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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305328

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305328

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée, le 2 octobre 2023 à 13 h 14, M. B C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Saint-Jacques-de-la-Lande, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2023, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'obliger à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- la décision a été prise sans qu'il soit mis à même d'être entendu et de faire valoir des observations ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- il invoque, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- il ne présente pas de risque de fuite, dès lors qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- il invoque, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa vie privée et familiale ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- il invoque, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

- cette décision a été prise sans que le préfet ne se prononce sur l'ensemble des critères à prendre en compte ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation relative aux circonstances humanitaires ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu

- l'ordonnance du 2 octobre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de C pour une durée maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Béguin, avocate commise d'office, représentant M. C, qui a soulevé à l'audience un moyen nouveau tiré de la méconnaissance du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- les observations de M. A, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui a répliqué en faisant valoir que l'arrivée en France de M. C à l'âge de treize ans n'est pas établie,

- les explications de M.C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gabonais, né le 25 février 2005, serait arrivé en France, selon ses déclarations, en 2019 afin de rejoindre sa mère. Il ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français et n'a pas entamé, depuis sa majorité, de démarche afin de régulariser sa situation administrative. Le 29 septembre 2023, il a été interpellé par une patrouille de la police nationale alors qu'il proposait à la vente des produits stupéfiants dans un parc public situé dans le quartier rennais de Cleunay. Par l'arrêté attaqué, du 30 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. C à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur ce territoire d'une durée d'un an et a fixé le Gabon comme pays de renvoi. Par arrêté du même jour, il a décidé de le placer en rétention administrative pour une durée maximale de 48 heures, mesure qui a été prolongée pour une durée maximale de vingt-huit jours par l'ordonnance visée ci-dessus, rendue le 2 octobre 2023 par le juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Rennes.

Sur les conclusions en annulation de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / ()".

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".

4. Si l'arrêté attaqué relève que M. C déclare être entré en France en 2019, n'est pas muni de passeport et n'a effectué aucune démarche auprès d'une préfecture afin de régulariser sa situation en France, il n'en déduit aucune conséquence, et ne cite ou vise aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile permettant d'obliger le requérant à quitter le territoire français au regard de sa situation administrative, mais uniquement le 3° de l'article L. 611-1 de ce code, alors que M. C n'a jamais déposé de demande de titre de séjour et ne s'est jamais vu opposer l'une des décisions de refus ou de retrait mentionnées par ces dispositions. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire, dont il fait l'objet, n'est pas suffisamment motivée en droit et à en obtenir, pour ce seul motif, son annulation, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

5. Le présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué pour un moyen de légalité externe, implique uniquement que le préfet d'Ille-et-Vilaine réexamine la situation de M. C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à ce réexamen.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 septembre 2023, par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'obliger M. C à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la situation de M. C.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de d'Ille-et-Vilaine.

Lu en audience publique le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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