vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 août et 30 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Maony, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Finistère du 5 avril 2023, portant rejet de sa demande de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et fixation du pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il fait application de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale le 29 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Tronel,
- et les observations de Me Maony, représentant M. A, présent.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
1. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet a tenu compte de ce que M. A a justifié de trois années de présence en France en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, que la communauté de vie a cessé en raison de violences conjugales, que le requérant est sans enfant et n'établit ni disposer d'attaches personnelles et familiales particulièrement intenses en France, ni être dépourvu de telles attaches au Maroc, son pays d'origine. L'arrêté précise en outre que M. A travaille en France, depuis le 8 février 2022, soit récemment et sur un poste ne nécessitant pas un savoir-faire particulier et que l'intéressé ne démontre pas être dépourvu de toute perspective professionnelle au Maroc. Il résulte de ce qui précède que l'arrête mentionne la situation personnelle et familiale de M. A. Le moyen tiré de ce que le refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas suffisamment motivé quant à la situation personnelle et familiale de M. A doit, par suite, être écarté.
2. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle et familiale de M. A doit également être écarté.
3. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". L'accord franco-marocain renvoie ainsi, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au cas du conjoint d'un ressortissant français, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Aux termes des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent un point non traité par l'accord franco-marocain et qui ne sont pas incompatibles avec les stipulations de celui-ci : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a sollicité une carte de séjour temporaire portant la mention salarié sur les fondements des articles 3 de l'accord franco-algérien et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Brest le 4 juin 2021 pour des faits de rébellion et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis le 15 novembre 2019 et pour des faits de violence sans incapacité sur conjoint commise du 1er janvier au 15 novembre 2019. Il a en outre été condamné par le président du tribunal judiciaire de Brest le 16 août 2022 à une amende de 300 euros pour usage illicite de stupéfiants le 19 décembre 2021 et conduite d'un véhicule sous emprise de stupéfiants le 24 avril 2022. Le préfet fait en outre mention de signalements au fichier des antécédents judiciaires de violences sans incapacité sur conjoint du 17 novembre 2019 au 27 octobre 2020 et de menaces de mort et violences sur conjoint suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours le 16 septembre 2021.
5. Si, comme le soutient M. A, les seules mentions du fichier des antécédents judiciaires ne sauraient suffire à établir la matérialité des faits y figurant et qu'il conteste, les agissements de l'intéressé qui ont fait l'objet de deux condamnations pénales, eu égard à leur nature et leur caractère relativement récent caractérisent une menace pour l'ordre public. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en retenant ces seuls faits, le préfet n'aurait pas pris la même décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. Le préfet n'ayant pas refusé la délivrance du titre de séjour sollicité au motif que M. A ne remplit pas les conditions posées par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en faisant application de cet article alors qu'étaient applicables les seules stipulations de l'article 3 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
7. En outre, dès lors que le préfet a pu refuser la délivrance du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente M. A, le moyen tiré de ce que ce dernier remplit par ailleurs les conditions posées par l'article 3 de l'accord franco-algérien pour prétendre à un titre de séjour est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, M. A n'établit pas l'illégalité du refus de titre de séjour. Le moyen, soulevé par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la vie commune entre M. A et son épouse avait cessé. La circonstance qu'elle aurait repris le 6 mai 2023 - selon les mentions portées par Mme A sur son compte ouvert à la caisse d'allocations familiales - soit postérieurement à la date à laquelle la décision a été prise, ne peut être utilement prise en compte. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'à la date de cette décision, M. A, qui a travaillé du 9 février 2022 au 1er avril 2023, était sans emploi. S'il produit des attestations qui lui sont favorables, elles sont insuffisantes à établir, compte tenu de son passé délictuel, une intégration particulière en France. En outre, si M. A produit des passeports de ressortissants américains qu'il déclare être sa mère et ses frères, il n'établit pas que d'autres membres de sa famille, notamment son père, ne résideraient pas au Maroc, où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans, avant son départ vers l'Italie en 2004, ainsi qu'au premier semestre 2019. Compte tenu de ce qui précède, en prenant l'obligation de quitter le territoire contestée, le préfet du Finistère n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
11. Ces dispositions n'imposent pas au préfet, avant d'édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français à l'égard d'un étranger faisant l'objet de quitter le territoire français dans un délai déterminé, de se prononcer sur des circonstances humanitaires qui feraient obstacle au prononcé d'une telle mesure. Les moyens tirés du défaut de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prise à l'encontre de M. A et de l'insuffisant examen de sa situation personnelle au motif que le préfet ne se prononce pas sur des considérations humanitaires doivent, par suite, être écartés.
12. Compte de la durée et des conditions de séjour en France de M. A telles qu'elles ont été précédemment exposées et de la menace que celui-ci représente pour l'ordre public, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'existence d'une telle erreur doit, dès lors, être écarté.
13. Pour les motifs exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions d'injonction sous astreinte et celles portant sur les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.
Le président rapporteur,
signé
N. TronelL'assesseure la plus ancienne,
signé
F. PottierLa greffière,
signé
C. Salladain La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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