vendredi 6 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305376 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | GOURLAOUEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 5 octobre 2023, M. A C, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me E, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour pour une durée de trois années ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation sous trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et ce sous trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- est entachée d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La décision portant refus de délai :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;
La décision fixant le pays de destination :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen ;
- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 33 de la convention de Genève ;
La décision portant interdiction de retour :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'une insuffisante motivation ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 4 octobre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C pour un délai maximum de vingt-huit jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée, notamment son article 19-1 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bozzi, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bozzi,
- les observations de M. E, représentant M. C, qui s'en rapporte à ses écritures et souligne le vice de procédure entachant la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires, que M. C ne représente pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, qu'il est présumé innocent des faits qui lui sont reprochés,
- les déclarations de M. C, assisté d'une interprète en arabe, en réponse aux questions du magistrat concernant les faits survenus en octobre et novembre 2022 ainsi qu'en septembre 2023, l'intéressé reconnaissant une violation de domicile en 2022 mais se défendant par ailleurs de toute violence envers les services de police s'agissant des faits les plus récents.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien est entré irrégulièrement en France en juin 2022. Par un arrêté en date du 18 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine. Par un second arrêté en date du 6 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence. M. C s'est toutefois maintenu sur le territoire français. Il a été interpellé le 30 septembre 2023. Le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté en date du 2 octobre 2023, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine et lui a interdit le retour pour une durée de trois années. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2023.
Sur les moyens communs :
2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet notamment de signer les décisions d'éloignement, les décisions fixant le pays de destination et celles portant interdiction de retour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
4. En se bornant à soutenir que la préfecture a eu recours à de nombreuses formules stéréotypées démontrant l'absence d'examen approfondi de sa situation, le requérant n'apporte pas les précisions permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen.
5. En tout état de cause, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. C, précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris, notamment sa situation administrative, les différentes décisions d'éloignement le concernant, sa situation familiale, les interpellations dont il a fait l'objet, l'absence de menace invoquée quant à sa sécurité dans son pays d'origine, et il répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que par celles des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. L'arrêté du 2 octobre 2023 expose également l'ensemble des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette motivation révèle en outre que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision. Les moyens tirés d'une insuffisante motivation de l'arrêté attaqué et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation doivent, par suite, être écartés.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 230-6 du code de procédure pénale : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel () ". Aux termes du I de l'article R. 40-29 du même code : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorable sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".
7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
8. La règle fixée par les dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale tend à protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans les fichiers d'antécédents judiciaires constitués par les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause.
9. Il ressort de la décision en litige prise à l'encontre de M. C que le préfet de la Loire-Atlantique a relevé qu'il était défavorablement connu des services de police pour des faits de dégradation du bien d'autrui commis le 18 octobre 2022 et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique et violence en état d'ivresse le 6 novembre 2022. À supposer que cette information ait été portée à la connaissance des services de la préfecture uniquement à la suite de la consultation du traitement des antécédents judiciaires, il n'est pas établi qu'elle aurait été mise en œuvre dans le respect des dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale par des personnels individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. Bien qu'à l'audience, M. C ne conteste pas pour autant une partie des faits qui lui sont reprochés, l'intéressé doit être regardé comme ayant été effectivement privé d'une garantie.
10. Toutefois, s'il est vrai que le préfet mentionne des faits pour lesquels l'intéressé est connu des services de police, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision litigieuse, que le préfet s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". Le préfet de la Loire-Atlantique aurait ainsi pris la même décision s'il n'avait pas procédé à la consultation du traitement des antécédents judiciaires de M. C. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement serait illégale.
11. En deuxième lieu, lors de son audition par les services du commissariat de Nantes du 2 octobre 2023, l'intéressé a explicitement indiqué avoir fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement et ne pas vouloir s'y conformer. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme ayant ainsi été mis à même de faire valoir ses observations sur la décision d'éloignement susceptible d'être prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire doit être écarté.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
13. En l'espèce, M. C fait valoir la durée de sa présence en France depuis deux années mais ne justifie pas, en dépit de ses allégations, qu'il aurait noué des liens intenses et stables en France, et l'intéressé n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans alors que, durant son audition par les services de police, il a même indiqué que ses parents et ses sœurs habitaient en Tunisie. Il ne démontre par ailleurs, aucune perspective d'intégration sociale et professionnelle eu égard à ses agissements au cours de l'année 2022.
14. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant un délai de départ :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision refusant un délai de départ.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".
17. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-3 du même code, visées dans l'arrêté en litige : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
18. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C est connu des services de police pour des faits de violation de domicile, qu'il reconnaît à l'audience, commis en octobre 2022. Le préfet de la Loire-Atlantique était ainsi en droit de prendre en considération ces faits récents pour estimer que l'intéressé constituait une menace à l'ordre public justifiant qu'il ne lui soit pas accordé de délai de départ.
19. En outre, la seule circonstance qu'il se soit soustrait à une précédente mesure d'éloignement, à savoir l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 18 octobre 2022, suffisait à considérer le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 comme établi et à ce que l'autorité administrative puisse décider de ne pas lui octroyer un délai de départ du territoire français, alors au surplus que M. C a indiqué lors de son audition le 2 octobre 2023 par les services de la police nationale qu'il n'entendait pas quitter le territoire français, caractérisant ainsi par ses propos un risque de fuite.
20. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :
21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
22. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes du 1 de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. ".
23. En se bornant à soutenir qu'un retour en Tunisie le soumettrait à des dangers permanents, M. C ne fait valoir à l'appui de sa requête aucun élément de nature à démontrer que son retour dans son pays d'origine l'exposerait à des risques tangibles que le préfet de la Loire-Atlantique aurait dû prendre en considération. Notamment, ses allégations tenant à son précédent mariage et aux menaces de mort émanant de sa belle-famille ne sont corroborées par aucune pièce versée aux débats. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas que le préfet aurait commis une erreur de droit ou, à supposer que ce moyen soit également soulevé, une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions ou stipulations précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour.
25. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visé dans la décision attaquée : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
26. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
27. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que les décisions d'éloignement, de refus de délai de départ et d'interdiction de retour sont fondées sur la circonstance que M. C est défavorablement connu des services de police et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, caractérisée notamment par des faits de violence et de dégradation dans l'année précédant la décision en litige.
28. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, la consultation du traitement des antécédents judiciaires, n'ayant pas été mise en œuvre dans le respect des dispositions précitées de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, seuls les faits reconnus par l'intéressé à l'audience auraient été le cas échéant susceptibles de justifier la décision d'interdiction de retour. Or, au regard des seuls agissements répréhensibles que ne conteste pas M. C, la durée de trois années présente un caractère disproportionné.
29. Par ailleurs, si la soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français ainsi que le non-respect de la mesure d'assignation à résidence dont il faisait l'objet justifiaient non seulement que le préfet refuse d'accorder un délai de départ à l'intéressé, mais également qu'il prononce une interdiction de retour à l'encontre de M. C sur le fondement des dispositions susvisées des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la durée de cette interdiction n'aurait pu excéder deux années.
30. Dans ces conditions, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois années et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
31. Le présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour en tant qu'elle fixe à trois ans la durée de cette interdiction, n'implique pas qu'il soit fait droit aux conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation.
Sur les frais de justice :
32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'état la somme réclamée par M. C au titre de ces dispositions, le requérant étant, pour l'essentiel, la partie perdante dans le présent litige.
D É C I D E :
Article 1er : La décision portant interdiction de retour et par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C au préfet de la Loire-Atlantique.
Lu en audience publique le 6 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. Bozzi
La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026