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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305715

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305715

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 et 24 octobre 2023, M. C B, placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Mazouin, demande au tribunal :

1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction d'un retour en France pendant trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une erreur de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 21 octobre 2023 par laquelle la juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Blanchard, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard,

- les observations de Me Mazouin, représentant M. B, qui a repris et développé les moyens de la requête, notamment celui tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celui tiré du défaut d'examen sérieux en l'absence de prise en compte de l'avis de la Cour d'appel de Paris du 5 mars 2022 ; elle a également fait valoir que le motif tiré de l'atteinte à l'ordre public n'est pas fondé ; elle a sollicité à titre subsidiaire l'annulation du refus de délai de départ volontaire.

Le préfet de la Sarthe n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant russe né le 2 mars 1978, est entré en France en 2017 sous le couvert d'un visa de court séjour. Il s'est ensuite maintenu irrégulièrement en France. Il a formé une demande d'asile, rejetée le 22 décembre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA). Son recours contre cette décision a été rejeté le 8 décembre 2020 par la Cour national du droit d'asile. Par arrêté du 15 décembre 2020, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. B n'y a pas déféré et a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a fait l'objet, le 22 février 2021 d'une décision d'irrecevabilité prise par l'OFRPA. Son recours contre cette décision a été rejeté le 11 juin 2021 par la Cour national du droit d'asile. Par arrêté du 14 mars 2022, le préfet du Val-de-Marne lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire français. Par des décisions du 14 mars 2022, 8 septembre 2022, 28 février 2023 et 11 septembre 2023, le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les moyens communs :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ". L'arrêté attaqué a été signé par M. A, nommé préfet de la Sarthe par décret du 15 février 2022, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et il répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté. Cette motivation révèle en outre que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation en l'état des éléments d'information dont il est établi qu'il disposait. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent, par suite, être écartés.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

6. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

7. Si le requérant soutient être exposé à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Russie et indique être menacé en sa qualité d'opposant aux autorités russes, il n'apporte à l'appui de cette allégation aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé alors que, au demeurant, ses demandes de reconnaissance de la qualité de réfugié ont été rejetées par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile. À cet égard, s'il indique avoir formé une seconde demande de réexamen de sa demande d'asile le 6 avril 2022, il ne précise quels éléments nouveaux l'ont conduit à former cette nouvelle demande. Ainsi, quel qu'ait pu être le sens de l'avis rendu par la Cour d'appel de Paris dans le cadre de la procédure d'extradition vers la Fédération de Russie dont M. B a fait l'objet au motif des activités terroristes qui lui sont imputées, le requérant n'établit pas dans la présence instance la réalité des menaces qu'il allègue. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 doit être rejeté.

8. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doit être rejeté.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu en France irrégulièrement après l'expiration de son visa de court de séjour et qu'il n'a pas déféré aux deux précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Il a en outre indiqué lors de son audition par les services de police, le 20 octobre 2023, ne pas vouloir quitter le territoire français. Dans ces conditions et sans qu'il soit besoin d'examiner le bien-fondé du motif tiré du 1° de l'article L. 612-2, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'accord un délai de départ volontaire.

11. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte des motifs retenus au point précédent que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle n'est pas assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Sarthe.

Lu en audience publique le 24 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

A. BlanchardLa greffière,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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