la libération le jour même de l'intéressé. Par suite, cette situation d'urgence justifiait que le préfet n'ait pas mis à même M. C de présenter des observations sur la décision fixant le pays de renvoi qu'il envisageait de prendre avant l'édiction de celle-ci. Le moyen soulevé doit être dès lors écarté.
6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que si M. C se prévaut de risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine suite à des menaces de mort proférées par des paramilitaires à la suite de son service militaire, il n'en justifie pas. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle de M. C.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2023 du préfet de l'Orne fixant le pays de destination pour l'exécution d'un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Rennes du 9 juin 2022 prononçant une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. Etienvre
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Terras
La greffière d'audience,
signé
I. Loury
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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