jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305442 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023, M. D B, représenté par Me Gourlaouen, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 26 septembre 2023 portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
3°) de décider qu'en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative, l'ordonnance sera exécutoire aussitôt qu'elle aura été rendue ;
4°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir à son bénéfice le versement des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation familiale, personnelle et financière ; il est demandeur d'asile, en procédure normale ; son épouse et ses deux filles sont hébergées dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile ; la décision fait obstacle à ce qu'il puisse les rejoindre ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation ;
* elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ; la particularité de sa situation et sa vulnérabilité n'ont pas été examinées ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 531-40 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa demande de réouverture de son dossier de demande d'asile a été faite moins de neuf mois après sa clôture, de sorte qu'elle ne peut être qualifiée de demande de réexamen ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle tend à contester un courriel qui n'a qu'une valeur strictement informative et ne constitue pas une décision faisant grief ; elle est dépourvue d'objet ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, dans la mesure où M. A B est hébergé avec sa famille au sein du CADA ; l'intéressé bénéficie d'une autorisation de travail et est éligible aux aides et prestations sociales, dès lors que ses filles bénéficient de la qualité de réfugiées statutaires ; le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été accordé le temps de l'examen de sa demande.
Vu :
- la requête au fond n° 2305439, enregistrée le 5 octobre 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Gourlaouen, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens qu'elle développe ;
- les explications de M. et Mme A B.
L'OFII n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été différée au mercredi 25 octobre 2023 à 16 h.
Une pièce a été communiquée par M. A B, enregistrée le 19 octobre 2023.
Un mémoire a été communiqué par M. A B, enregistré le 20 octobre 2023, aux termes duquel il se désiste de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction et maintient ses conclusions présentées au titre des frais d'instance.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant djiboutien né le 1er janvier 1978, est entré sur le territoire français en février 2023, accompagné de son épouse et de leurs deux filles, nées les 29 juin 2017 et 26 août 2020. Ils ont sollicité auprès du préfet d'Ille-et-Vilaine, le 14 février 2023, leur admission au séjour au titre de l'asile. Ils ont bénéficié des conditions matérielles d'accueil, notamment d'un hébergement au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, à compter du 21 février 2023. Leurs filles se sont vues reconnaître la qualité de réfugiée statutaire, par décisions de l'OFPRA du 11 juillet 2023. M. A B ayant toutefois quitté le territoire français en mars 2023, pour se rendre aux obsèques de son père, il s'est vu retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, par décision de l'OFII du 7 mars 2023, maintenues au profit de son épouse, et son dossier de demande d'asile a été clôturé par l'OFPRA, par décision du 28 avril 2023. Il a sollicité la réouverture de son dossier de demande d'asile auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui a fait droit à sa demande, en lui délivrant une attestation de demandeur d'asile le 18 septembre 2023 et a vainement sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, notamment le droit de pouvoir loger dans le lieu d'hébergement de son épouse et de ses filles. Par courriel du 26 septembre 2023, il a été informé de ce qu'étant en situation de réexamen d'une demande d'asile, il ne pouvait bénéficier des conditions matérielles d'accueil. M. A B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. M. A B justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Le juge des référés peut, dans le cadre de son office, donner acte d'un désistement ou constater un non-lieu.
5. Postérieurement à l'introduction de sa requête, M. A B s'est désisté de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction. Ce désistement est pur et simple et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme que M. A B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Article 2 : Il est donné acte du désistement de M. A B de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Rennes, le 26 octobre 2023.
Le juge des référés,
signé
O. ThielenLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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