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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305691

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305691

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 19, 23 octobre et 7 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Gourlaouen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreinte à remettre l'original de son passeport et à se présenter deux fois par semaine, le mardi et le jeudi de 10h00 à 12h00 à la direction zonale de la police aux frontières à Saint-Jacques-de-la-Lande ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation sous trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- le 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui est pas applicable dès lors qu'elle réside en France depuis plus de trois mois puisqu'elle est entrée sur le territoire français le 12 décembre 2022 ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet méconnaît l'intérêt supérieur de sa fille.

En ce qui concerne les astreintes à remettre l'original de son passeport et à se présenter deux fois par semaine les mardi et jeudi de 10h à 12h à la direction zonale de la police aux frontières :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine a produit un mémoire le 12 décembre 2023 soit après la clôture de l'instruction fixée le 8 décembre 2023 par ordonnance du 24 octobre 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 21 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Gourlaouen, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est une ressortissante marocaine née en 1986. Entrée régulièrement en France le 12 décembre 2022 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 30 novembre 2022 au 30 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a, par arrêté du 10 octobre 2023, obligée à quitter dans le délai de trente jours le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a astreinte à remettre son passeport et à se présenter deux fois par semaine, le mardi et le jeudi de 10h00 à 12h00 à la direction zonale de la police aux frontières à Saint-Jacques-de-la-Lande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, contrairement à ce que la requérante soutient, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Cet arrêté satisfait dès lors aux exigences de motivation alors même qu'il ne mentionne pas que l'enfant de Mme A est scolarisé en France.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".

5. Pour obliger Mme A à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur le 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais également sur les dispositions de son 2°. À cet égard, il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la validité de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Il s'ensuit que le préfet pouvait, pour ce seul motif, obliger légalement Mme A à quitter le territoire français.

6. En sixième lieu, Mme A est entrée très récemment en France en décembre 2022. Dans ces conditions, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors même que sa fille est scolarisée en France depuis décembre 2022, qu'elle serait bien intégrée dans la société française et exerce une activité salariée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Le préfet n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision d'éloignement contestée sur la situation personnelle de Mme A.

7. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'ait pas, eu égard à l'âge de la fille de Mme A, née en 2018, accordé, en prenant la décision d'éloignement contestée, une attention primordiale à l'intérêt supérieur de cet enfant.

En ce qui concerne la décision astreignant Mme A à remettre l'original de son passeport et à se présenter régulièrement à la direction zonale de la police aux frontières :

9. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé.

10. En deuxième lieu, le préfet précise bien tant dans les motifs de sa décision qu'à son article 3 que Mme A devra se présenter aux services de la direction zonale de la police aux frontières pour " y indiquer les diligences accomplies dans les préparatifs de son départ "

11. En dernier lieu, il n'est aucunement établi que Mme A doive disposer de l'original de son passeport pour organiser un départ vers le Maroc par bateau ou par avion, celle-ci pouvant disposer des informations figurant sur son passeport en effectuant une photocopie de ce document.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement au conseil de Mme A d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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