mercredi 6 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305017 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DGR AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Roilette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de territoire à son encontre pour une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre à cette autorité, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Roilette d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A, ressortissant géorgien, soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté du 14 septembre 2023 n'est pas établie ;
- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet a estimé être en situation de compétence liée ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il méconnaît les articles 7 et 24 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans est illégale car elle est fondée sur la décision de refus de délai de départ volontaire, elle-même entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Ambert a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant géorgien, déclarant être né le 31 juillet 1983, a fait l'objet de précédents arrêtés portant obligation de quitter le territoire français en date des 29 novembre 2011, 2 juin 2016 et 14 septembre 2017. Il a exécuté cette dernière mesure d'éloignement le 16 août 2018. Il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales pour des faits commis entre février 2014 et juin 2016 et est, depuis le 18 septembre 2023 et à la suite de la suspension de son contrôle judiciaire, écroué au sein de la maison d'arrêt de Brest afin de purger deux peines d'emprisonnement. Par un arrêté du 14 septembre 2023, le préfet du Finistère a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de territoire à son encontre pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le signataire de l'arrêté litigieux, chef du service de l'immigration et de l'intégration, a reçu, par arrêté du 1er septembre 2023 publié au recueil des actes administratifs du département du Finistère du 8 septembre 2023 délégation du préfet à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre des étrangers en situation irrégulière et fixant le pays de destination, les décisions refusant d'accorder un délai de départ volontaire à l'étranger visé par une obligation de quitter le territoire ainsi que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit ainsi être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet du Finistère a décidé d'obliger M. A à quitter le territoire français, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire, de lui interdire le retour sur ce territoire pendant une durée de trois ans et fixer tout État dans lequel il sera légalement admissible comme pays de destination. Il rappelle notamment l'entrée irrégulière sur le territoire français de M. A, postérieure à l'exécution du 16 août 2018 de la dernière mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, l'absence de détention d'un titre de séjour en cours de validité ainsi que les trois arrêtés portant obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet les 29 novembre 2011, 2 juin 2016 et 14 septembre 2017. Il rappelle également que M. A a été condamné à plusieurs reprises pour des faits de vol commis entre février 2014 et juin 2016 et qu'il a été placé en garde à vue par les services de la police nationale de Brest le 13 septembre 2023 pour des faits de violence volontaire commis sur conjointe et qu'il constitue à ce titre une menace pour l'ordre public. Au regard de ces éléments, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué ainsi que celui tiré de l'absence d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait estimé que les dispositions précitées le plaçaient en situation de compétence liée pour obliger le requérant à quitter le territoire français.
6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. M. A fait valoir que son ex-concubine vit en France avec ses deux enfants, âgés de treize et dix-neuf ans, en situation régulière. Il joint au dossier une attestation, délivrée à l'un de ses enfants, de suivi d'une formation dans le domaine de l'animation sportive et un certificat de scolarité délivré à son autre enfant. Il indique rendre souvent visite à ses enfants, sans toutefois qu'aucun document ne vienne attester sa participation à leur entretien et à leur éducation. M. A a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales pour des faits commis entre février 2014 et juin 2016, notamment de vol en réunion sans violence, vol en réunion et vol en récidive, vol à l'étalage et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion et a été placé en garde à vue par les services de la police nationale de Brest le 13 septembre 2023 pour des faits de violence volontaire commis sur conjointe. Il est, depuis le 18 septembre 2023 et à la suite de la suspension de son contrôle judiciaire, écroué au sein de la maison d'arrêt de Brest afin de purger deux peines d'emprisonnement. Sa présence en France constitue ainsi une menace pour l'ordre public M. A n'établit pas ni même n'allègue ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine. Eu égard à ces dernières circonstances, l'éloignement du requérant ainsi que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois années ne portent pas une atteinte disproportionnée aux droits qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Aucun document ne vient attester de la participation de M. A à l'entretien et à l'éducation de son seul enfant mineur. Son maintien en France ne garantirait d'ailleurs pas nécessairement sa présence continue à ses côtés. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Finistère n'aurait pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de cet enfant en décidant de l'obliger à quitter le territoire sans délai.
10. En sixième lieu, M. A ne joint aucun document relatif à l'état de santé de ses enfants et à un éventuel handicap. Il ne peut ainsi pas utilement se prévaloir des stipulations de la convention relative aux droits des personnes handicapées.
11. En septième lieu, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Compte tenu de ce qui précède, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que le requérant et son conseil demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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