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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305137

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305137

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEMANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2023, Mme E B, épouse D, représentée par Me Semana, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 mars 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de regroupement familial, ainsi que les décisions implicites portant rejet de son recours gracieux et de son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de Mme D dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75-1 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen de l'ensemble des circonstances propres à sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfants, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre ;

- les observations de Me Semana, représentant Mme D ;

- et les explications de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, épouse D, ressortissante comorienne née le 15 juillet 1986, vit en France régulièrement depuis 2017 et est titulaire d'une carte de résident obtenue le 6 octobre 2016 et valable jusqu'au 5 octobre 2026. Le 5 mars 2020, elle a demandé le regroupement familial au bénéfice de sa fille, née le 4 avril 2011. Par une décision du 24 mars 2023, dont Mme D demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme C A, cheffe du bureau de séjour, bénéficiaire d'une délégation de signature concernant notamment les avis et décisions au titre de la procédure de regroupement familial et d'admission exceptionnelle au séjour, délégation consentie par arrêté du 23 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision litigieuse manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, la décision attaquée mentionne les textes sur lesquels le préfet s'est fondé et notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle comporte des motifs de fait, rappelant les ressources de la requérante pour la période de référence ainsi que la superficie du logement de cette dernière. Par suite, elle satisfait aux exigences de motivation.

5. En troisième lieu, si la requérante relève que la décision attaquée indique par erreur que la demande de regroupement familial concernerait sa nièce et non sa fille, il ne s'agit là d'une simple erreur de plume qui, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas susceptible d'avoir une influence sur le sens de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé et la circonstance que la décision attaquée soit affectée d'une erreur de plume est insuffisante pour caractériser l'absence d'un tel examen.

7. En cinquième lieu, si l'autorité administrative peut légalement rejeter une demande de regroupement familial sur le fondement des dispositions des articles L. 434-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut le faire qu'après avoir procédé à un examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce et ainsi vérifier qu'elle ne porte pas une atteinte excessive au droit du demandeur au respect à sa vie privée et familiale garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à l'intérêt supérieur de l'enfant, eu égard aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant.

8. En l'espèce, contrairement à ce que la requérante soutient, le préfet ne s'est pas cru tenu de rejeter sa demande de regroupement familial aux motifs que les conditions de logement et de ressources n'étaient pas remplies mais a examiné si cette demande pouvait malgré tout être accueillie en raison d'une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale ou bien en raison de l'intérêt supérieur de sa fille. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait ainsi commis une erreur de droit doit être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D est séparée de sa fille depuis 2014. Dans ces conditions, le préfet n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il ne ressort enfin pas des pièces du dossier que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme D.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 mars 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de regroupement familial qu'elle a introduite au bénéfice de sa fille ni les rejets de ses recours gracieux et hiérarchique.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme D aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie du présent jugement en sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Descombes, président,

M. Terras, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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