vendredi 11 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | CABINET DGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2023, M. E B, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'au prononcé de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, au Préfet du Morbihan de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation de séjour durant cet examen ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;
- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant tenu par l'appréciation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
- la décision a été prise par une personne n'ayant pas compétence ;
- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision a été prise par une personne n'ayant pas compétence ;
- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il encourt des risques en cas de retour en Albanie.
Par mémoire, enregistré le 1er août 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade est tardive.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est un ressortissant albanais né en 1990 qui est entré régulièrement en France avec son épouse et leurs deux enfants, le 18 octobre 2022. Il a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 8 juin 2023. Le 29 juin suivant, le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :
3. Il résulte d'un arrêté du 29 août 2022 dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Morbihan a donné délégation à Mme A D, attachée d'administration au bureau de la nationalité et des étrangers, pour signer les décisions relevant de l'attribution de ce bureau en cas d'absence de ses supérieurs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce amplement l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait dès lors aux exigences de motivation.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et, en particulier des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet ne s'est aucunement cru tenu d'obliger le requérant à quitter le territoire français en raison du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, compte-tenu du caractère très récent de l'entrée en France du requérant et dans la mesure où son épouse fait l'objet également d'une mesure d'éloignement, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, aucune circonstance ne s'opposant à la reconstitution de la cellule familiale dans un autre pays. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.
S'agissant de la décision du préfet d'octroyer un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
10. Le préfet ayant, d'une part, cité cet article et, d'autre part, indiqué que M. B ne faisait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, il a satisfait aux exigences de motivation et cette motivation révèle qu'il a bien procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
11. En second lieu, M. B n'est pas fondé, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, en indiquant qu'en l'absence d'éléments contraires transmis par M. B à ceux recueillis auprès de l'OFPRA, il considérait que celui-ci n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a satisfait aux exigences de motivation et a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
13. En second lieu, en se bornant, sans produire le moindre document à l'appui de ses allégations, qu'il a subi en Albanie des persécutions causées par sa famille laquelle discriminait son premier enfant en raison de sa maladie, qu'il a fui son pays en raison de ces persécutions et qu'il ne peut pas se prévaloir de la protection des autorités de son pays, M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, ne justifie pas des craintes qu'il déclare éprouver en cas de retour en Albanie. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 1er de la convention de Genève doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en vigueur à la date du présent jugement : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
16. Pour les motifs exposés au point 13 et à défaut d'apporter une critique pertinente des motifs retenus par l'OFPRA pour rejeter sa demande d'asile, M. B ne présente pas, en l'état du dossier, d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen du recours qu'il entend former devant la Cour nationale du droit d'asile
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. CLa greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026