lundi 11 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2304796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2023, M. E C, représenté par Me Le Bihan demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 5 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et décidant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 5 septembre 2023 l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours à Rennes ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 9°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de refus de lui octroyer un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'incompétence ;
- il se trouve privé de base légale pour être fondé sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Radureau, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Radureau ;
- les observations de Me Le Bihan, représentant M. C, assisté d'une interprète par téléphone, qui a communiqué deux ordonnances médicales en date du 4 mars et du 13 octobre 2022 en indiquant qu'il souffre de problèmes de santé justifiant une prise en charge et qu'à ce titre un rendez-vous est prévu en octobre 2023 et soutenu qu'il serait exposé à des risques concernant sa situation personnelle en cas de retour dans son pays d'origine en invoquant les faits exposés lors de sa demande d'asile concernant sa qualité de témoin dans un accident impliquant le fils de l'ancien président ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine qui a écarté les moyens exposés par le requérant en reprenant les éléments exposés dans son mémoire en défense et souligné en particulier l'absence de demande de titre de séjour pour des motifs liés à son état de santé dans les trois mois suivant sa demande d'admission à l'asile ou même par la suite ou encore le fait que lors de son audition par la police le 5 septembre 2023 il avait seulement mentionné avoir des problèmes d'orthophonie sans plus de précision et qu'en l'espèce les ordonnances produites à l'instance sont anciennes et n'établissent pas l'existence d'une gravité particulière ;
- les explications de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 18 avril 1976 de nationalité mongole, déclare être entré en France en août 2021. M. C a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile mais cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 14 décembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 29 avril 2022. Par un arrêté du 13 mai 2022, le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai d'un mois à destination de son pays d'origine et décidé une interdiction de retour sur le territoire d'une année. M. C n'a pas contesté cet arrêté et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Par deux arrêtés du 5 septembre 2023 dont le requérant demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence à Rennes pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur des arrêtés attaqués :
3. En premier lieu, Mme D A, cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, placée sous l'autorité de la directrice des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu, par arrêté préfectoral du 21 août 2023, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions attaquées, expressément visées au b) de l'article 1er de cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
5. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, l'autorité préfectorale n'est tenue, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.
6. Si M. C invoque son état de santé il ne verse dans le cadre de la présente instance que deux ordonnances médicales, rédigées par des médecins généralistes datant de l'année 2022, insusceptibles d'établir que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. S'il a invoqué, lors de son audition par les services de police le 5 septembre 2023, des problèmes d'orthophonie il n'établit pas plus souffrir d'une grave pathologie nécessitant une prise en charge médicale. Dès lors, le requérant ne peut pas utilement se prévaloir de ce que le préfet n'aurait pas examiné la possibilité pour lui de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et n'est pas fondé à soutenir que, par la décision attaquée, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français. Il ne peut pas plus, pour les mêmes motifs, soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour / () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
9. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, le préfet d'Ille-et-Vilaine a indiqué en quoi l'intéressé entrait dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions des 1°, 4°et 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code et il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'aurait pas pris en compte les éléments portés à sa connaissance concernant la situation de M. C, préalablement à l'édiction de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le préfet a ainsi pu légalement décidé de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. C. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
12. L'arrêté litigieux, qui n'assortit l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire, écarte les circonstances humanitaires permettant de ne pas prononcer d'interdiction de retour dans une telle hypothèse et fixe à un an la durée de cette interdiction. M. C n'établit aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction. Il ne peut utilement invoquer son état de santé, pour les motifs exposés au point 5. La décision attaquée précise que le requérant ne justifie pas de l'ancienneté de ses liens avec la France, ou de ses liens familiaux et personnels en France et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesures d'éloignement auxquels il s'est soustrait, de sorte que la durée d'un an d'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite ce moyen doit être écarté.
13. M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
14. Faute d'établir l'illégalité de la décision lui faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision l'assignant à résidence, doit être écarté.
15. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 5 septembre 2023 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
C. RadureauLa greffière,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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