vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304590 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 août 2023, M. C A, représenté par Me Benveniste demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Morbihan du 17 juillet 2023 portant rejet de sa demande de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Tronel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle pour la présente procédure, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. Le préfet du Morbihan a donné délégation, selon arrêté du 29 août 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 31 août suivant, à Mme D B, adjointe au chef du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire des arrêtés attaqués, aux fins de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G, directeur de la citoyenneté et de la légalité, et de Mme F, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, notamment le refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant turc né en 1981 qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entré en France en janvier 2017. Ses demandes d'asile ont été définitivement rejetées le 18 janvier 2019. Il a bénéficié d'un titre de séjour pour motif médical du 18 décembre 2018 au 17 juin 2019, qui ne lui donnait pas vocation à demeurer en France. Il a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Morbihan du 9 janvier 2021 portant refus de lui délivrer un nouveau titre de séjour pour motif médical et obligation de quitter le territoire français devenu définitif. Si son épouse et ses deux enfants nés en 2005 et 2008, de nationalité turque, résident en France, son épouse a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 9 juin 2021 et séjourne irrégulièrement en France. Rien dans les pièces du dossier ne permet d'établir que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Turquie où M. A n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale. M. A, qui n'a pas sollicité de titre de séjour pour motif médical, n'établit pas, par les pièces qu'il verse à l'instance, que les soins que nécessite son état de santé ne peuvent pas être prodigués en Turquie. Dans ces conditions et en dépit des efforts d'intégration de M. A résultant des attestations produites et de la présence régulière en France de son frère, le refus d'autoriser le séjour du requérant n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier au respect de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
5. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de titre de séjour sur la situation personnelle de M. A doivent également être écartés.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Si les enfants du requérant vivent sur le territoire français et y sont scolarisés, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que la décision de refus de séjour méconnaîtrait leur intérêt supérieur dès lors qu'elle n'a pas vocation à séparer les enfants de M. A de leurs parents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. A n'établit pas l'illégalité du refus de titre de séjour. Le moyen, soulevé par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. Si, comme le fait valoir M. A, sa fille aînée présente des troubles du langage, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du docteur E qu'elle a été suivie en Turquie. Le docteur E indique que les difficultés de l'enfant résideraient davantage dans les interactions sociales, source pour elle d'anxiété, avec une " difficulté de se séparer de sa mère ". Mais, ainsi qu'il a été précédemment exposé, l'épouse de M. A fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Turquie où il n'est pas établi que la fille aînée du couple ne disposerait pas des soins et d'une scolarité appropriée à son état de santé. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, que l'enfant puiné du couple, actuellement scolarisé au collège, ne puisse pas poursuivre sa scolarité en Turquie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'existence d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle et familiale de M. A doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. A n'établit pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen, soulevé par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
11. Il résulte de toute ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions d'injonction sous astreinte et celles portant sur les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24novembre 2023.
Le président rapporteur,
signé
N. TronelL'assesseure la plus ancienne,
signé
F. Pottier
La greffière,
signé
C. Salladain
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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