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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305467

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305467

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LE ROY GOURVENNEC PRIEUR

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2023, Mme C A, représentée par Me Le Baron, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Plounévézel a délivré un permis à M. B en vue de construire une maison d'habitation individuelle sur la parcelle cadastrée section ZV n° 468 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Plounévézel le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; notamment elle a intérêt pour agir et sa requête n'est pas tardive ;

- l'arrêté litigieux est illégal dès lors que :

- il est fondé sur un dossier de demande de permis de construire insuffisant ; le dossier de demande ne comporte aucun document graphique, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; le dossier de demande est lacunaire s'agissant de l'insertion de la construction dans son environnement immédiat ;

- il méconnaît les dispositions de l'article Uh 7 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Plounévézel relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives.

Par un courrier du 25 novembre 2024, le greffe du tribunal a informé les parties, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête au regard du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Uh 7 du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, la commune de Plounévézel, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme.

La procédure a été communiquée à M. D B, qui n'a pas produit d'écritures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance n° 2305824 du 9 novembre 2023 du juge des référés du tribunal.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grondin,

- les conclusions de M. Vennéguès, rapporteur public,

- et les observations de Me Le Baron, représentant Mme A, et de Me Riou, de la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, représentant la commune de Plounévézel.

Considérant ce qui suit :

1. Depuis le 3 mars 2011, Mme A est propriétaire de la parcelle cadastrée section ZV n° 469, située au sein d'un lotissement situé sur le territoire de la commune de Plounévézel, et sur laquelle est construite une maison d'habitation individuelle. Le 22 mars 2022, M. B a déposé une demande en vue de construire une maison d'habitation individuelle d'une surface de plancher de 90,33 mètres carrés sur la parcelle voisine, cadastrée section ZV n° 468. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Plounévézel a délivré ce permis à M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 (). Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes des dispositions de l'article R. 431-7 de ce code : " Sont joints à la demande de permis de construire : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Aux termes des dispositions de l'article R. 431-8 de ce code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; () c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer () ". Aux termes des dispositions de l'articler R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. Les omissions, imprécisions, inexactitudes ou insuffisances du dossier de demande de permis de construire ne sont susceptibles d'affecter la légalité de l'arrêté de permis que si elles ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Si la requérante soutient que le dossier de demande ne comporte aucun document graphique et qu'il est lacunaire s'agissant de l'insertion de la construction dans son environnement immédiat dès lors que sa propriété ne figure pas sur les plans, il ressort cependant des pièces du dossier qu'étaient joints à la demande de permis de construire un plan de situation et un extrait cadastral faisant apparaître la propriété de la requérante et localisant le projet au sein du lotissement communal dit E. Le plan de masse PCMI2 précise les propriétés cadastrales voisines du projet, dont celle de la requérante. Par ailleurs, d'une part, la notice architecturale décrit le terrain existant et sa localisation précise au regard des autres construction ainsi que son insertion et d'autre part les pièces PCM16, PCM17 et PCM18 de la demande de permis, présentent une image du projet et deux photographies de son environnement. Dans ces conditions, à supposer que le dossier de demande de permis de construire comporte des insuffisances et omissions, elles n'ont pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article Uh 7 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Plounévézel : " L'implantation par rapport aux limites séparatives sera de 0 ou 3 mètres minimum. L'implantation en limite séparative sera autorisée dans une bande de 15 mètres prise à partir de la voie ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire, en particulier du plan de masse PCMI2, que la construction projetée doit s'implanter à 19 mètres de la voie publique et en limite séparative avec la parcelle voisine cadastrée section ZV n° 469 appartenant à Mme A. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article Uh 7 du règlement écrit du plan local d'urbanisme de la commune de Plounévézel.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

7. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

8. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement au point 6 est relatif au lieu d'implantation de la construction projetée, et peut faire l'objet d'une régularisation par la présentation d'un permis de construire modificatif. Les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur l'éventualité de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, délai dans lequel il appartiendra au titulaire du permis de construire litigieux et à l'autorité administrative de régulariser ce vice par une autorisation d'urbanisme modificative, et d'en justifier devant le tribunal. Tous droits, conclusions et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement étant réservés jusqu'en fin d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur les conclusions d'annulation de la requête de Mme A, il est sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement dans l'attente de la notification au tribunal de l'autorisation d'urbanisme modificative régularisant le vice retenu au point 6.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D B et à la commune de Plounévézel.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

T. Grondin

Le président,

signé

C. Radureau

Le greffier,

signé

N. Josserand

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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